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En Serbie, un tiers des facultés bloquées et des étudiants qui en "ont assez"
Le pouvoir a beau affirmer avoir répondu aux demandes des étudiants, annoncé des aides financières et accusé des "agents de l'étranger" d'être derrière les manifestations, les étudiants serbes qui bloquent leurs universités depuis des jours n'ont pas l'intention de rentrer chez eux, et plusieurs milliers ont encore manifesté jeudi soir.
A 19h00, ils se sont rassemblées dans le froid devant les locaux de la RTS, la télévision publique, pour protester contre la couverture de leur mouvement, demandant à grands renforts de sifflets d'être reçus en plateau.
S'ils n'ont pas été reçus, la manifestation a été évoquée et un présentateur a expliqué que les étudiants n'étaient "pas satisfaits du temps que la RTS accorde à leurs manifestations, ni de la façon dont la RTS parle de leurs manifestations".
Les étudiants ont pris le relais de l'opposition qui manifeste depuis le 1er novembre et l'effondrement mortel de l'auvent de la gare de Novi Sad. Peu avant midi, des tonnes de béton se sont écroulées sur les passants, tuant 14 personnes dont des enfants. Une quinzième victime est morte de ses blessures plus tard.
Des milliers de personnes sont depuis descendues dans la rue, affirmant que cet accident n'était que la preuve que la corruption gangrène la Serbie et plus particulièrement les travaux publics, car la gare venait d'être rénovée.
Les manifestants demandent l'accélération de l'enquête, la démission de tous les responsables politiques en cause - seul un ministre a pour l'heure démissionné, et la libération de tous les étudiants arrêtés lors des manifestations.
Ils demandent aussi que soient arrêtés les hommes - selon eux proches du régime - qui s'en sont pris avec violence aux manifestants en se faisant passer pour des riverains excédés. Certains ont même renversé en voiture des membres de l'orchestre national venu soutenir les étudiants.
Face à ce mouvement étudiant qui s'étend - plus d'un tiers des facultés sont bloquées - le président serbe Aleksandar Vucic a annoncé mercredi soir plusieurs mesures. Parmi elles, la publication de tous les documents relatifs aux travaux de rénovation de la gare de Novi Sad, la possibilité d'emprunter jusqu'à 75.000 euros avec seulement 1.000 euros d'apport pour les jeunes et une augmentation du budget pour l'université.
"Les revendications n'ont pas été satisfaites", balaye dans le cortège de jeudi soir Jovana Gatunic, 18 ans, étudiante de la Faculté électrotechnique de Belgrade. "Ce qu'ils ont publié, ce sont les cartes de voeux et les salutations aux investisseurs et aux entreprises qui ont effectué des travaux. Nous n'avons pas les documents avec le projet [de rénovation, ndlr], nous n'avons pas les vérifications techniques. Rien".
- "Fatigués" -
Quelques heures après l'intervention télévisée d'Aleksandar Vucic, l'entrée de la Faculté de sciences politiques de Belgrade était toujours barrée d'une pancarte "Tous au blocage", et protégée par un groupe d'étudiants bien décidés à rester.
A l'intérieur, des posters ont été placardés sur les murs. Parfois ce sont les seuls chiffres "11:52" : l'heure de l'accident de Novi Sad. Sur d'autres, des appels à résister aux policiers : "S'ils utilisent des matraques, arrêtez-les avec une manif !".
Depuis le 3 décembre, quelques dizaines d'étudiants gardent le bâtiment jour et nuit, et des habitants viennent régulièrement leur apporter des vivres, des sacs de couchage.
Mercredi soir, ils sont allés manifester devant le bâtiment de la présidence pendant le discours du chef de l'Etat - leurs slogans étaient audibles de l'intérieur. Ils brandissaient des pancartes avec des mains ensanglantées, symbole de la corruption et de ses conséquences, que dénoncent les manifestants depuis le 1er novembre.
Loin de calmer les esprits, les mots du président, qui a entre autre accusé les étudiants de "recevoir de l'argent de l'étranger" pour manifester, ont ravivé la colère de Luka Djordjevic, un étudiant en droit de Nis, dans le sud de la Serbie, joint par l'AFP.
"Les jeunes sont fatigués d'être pris pour cible. Il y a eu trop d'attaques contre nous, et c'est ce qui nous fait le plus de mal. Les jeunes ne sont pas protégés, les étudiants ne sont pas protégés, et nous sommes décrits comme une espèce de foule payée pour provoquer le chaos", déplore le jeune homme.
"Les facultés sont notre refuge. C'est à partir de là que nous devons faire pression. Et la pression est nécessaire car les jeunes en ont assez".
G.Schulte--BTB