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Ukraine: la Russie bombarde la plus grande centrale nucléaire d'Europe
La centrale nucléaire de Zaporijjia, la plus grande d'Europe dans le centre de l'Ukraine, était la proie d'un incendie vendredi après un bombardement par les forces russes, et Kiev a exigé un cessez-le-feu immédiat pour éviter une catastrophe.
"Suite à un bombardement des forces russes sur la centrale nucléaire de Zaporijjia, un incendie s'est déclaré", a indiqué ce porte-parole, Andreï Touz, dans une vidéo publiée sur le compte Telegram de la centrale.
"Les pompiers ne peuvent pas atteindre le lieu du feu et l'éteindre. Les tirs tombent très près. La première unité électrique de la centrale a déjà été touchée. Arrêtez ça!", a-t-il poursuivi dans une autre vidéo.
Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kuleba, a exhorté la Russie à cesser de viser cette centrale, qui compte six réacteurs nucléaires et fournit une grande partie de l'énergie du pays.
"Si elle explose, ce sera dix fois pire que Tchernobyl! Les Russes doivent IMMEDIATEMENT cesser le feu, laisser passer les pompiers et permettre d'établir un périmètre de sécurité", a tweeté M. Kuleba, selon qui les forces russes tirent "de tous les côtés".
Plus tôt jeudi, l'Ukraine avait indiqué à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) que de chars et de fantassins russes se trouvaient près d'Enerhodar, à quelques kilomètres de Zaporijjia. Et le directeur général de l'AIEA, Rafael Mariano Grossi, avait demandé que cesse immédiatement tout usage de la force dans les environs.
Le 24 février, des combats avaient déjà eu lieu près de l'ancienne centrale de Tchernobyl, lieu du pire accident nucléaire de l'Histoire à une centaine de kilomètres au nord de Kiev, et qui est désormais entre les mains des troupes russes.
Dans des déclarations à la télévision russe jeudi, le président Vladimir Poutine n'a donné aucun espoir d'apaisement de l'offensive.
"L'opération militaire spéciale se déroule strictement selon le calendrier, selon le plan", a-t-il déclaré, rendant hommage aux soldats russes et à leur "précieux combat contre des néonazis" et des "mercenaires étrangers" qui utilisent selon lui les civils comme "boucliers humains" en Ukraine.
- Facebook inaccessible en Russie -
En Russie, les pages internet de Facebook et plusieurs médias indépendants ou étrangers étaient en partie inaccessibles vendredi. Et la Douma devait examiner vendredi un projet de loi prévoyant jusqu'à 15 ans de prison pour toute publication de "fake news" concernant l'armée.
Les forces russes intensifient leurs frappes sur les principales villes d'Ukraine. Kiev a notamment accusé Moscou jeudi d'avoir bombardé une zone résidentielle à Tcherniguiv, sur la route de Kiev, faisant 33 morts.
Outre des habitations, "l'aviation russe a attaqué deux écoles du quartier de Stara Podsoudovka", a écrit le gouverneur local, Viatcheslav Tchaous sur son compte Telegram, publiant des images de bâtiments éventrés.
Des images du service des situations d'urgence montraient notamment des sauveteurs transportant des corps.
Vladimir Poutine a douché jeudi les espoirs de médiation du président français Emmanuel Macron, lui déclarant au téléphone que la Russie avait "l'intention de poursuivre sans compromis son combat contre les membres des groupes nationalistes qui commettent des crimes de guerre", et répétant son exigence d'une démilitarisation et d'un statut neutre pour l'Ukraine, selon le Kremlin.
"Le pire est à venir", M. Poutine veut "prendre le contrôle" de toute l'Ukraine, a jugé le président français après cet appel, selon l'Elysée.
- Couloirs humanitaires -
Les négociateurs russes et ukrainiens se sont retrouvés jeudi à la frontière entre la Pologne et le Bélarus pour une deuxième tentative de pourparlers, lors de laquelle Kiev espérait obtenir une trêve. "Malheureusement, il n'y a pas encore les résultats escomptés pour l'Ukraine. Il n'y a qu'une solution pour organiser des couloirs humanitaires" pour l'évacuation des civils, a écrit sur Twitter Mikhaïlo Podoliak, un membre de la délégation ukrainienne.
Plus d'un million de réfugiés ont déjà fui l'Ukraine, selon l'ONU.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, devenu un héros dans son pays, a de son côté mis le maître du Kremlin au défi de le rencontrer. "Je dois parler à Poutine (...) car c'est le seul moyen d'arrêter cette guerre", a-t-il lancé.
Il a de nouveau exhorté les Occidentaux à accroître leur soutien, à "fermer le ciel" ukrainien aux avions russes, et les a mis en garde : "Si nous disparaissons, que Dieu nous protège, ensuite ce sera la Lettonie, la Lituanie, l'Estonie etc... Jusqu'au mur de Berlin, croyez-moi".
L'armée russe semble avoir encore renforcé sa puissance de feu pour accélérer la prise de villes stratégiques. Elle a pris jeudi à l'aube le contrôle de Kherson, métropole de 290.000 habitants proche de la péninsule de Crimée, après de violents bombardements.
Le chef de l'administration régionale de Kherson, Guennadi Lagouta, a appelé sur Telegram les habitants à rester chez eux. "Les occupants sont dans tous les quartiers de la ville et très dangereux", a-t-il mis en garde.
Plus à l'est, à Marioupol, le maire a accusé la Russie de vouloir assiéger la ville. Ce grand port ukrainien de la mer d'Azov, site clé pour la progression des forces russes, "résiste" pour l'instant, selon l'armée ukrainienne.
Le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken est arrivé dans la nuit à Bruxelles pour des entretiens vendredi avec des responsables de l'Otan et de l'UE, après quoi il doit se rendre en Pologne, dans les trois pays baltes et en Moldavie.
Cette dernière, qui craint d'être la prochaine cible de Moscou, a annoncé jeudi avoir déposé officiellement sa candidature à l'entrée dans l'Union européenne, tout comme la Géorgie, suivant l'exemple de l'Ukraine.
P.Anderson--BTB