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Au procès du scandale Wirecard, règlements de comptes entre accusés
Le procès du scandale financier Wirecard a tourné lundi à Munich au règlements de comptes entre avocat des accusés, anciens dirigeants de l'entreprise, qui se renvoient la responsabilité de la faillite de l'ancienne star allemande des paiements électroniques.
Principal suspect devant le tribunal de Munich, Markus Braun, ancien PDG de la fintech, nie toute malversation et renvoie les torts sur deux anciens compagnons de route : Stephan von Erffa, ancien chef comptable, et Oliver Bellenhaus, ancien directeur d'une filiale basée à Dubaï.
"Nous avons un triumvirat de Wirecard assis sur le banc des accusés, même si l'un d'eux en tant que Jules César poignarde les autres dans le dos", a lancé l'avocat de M. Bellenhaus, Florian Eder, assimilant M.Braun à l'ancien empereur romain.
Le tribunal de Munich juge depuis jeudi dernier les trois prévenus pour les délits de fraude comptable, de manipulation de marché, d'abus de confiance particulièrement graves et d'escroquerie en bande organisée.
Wirecard a coulé en Bourse en juin 2020, après que ses dirigeants ont avoué que 1,9 milliard d'euros d'actifs, supposés se trouver sur des comptes en Asie, soit un quart du bilan comptable, n'existaient pas en réalité.
Le tribunal a prévu 100 jours d'audience pour tenter de faire la lumière sur ce scandale financier sans précédent en Allemagne, qui a éclaboussé le monde économique et politique.
- Jugé par avance -
M. Bellenhaus a déjà reconnu des fraudes pendant l'enquête et l'accusation en a fait son "témoin clé".
Le parquet voit ainsi M. Braun comme un chef de bande au sein d'une entreprise qui a délibérément grossi son bilan au moyen de transactions fictives en Asie, afin de rester attractive pour les investisseurs.
L'avocat de M. Braun, Alfred Dierlmann, a contre-attaqué vertement lundi à ces accusations portées contre un client "jugé par avance" comme "jamais vu en 30 années d'expérience".
L'activité avec les tiers en Asie et dans la région du Golfe, au centre du scandale, a bien existé, a clamé l'avocat. Il en veut pour preuve des versements "d'entreprises du secteur numérique au sens large" portant sur au moins "un milliard" et qui ont été "documentés de 2016 à 2020".
Mais le tribunal ne s'y est pas intéressé à ce jour, a-t-il déploré.
Aussi, une "part très importante" de ces sommes ont été "transférées à des sociétés fantômes", a assené l'avocat, qui a pointé la responsabilité de M. Bellenhaus.
Dans le détail, l'argent est arrivé à hauteur de "750 millions d'euros" sur "quatre sociétés de détournement de fonds" logées sur l'île d’Antigua et qui étaient "principalement sous contrôle de M.Bellenhaus."
Ce dernier était bien à la tête d'un "gang dont le seul but était de détourner de grosses sommes d'argent", selon Me Dierlmann.
Ses délits commis, le diirgeant de la filiale de Dubaï "a supprimé des (écritures sur des) transactions à grande échelle afin qu'elles ne puissent plus être tracées", a-t-il poursuivi.
Markus Braun a, en revanche, cru à l'existence de cet argent "jusqu'à la fin" et "aucun des 450 témoins" interrogés durant l’enquête ne l'a désigné comme fraudeur, selon son avocat.
- Témoin clé -
"Wirecard AG était une imposture" et M. Braun "n’est pas une victime", a rétorqué à son tour Me Eder devant le tribunal.
L'avocat de M. Braun déploie "un écran de fumée" pour jeter le doute sur son client, a-t-il lancé.
La crédibilité de cet accusé comme témoin clé est une question clé dans le procès.
L'avocate de Stephan von Erffa, Sabine Stetter, a parlé d’un "témoin clé douteux" à propos de l’ancien responsable de Wirecard à Dubaï.
Peu de jours avant sa déclaration au parquet, il a supprimé son compte auprès du service de messagerie Telegram de même que quantité d'e-mails, a avancé l’avocate.
Les avocats de MM. Braun et Erffa croient que M. Bellenhaus n'a incriminé leurs clients que dans le but d'obtenir une réduction de peine.
Très offensif, Me Dierlmann a déposé lundi une demande d’arrêt du procès en raison de nombreuses irrégularités alléguées. Le tribunal n'y donnera sa réponse au plus tôt jeudi.
C.Meier--BTB