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Brioches et bombardements: triste Pâques orthodoxe pour les Ukrainiens
Deux mois après le début de l'invasion russe, les Ukrainiens célébraient dimanche une Pâques orthodoxe sombre, certains bravant les bombardements pour recevoir les bénédictions rituelles et beaucoup d'autres s'efforçant de respecter les traditions d'une fête synonyme d'espoir.
A Lyman, sur la pluvieuse ligne de front dans l'est du pays, plutôt que de se saluer en souhaitant "Gloire à l'Ukraine!", les soldats recouraient à la phrase rituelle de cette journée, en lançant "Le Christ est ressuscité!", et leurs camarades de répondre, "En vérité il est ressuscité!"
Dans la petite église orthodoxe du village, sous le feu régulier des obus russes, une cinquantaine de civils se sont regroupés dès l'aube pour la liturgie. Le grondement des artilleries ukrainienne et russe se fait entendre entre les psalmodies.
"Si nous faisons les mauvais choix, les ténèbres nous ruineront, comme les ténèbres nous détruisent pendant cette guerre", déclame le prêtre dans son sermon - le même pour toutes les églises de cette région du Donbass. "Nous sommes reconnaissants pour l'aide humanitaire que nous recevons" et "reconnaissants envers la communauté qui prend soin des réfugiés" venus de la région voisine de Donetsk, a-t-il ajouté.
Plus d'une dizaine de policiers en uniformes, certains en gilets pare-balles, les ont ensuite rejoints dans la petite église bleu pâle, chargés de paniers de brioches de Pâques à bénir.
A Boutcha, devenue symbole des massacres commis pendant l'occupation russe de la région de Kiev en mars, des habitants pleuraient leurs morts, rangés devant la fosse commune derrière l'église Saint André.
"Aujourdhui, il fait beau - comme au printemps - et nous avons l'espoir que tout va bientôt se terminer et que notre armée chassera les envahisseurs de notre pays," dit Lioubov Kravtsova, 59 ans, en refoulant des larmes. "Mais tout cela reste très dur pour moi".
"Notre peuple vit sous les bombes, avec des larmes, de la tristesse et du chagrin - mais nous avons besoin de rayons d'espoir, et cette fête nous donne espoir", a indiqué le prêtre de l'église Saint-André, Andriï Holovine.
L'heure du pardon pour les massacres que les Ukrainiens accusent les Russes d'avoir perpétrés à Boutcha - et qui se poursuivent ailleurs dans le pays - est cependant encore loin. "Il est essentiel que le mal soit jugé devant le tribunal de La Haye et que tous les criminels de guerre soient identifiés", dit le prêtre.
A l'est du pays, dans une petite église des quartiers nord de Kharkiv, deuxième ville d'Ukraine régulièrement bombardée par les Russes, une cinquantaine de fidèles sont aussi venus assister à la liturgie.
Nadwya, bonnet à bouclettes bien enfoncé sur les oreilles, avait trois ans quand la Seconde guerre mondiale a éclaté. Elle ne veut pas parler du conflit en cours.
"Je ne veux pas dire que tout va mal, je veux juste pouvoir bien dormir", dit-elle au sujet des bombardements. Dans un panier en osier, elle a mis deux petits gâteaux faits maison pour qu’ils soient bénis.
Selon Andreï Golovtchenko, qui travaille à l'église et espère une "victoire rapide" de l'Ukraine, les fidèles sont plus nombreux depuis le début de la guerre. Et pas seulement parce qu'on distribue de l'aide humanitaire.
A l'autre extrémité du pays, dans la ville occidentale de Lviv, relativement épargnée par les combats, Youlia, vêtue d'un long manteau noir, écoutait le service du monastère des Bernardins depuis l'extérieur, dans la cour.
Pâques "est une fête qui réunit la famille. Maintenant c'est la guerre, et c'est particulièrement important de respecter les traditions," dit cette femme de 27 ans.
D'habitude, le weekend pascal donne lieu à de grands rassemblements dans la nuit de samedi à dimanche. Mais les autorités ukrainiennes avaient appelé les fidèles à ne pas y participer cette année, et à respecter les couvre-feu.
Beaucoup avaient tenu malgré tout à préparer comme il se doit cette grande fête du calendrier orthodoxe.
A Severodonetsk, autre ville sur la ligne de front du Donbass, un campement de soldats ukrainiens avait mis son paquetage aux couleurs de Pâques à l'abri sous un pont, après avoir été visés par une salve d'obus russe en pleine nuit.
Au milieu des bouteilles d'eau, de coca-cola, des kalachnikov et des barres de céréales, trois gros Koulitch, les brioches de Pâques recouvertes de sucre glace et de petites paillettes multicolores, amenés par le commandant...
Et à Sloviansk, plus à l'ouest, les fidèles s'étaient dépêchés samedi après-midi, avant le couvre-feu, de se rendre à la cathédrale Alexandre Nevsky pour faire bénir oeufs décorés et brioches.
Une bénédiction et on enfourchait son vélo: personne ne s'attardait dans la cour de cette cathédrale de briques, alors que les tirs d'artillerie résonnaient au loin.
"C'est mon travail de rester", dit Paisiy, un prêtre de 34 ans. "Les gens ont peur et quand ils viennent ici et voient le prêtre, cela leur donne un sentiment de sécurité".
dar-jm-s-ah/cat/cm
B.Shevchenko--BTB