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Des greffiers "en colère" rassemblés devant les tribunaux
"Les calculs sont pas bons": plusieurs centaines de greffiers "en colère" se sont rassemblés lundi devant les tribunaux de France pour protester contre un projet de revalorisation salariale jugé indigne et dénoncer le "mépris" dont leur profession fait selon eux l'objet.
Enclenchée la semaine dernière, cette mobilisation spontanée a été provoquée par un projet de nouvelle grille indiciaire qui va désavantager les greffiers, estiment-ils.
Après une mobilisation à travers la France, avec notamment 250 greffiers et leurs soutiens mobilisés à Lyon, entre 150 et 200 devant le tribunal judiciaire de Paris ou encore une centaine à Marseille, l'intersyndicale a été reçue au ministère de la Justice lundi après-midi, sans obtenir de résultat.
Estimant qu'aucune discussion sérieuse sur leurs revendications n'avait eu lieu, l'UNSA Services judiciaires, la CGT des chancelleries et services judiciaires, SDGF-FO (Syndicat des greffiers de France) et la CFDT-Interco Justice ont regretté dans un communiqué commun un bilan "bien insuffisant et bien laborieux".
"Aucune annoncé particulière n'a été faite, ils nous ont donné du bout des lèvres un calendrier pour discuter mais ça s'arrête là", a expliqué à l'AFP Hervé Bonglet, secrétaire général de l'Unsa Services judiciaires (majoritaire).
De son côté, le ministère de la Justice a salué "des échanges approfondis", affirmant qu'il a été "décidé d'établir un calendrier qui commence dès le 4 juillet par une réunion sur les conditions de reclassement" et rappelant que la rémunération des greffiers a augmenté en trois ans de 12%.
Selon Hervé Bonglet, l'intersyndicale réclame "une revalorisation du métier des greffiers, sous-payés par rapport à leurs compétences et tout ce qu'ils font", estimant que les recrutements prévus dans le dernier projet du ministre - 1.800 greffiers en plus - ne seront "pas assez".
"On est 11.000, il en faudra environ 16.000 si on suit les standards de nos voisins européens", estime-t-il tandis que Cyril Papon, secrétaire général de la CGT des chancelleries et services judiciaires, dénonce une charge de travail "énorme" et des taux de départs de greffiers qui "explosent".
- Rassemblements dans toute la France -
Plusieurs pétitions avaient été adressées au ministre de la Justice Eric Dupond-Moretti, en déplacement avec Emmanuel Macron à Marseille, où une centaine de greffiers et de magistrats se sont rassemblés en robe noire à la mi-journée sur les marches du palais de justice.
"Marseille est le troisième tribunal de France et chaque jour, entre greffiers et assistants administratifs, on commence avec un effectif où il manque 50 personnes", a expliqué à l'AFP Isabelle Fernandez, secrétaire régionale UNSA Services judiciaires, dénonçant un volume de travail "immense".
Affichette "Face au mépris, la colère" en mains, Bernadette Allione, greffière au tribunal judiciaire de Marseille, affirme avoir "vu la situation se dégrader" depuis ses débuts, regrettant de voir de nombreux collègues quitter cette profession.
A Paris, ils étaient entre 150 et 200 greffiers, certains en robe, devant le tribunal judiciaire, accompagnés de magistrats et d'avocats. "On en a gros", "Stop au rétropédalage", "Greffiers en colère, sans greffiers, pas de justice", pouvait-on lire sur leurs pancartes.
"C'est un métier méconnu, mais tous les rouages judiciaires tiennent sur la foi des greffiers et des agents administratifs", a déclaré à l'AFP Carine, une greffière de 50 ans.
"Les calculs sont pas bons", "Les éternels oubliés", "Injustice dans la justice", était-il aussi écrit sur les pancartes brandies sur les marches de la cour d'appel de Paris, où une soixantaine de personnes étaient rassemblées.
Ailleurs en région parisienne, une soixantaine de personnes se sont rassemblées devant le tribunal judiciaire de Bobigny et une trentaine à Evry.
A Lyon, environ 250 greffiers, selon la préfecture, se sont aussi rassemblés, tout comme à Bourg-en-Bresse où ils ont dénoncé dans un communiqué une "maltraitance institutionnelle".
Rassemblement aussi à Rennes où une cinquantaine de greffiers se sont réunis sur le temps de midi: "on est la seule catégorie dans la justice à ne pas avoir été revalorisée, autant au niveau du salaire que du statut", a affirmé devant les manifestants Laetitia Colombier, une greffière.
A Lille, une centaine de greffiers, adjoints administratifs et magistrats se sont réunis devant le palais de justice. Ils étaient une cinquantaine à Beauvais où ils ont dénoncé dans une lettre "leur désarroi, leur colère et le mépris dont ils sont régulièrement victimes".
L.Janezki--BTB