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Deux ans après le meurtre de George Floyd, Biden spectateur des tragédies de l'Amérique
Le président Joe Biden marquera mardi le deuxième anniversaire du meurtre de George Floyd, au lendemain d'une fusillade dans une école qui est venue rappeler, cruellement, son impuissance à apaiser les démons de l'Amérique.
Ce devait être une belle cérémonie placée sous le signe de la réconciliation, dans l'un des salons d'apparat de la Maison Blanche, avec des familles de victimes des violences policières côtoyant des représentants des forces de l'ordre.
Mais la tuerie d'Uvalde, dans laquelle 19 écoliers ont trouvé la mort, sera dans tous les esprits lorsque Joe Biden signera un décret qualifié "d'historique" par ses services, devant encadrer plus strictement les actions des forces de l'ordre fédérales.
La date est symbolique, deux ans après la mort de George Floyd à Minneapolis, qui avait déclenché d'immenses manifestations contre le racisme.
George Floyd, un Afro-Américain, avait succombé, asphyxié, lors de son interpellation par quatre policiers dont l'un a été reconnu coupable de meurtre.
- "Guérir" -
"Si la nation veut guérir, nous devons reconnaître que les interactions mortelles avec les forces de l'ordre touchent de façon disproportionnée les personnes noires ou à la peau foncée", a commenté la Maison Blanche.
Le texte, en chantier depuis des mois, prévoit une série de mesures qui concerneront les agences fédérales de maintien de l'ordre.
Le décret crée un registre recensant les procédures disciplinaires et signalements de policiers, généralise l'utilisation de caméras-piéton pour les agents de police, et interdit sauf cas exceptionnel les techniques d'étranglement ou de compression de la carotide.
Mais ces restrictions ne s'imposeront pas aux Etats et collectivités locales, dotées aux Etats-Unis de pouvoirs de police et de justice très étendus.
Pour cela, il faudrait une loi, votée par le Congrès, mais que le président démocrate n'a pas réussi à faire passer.
Pas plus que Joe Biden n'a réussi à faire passer de législation sur la régulation des armes à feu, qu'il s'agisse d'interdire les fusils d'assaut, ou d'imposer des vérifications des antécédents psychiatriques et judiciaires des clients lors des achats d'armes.
Comme en matière de violences policières, il en est réduit à gouverner via l'instrument limité du décret, par exemple pour réguler à la marge les armes "en kit".
L'anniversaire de la mort de George Floyd, le massacre dans l'école au Texas mais aussi, il y a dix jours, une tuerie raciste à Buffalo, rappellent cruellement l'impuissance de Joe Biden à tenir ses promesses d'apaisement.
- Paralysie institutionnel -
Cela tient en partie au paysage institutionnel: malgré son image d'immense puissance, un président américain n'est pas grand-chose s'il ne peut pas actionner, en plus du pouvoir exécutif, les leviers législatif et judiciaire.
Or le parti démocrate n'a qu'une très mince majorité parlementaire et certains de ses élus répugnent à dynamiter les règles de majorité qualifiée qui leur permettraient de forcer, sur nombre de sujets, le blocage de l'opposition républicaine.
Par ailleurs, Joe Biden fait face à une Cour suprême à laquelle son prédécesseur Donald Trump a donné une position résolument conservatrice.
S'ajoute à tout cela la personnalité du démocrate de 79 ans, centriste dans l'âme et qui souhaiterait gouverner par consensus - ce qui dans l'Amérique d'aujourd'hui, semble impossible.
Alors que les Etats-Unis connaissent depuis le début de l'année une flambée du nombre de fusillades, le président n'a par exemple toujours pas réussi à nommer de directeur à la tête de la principale autorité de régulation en la matière.
Le Bureau de l'alcool, du tabac, des armes à feu et des explosifs (ATF) n'a plus de direction permanente depuis 2015.
Une première tentative de la Maison Blanche, avec pour candidat un farouche partisan de la régulation, a échoué faute de soutien parlementaire.
Joe Biden a lancé un nouveau candidat, avec Steve Dettelbach, ancien procureur qui entame cette semaine la procédure des auditions au Sénat.
Il est d'ores et déjà une bête noire du puissant lobby des armes, la NRA. Qui, encore un cruel hasard du calendrier, tient à partir de vendredi son assemblée annuelle à Houston, au Texas.
J.Bergmann--BTB