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Donald Trump face à l'année de tous les dangers
Si sa posture de victime de "persécution d'un opposant politique" fait sourire ses détracteurs, Donald Trump se retrouve, après sa dernière mise en accusation, à la merci d'un calendrier judiciaire incertain qui obère sa campagne pour reconquérir la Maison Blanche en 2024.
L'ex-président républicain de 77 ans, désormais poursuivi au niveau fédéral à Washington et en Floride (sud-est) et par la justice de l'Etat de New York, risque de l'être également bientôt par celle de Géorgie (sud).
"Nous n'avons jamais vu de favori d'un parti politique majeur essayer de faire campagne en étant visé par des inculpations multiples, donc nous ne savons pas vraiment comment cela va tourner", explique à l'AFP Steven Schwinn, professeur de droit à l'Université de l'Illinois.
Le 28 août, la juge fédérale Tanya Chutkan présidera à Washington une audience pour déterminer la date de son procès pour ses tentatives de subvertir le processus électoral en 2020, après avoir reçu les propositions de l'accusation et de la défense.
Face au lourd dossier constitué par le procureur spécial Jack Smith, qui souhaite un procès rapide, Donald Trump n'a guère d'autre parade que de jouer la montre, selon les experts.
Alors que certains commentateurs ont évoqué un procès fleuve pouvant durer jusqu'à neuf mois, un ancien conseiller de l'administration Trump devenu un de ses opposants, Ty Cobb, a qualifié cette hypothèse d'"aberrante". "Le ministère public a un dossier très très solide. Il leur faudra probablement quatre à six semaines pour le présenter" a-t-il déclaré jeudi sur CNN.
"Cette affaire pourrait arriver en jugement au tout début de l'année et je ne serais pas surpris si c'était la première inscrite à l'agenda judiciaire", a-t-il ajouté.
"Trump n'a aucun argument juridique pour retarder les procédures pénales afin de ménager son programme de campagne", mais les voies d'appel existantes pourraient le lui permettre, indique Steven Schwinn.
- "Mon temps et mon argent" -
Une autre procédure au niveau de l'Etat de Géorgie portant sur des faits déjà visés par les poursuites devant le tribunal fédéral à Washington pourrait également aboutir à un procès.
L'enquête avait été déclenchée par un appel téléphonique en janvier 2021 de Donald Trump demandant à un haut responsable local de "trouver" près de 12.000 bulletins de vote à son nom afin de se faire attribuer les 16 grands électeurs de Géorgie en lieu et place de son adversaire Joe Biden.
Le procès de l'ancien président dans un autre dossier instruit par le procureur Jack Smith, pour sa désinvolture dans le traitement de documents classifiés, a déjà été fixé à mai 2024, à six mois de l'élection présidentielle, en Floride.
Il devra auparavant s'expliquer en mars devant la justice de l'Etat de New York sur des fraudes comptables liées à l'achat du silence d'une actrice de films X avant la présidentielle de 2016. Le procureur de Manhattan, Alvin Bragg, s'est toutefois dit disposé à un changement de date pour permettre aux procès fédéraux de se tenir.
Fidèle à sa ligne de défense, Donald Trump crie à l'instrumentalisation de la justice par l'administration Biden.
"Biden et (son ministre de la Justice Merrick) Garland lancent des procédures bidon contre moi pour qu'il me soit difficile de faire campagne", a-t-il écrit vendredi sur sa plateforme Truth Social.
Ces poursuites "mobilisent une quantité massive de mon temps et de mon argent. Des ressources qui seraient allées à des publicités et des meetings doivent maintenant être dépensées pour combattre ces voyous de la gauche radicale dans de nombreux tribunaux à travers le pays", a-t-il déploré, appelant la Cour suprême à intervenir.
Pour autant, à cinq mois du début des primaires républicaines en janvier 2024, le milliardaire ne laisse que des miettes à ses rivaux dans les sondages, distançant de 37 points le mieux placé, le gouverneur de Floride Ron DeSantis
Mais cette série de procès pourrait obliger Donald Trump à partager son temps entre le banc des accusés et les estrades des meetings, à moins qu'il ne parvienne à amadouer les juges.
La présence de l'accusé est la règle en matière pénale dans les tribunaux fédéraux et pour la plupart des Etats, rappelle Carl Tobias, professeur de droit à l'université de Richmond. Mais les différents juges dans ces procès pourraient "tenter de ménager son agenda s'il présente des demandes raisonnables pour s'absenter".
Quant à savoir si une condamnation interdirait Donald Trump de briguer la magistrature suprême, la réponse est simple: rien dans la Constitution ne le prévoit.
J.Bergmann--BTB