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La tuerie du Texas ternit l'image des Etats-Unis dans le monde
La tuerie d'Uvalde, au Texas, a suscité l'horreur dans le monde entier, certains pays jugeant que ce nouveau massacre au fusil d'assaut interdisait à la puissance américaine de se prévaloir de représenter un modèle pour le reste du monde.
Joe Biden, qui a fait de la défense du modèle démocratique une de ses priorités, est apparu conscient des dégâts infligés à l'image des Etats-Unis lors d'une allocution solennelle mardi soir à la Maison Blanche, au retour d'une tournée diplomatique en Asie.
"Ce qui m'a frappé pendant ce vol de 17 heures, ce qui m'a frappé, c'est qu'il est rare que ce genre de tueries de masse se produise ailleurs dans le monde", a déclaré le président américain, qui s'était rendu 10 jours auparavant sur le site d'une tuerie raciste à Buffalo, dans le nord-est du pays.
Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres, qui s'exprime rarement sur les affaires intérieures des Etats-Unis, s'est déclaré "consterné" par la mort de 19 enfants et de deux enseignants sous les balles d'un adolescent déséquilibré, tandis que le président ukrainien Volodymyr Zelensky, dont le pays est en guerre, a jugé le drame "terrible".
Le président français Emmanuel Macron a dit partager la "colère" de ceux qui s'opposent à la prolifération des armes à feu aux Etats-Unis.
Certains ont demandé, poliment, pourquoi aux Etats-Unis, où le droit à porter des armes est inscrit dans la constitution et défendu par un puissant lobby des armes, il est impossible de s'attaquer à la violence armée, qui fait 111 morts par jour dans le pays.
La Première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern, en visite aux Etats-Unis, a noté que son gouvernement avait renforcé la régulation de la vente des armes après une tuerie raciste ayant fait 51 morts dans deux mosquées à Christchurch, en 2019.
"Nous sommes un peuple pragmatique. Quand nous voyons quelque chose comme ça se produire, tout le monde dit: plus jamais", a-t-elle noté sur CBS.
- "Difficile d'imaginer" -
En Australie, où les armes semi-automatiques ont été interdite peu après une tuerie à nombreuses victimes en 1996, un ministre du nouveau gouvernement travailliste a dénoncé "un nouvel acte insensé de violence armée aux Etats-Unis".
"Il est difficile d'imaginer qu'un grand pays comme les Etats-Unis puisse continuer comme ça, avec cette violence armée, ces massacres", a déclaré à la presse le ministre du Budget Jim Chalmers.
Comme ils l'ont fait lors de l'attaque des partisans de Donald Trump contre le Capitole le 6 janvier 2021, ou lors des émeutes ayant suivi le meurtre par un policier blanc de George Floyd à l'été 2020, les adversaires des Etats-Unis se sont emparés de l'affaire.
La Chine, régulièrement accusée par Washington de violations des droits humains et de "génocide" de la minorité Ouïghoure, a jugé "inacceptable" que les Etats-Unis ne parviennent pas à juguler la violence armée ou le racisme.
"Comment peut-on espérer que le gouvernement américain, qui ne soucie même pas des droits de son propre peuple, se soucie avec sincérité de la situation des droits humains dans d'autres pays", a ainsi demandé le porte-parole de la diplomatie chinoise, Wang Wenbin.
Le quotidien chinois Global Times a estimé que la tuerie du Texas mettait en évidence "l'échec" des Etats-Unis, "l'endroit le plus dangereux au monde".
- Démocratie "dysfonctionnelle" -
Les Etats-unis sont accusés depuis longtemps d'hypocrisie dans leur défense de la démocratie.
Pendant la Guerre froide, l'URSS se plaisait à dénoncer les lois racistes dites de "Jim Crow" et plus récemment, les Etats-Unis ont été critiqués, y compris par leurs alliés, pour être le dernier pays occidental à appliquer la peine de mort.
Pour Jeremi Suri, de l'University of Texas à Austin, les régimes autoritaires aiment à mettre en avant la sécurité de leurs pays, comme le fait notamment le président russe Vladimir Poutine.
Mais vu le niveau de la violence armée, il est difficile de traiter le problème comme "l'une des bizarreries de la société américaine: nous sommes des cow-boys et nous portons des armes", ajoute-t-il.
"L'incapacité à assurer une sécurité minimum à nos citoyens renforce (...) l'opinion de certains étrangers qui pensent que la démocratie est une forme dysfonctionnelle de gouvernement", ajoute ce professeur de sciences politiques.
"Même si nous n'avons jamais été parfaits dans notre pays, la défense de la démocratie est une part importante de notre identité à l'étranger et tout ceci a indubitablement un impact", conclut-il.
L'ancien ambassadeur de France à Washington Gérard Araud a qualifié la violence armée aux Etats-Unis de "folie sans aucune perspective d'amélioration".
"Rien. Il ne se passera rien. Et il y aura d’autres massacres", a-t-il tweeté.
C.Kovalenko--BTB