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Abayas, pénuries d'enseignants: l'année scolaire a démarré pour 12 millions d'élèves
Quelque 12 millions d’élèves ont repris lundi matin le chemin de l'école, pour une rentrée sous le signe des pénuries persistantes d'enseignants malgré la promesse d’un professeur devant chaque classe, un sujet toutefois éclipsé par le débat sur l'interdiction de l'abaya.
"Je croise les doigts pour que ma fille ait moins d'absences de son enseignante que l'an dernier. Ça a été un enfer qu'on ne veut pas revivre", dit Marie, 42 ans, dont la fille entre en CM1 dans une école de Seine-Saint-Denis.
Comme elle, 6,4 millions d'écoliers, 3,4 millions de collégiens et 2,2 millions de lycéens ont fait leur retour en classe, pour la première rentrée du nouveau ministre de l'Education nationale, Gabriel Attal, arrivé en juillet rue de Grenelle.
Du prix d'achat des fournitures scolaires au poids du cartable qu'il souhaite voir divisé par deux, M. Attal a multiplié les annonces avec la volonté de s'emparer de sujets "concrets".
C'est cependant l'interdiction controversée de l'abaya, longue robe traditionnelle couvrant le corps portée par certaines élèves musulmanes, qui a dominé ses annonces pour la rentrée.
"Il y a 513 établissements que nous avons identifiés comme potentiellement concernés par cette question-là à la rentrée scolaire", a indiqué M. Attal lundi sur RTL, affirmant que "des personnels formés sur les questions de laïcité" ont été "positionnés" dans ces établissements.
"On ne peut pas tergiverser avec la laïcité à l’école", a-t-il martelé, avant de se rendre avec la Première ministre, Elisabeth Borne, en Ille-et-Vilaine pour la rentrée.
Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a, lui, adressé un message aux forces de l'ordre pour souligner "le caractère sensible que revêt cette rentrée" sur les atteintes à la laïcité en milieu scolaire.
- "Juste une polémique" -
La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, a jugé lundi "très dangereux de faire la rentrée scolaire sur cette annonce-là", parce que "ça occulte les vraies questions" et "stigmatise une partie de la population".
Le gouvernement, deux mois après les émeutes, souhaite incarner une ligne de fermeté en matière éducative, par exemple sur la laïcité ou les savoirs fondamentaux, sur lesquels M. Attal veut "mettre le paquet".
Si les chefs d'établissements ont salué l'interdiction, de nombreux enseignants jugent que la question de l'abaya ne devait pas cacher les problématiques réelles du terrain.
La rentrée se déroule, en effet, à nouveau sous tension en raison d'une crise du recrutement des enseignants - un phénomène qui s'est accentué depuis l'an dernier - avec cette année plus de 3.100 postes non pourvus aux concours enseignants dans le pays.
"L'abaya, c'est juste une polémique", estime Fati Eski, une mère d'élève portant le voile, devant le collège Martha Desrumaux à Lille. "Je pense qu'il y a des problèmes plus importants, comme le manque de profs et le harcèlement scolaire".
- "A moitié rassurés" -
Au groupe scolaire Olympe de Gouges, dans le nord de Toulouse, la plupart des parents se sentent peu concernés par la polémique autour de l'abaya.
Pour Emmanuelle Favour, dont la fille rentre en moyenne section de maternelle, le plus important est que l'école soit toujours assurée en cas d'absences. "Si je dois garder ma fille et que je perds une journée de travail, c'est vraiment trop compliqué, car tout est tellement cher...".
Le président de la République, Emmanuel Macron, a réaffirmé vendredi dans le Vaucluse que la promesse d'"un professeur devant chaque classe" à la rentrée serait "tenue". Il compte pour cela notamment sur le "pacte enseignant", qui doit permettre aux professeurs d'effectuer de nouvelles missions, dont des remplacements de courte durée en collège et lycée, en échange de nouvelles rémunérations.
Mais les parents sont plus sceptiques. "On est à moitié rassurés. On a attend les preuves", affirment Etienne et Cécile (les prénoms ont été modifiés), la quarantaine, venus accompagner leur fils pour sa rentrée en 6e à Wasquehal, dans la banlieue de Lille.
Pour le Snes-FSU, premier syndicat du second degré (collèges, lycées), c'est clair, "il n’y aura pas un professeur devant chaque classe à la rentrée". Ce syndicat, qui a lancé un appel à témoignages d'enseignants sous le hashtag #LaRentréeEnVrai, juge les premiers retours "édifiants", et l'effort face à la pénurie d'enseignants est "notoirement insuffisant".
La lutte contre le harcèlement sera aussi une autre priorité et un nouveau plan sera dévoilé d'ici à fin septembre.
Pour la FCPE, principale fédération de parents d'élèves, le sujet de l'abaya ne doit "pas occulter les questions liées au manque de personnels" de direction ou d'infirmières "ou la priorité à donner à la lutte contre le harcèlement".
slb-asm-chl-cdc-bur/fmp/tes
T.Bondarenko--BTB