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La communauté LGBTQ+ indienne à l'aube d'une étape-clef vers la reconnaissance du mariage homosexuel
Quand Abhay Dang et Supriyo Chakraborty se sont mariés avec une sécurité renforcée en 2021, leur union n'a pas été officiellement reconnue, mais une décision de la plus haute cour de l'Inde pourrait bientôt y remédier.
"Nous avons choisi un lieu loin de la ville (...) Cela a pris près de six mois pour faire notre liste d'invités", raconte M. Chakraborty, 32 ans, qui dirige une entreprise d'événementiel à Hyderabad (sud). "Il y avait une protection policière, des videurs. Nous ne voulions prendre aucun risque".
Deux ans après leur union, Supriyo Chakraborty et Abhay Dang sont toujours "juste des étrangers" aux yeux de la loi, n'ayant que peu de droits en commun avec les mariés hétérosexuels.
N'étant pas légalement reconnus comme un couple malgré 10 ans de vie commune, ils doivent par exemple souscrire individuellement à une assurance santé.
"Peu importe les droits prévus par le mariage - que les couples hétérosexuels considèrent comme allant de soi -, nous, couples homosexuels, n'avons pas eu ces droits", dit M. Dang, 36 ans, manager dans l'informatique.
Les deux hommes ont donc intenté un procès pour demander des droits équivalents.
Quand le tribunal a accepté de les auditionner, Abhay Dang a pleuré de joie: "Nous en rêvions depuis longtemps".
Ainsi, cinq ans après avoir décriminalisé les relations homosexuelles, la Cour suprême indienne auditionnera à partir de lundi dans une même affaire une flopée de personnes, dont MM. Dang et Chakraborty, qui demandent la reconnaissance officielle du mariage entre personnes de même sexe.
Si les plaignants l'emportent, l'Inde serait le deuxième pays asiatique, après Taïwan, à reconnaître le mariage homosexuel.
"Notre relation est aussi réelle que toute autre. Pourquoi nous refuserait-on d'avoir les mêmes droits ?", demande Supriyo Chakraborty.
- Obstacle gouvernemental -
Les droits des LGBTQ+ ont progressé ces dernières années en Inde.
En 2014, la transidentité y avait été reconnue comme "troisième genre". Trois ans plus tard, la Cour suprême promulguait une loi pour protéger l'orientation sexuelle, au nom d'un droit fondamental à la vie privée.
Un an après, la loi héritée de l'époque coloniale qui interdisait le sexe entre personnes homosexuelles était abolie. L'année dernière, la même Cour suprême a décidé que les couples non mariés ou homosexuels étaient éligibles aux allocations sociales.
Cependant, la communauté LGBTQ+ rencontre encore des réticences dans le pays de 1,4 milliard d'habitants, notamment de religieux et du gouvernement nationaliste hindou.
Quand un jury de la Cour suprême avait recommandé en 2021 de nommer Saurabh Kirpal, ouvertement homosexuel, au poste de juge, le gouvernement avait refusé, invoquant des raisons de sécurité nationale car le partenaire de M. Kirpal est étranger. Les activistes LGBTQ+ affirment que la vraie raison était l'orientation sexuelle du candidat.
- Bouleversement -
Même si la haute cour se prononçait en faveur de la reconnaissance du mariage gay, le parti au pouvoir du Premier ministre Narendra Modi, le Bharatiya Janata Party (BJP), pourrait faire obstruction.
Sushil Modi, l'un des parlementaires issus du BJP, a notamment estimé que "le mariage gay bouleverserait complètement l'équilibre du droit des personnes dans le pays", affecterait la vie à la maison et l'éducation.
Mayank Kalra, 33 ans, et Sougata Basu, 38 ans, deux pères homosexuels, assurent que leur "foyer est aussi normal, rempli d'autant d'amour que n'importe quel autre".
Le couple a eu deux enfants par gestation pour autrui avant 2021, la pratique ayant été bannie pour les LGBTQ+ et les couples non mariés cette année-là.
Les deux partenaires, qui vivent à Bangalore (sud) dans un foyer multigénérationnel avec leurs parents et leurs enfants, estiment que la reconnaissance du mariage entre personnes de même sexe aiderait la société à accepter et normaliser les couples homosexuels avec des enfants.
"Le mariage n'est pas un acte de procréation", souligne M. Basu, 38 ans.
En dépit des récents progrès en terme de droits, le couple juge difficile de faire changer d'avis ceux qui refusent un débat sain sur les LGBTQ+.
Mais "notre devoir est de répandre l'amour", résume Sougata Basu. "Nous allons continuer de nous épanouir".
B.Shevchenko--BTB