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Responsabilité dans la fonte des glaciers péruviens? La justice allemande sur place
Des experts et des magistrats sur les rives d'un lac glaciaire dans le nord-est du Pérou : la justice allemande s'est déplacée jusqu'aux Andes pour étudier la plainte d'un paysan de ce pays contre le géant allemand de l'électricité RWE, accusé d'avoir favorisé le réchauffement climatique.
Le déplacement de cette délégation, composée de neuf personnes, est un nouvel épisode dans ce dossier dont les plaignants cherchent à faire un précédent au niveau mondial.
En première ligne de cette demande de "justice climatique", Saul Luciano Lliuya, un paysan péruvien de 41 ans, qui accuse RWE d'avoir favorisé la fonte des glaciers par ses émissions de gaz à effet de serre.
Le déplacement des experts et des juges au Pérou a été décidée par la Haute-Cour régionale de Hamm (nord de l'Allemagne) devant laquelle M. Lliuya a fait appel après avoir été débouté en première instance.
L'expertise doit déterminer le risque que représente la fonte des glaciers pour la ville de Huaraz (120.000 habitants) située en contrebas du lac glaciaire de Palcacocha.
"Nous voulons que l'entreprise RWE soit reconnue responsable des dommages environnementaux", explique à l'AFP l'agriculteur, soutenu dans sa démarche par l'ONG allemande de défense de l'environnement, Germanwatch.
La plainte a été "déboutée en première instance car elle n'avait pas de base légale et elle ne respectait pas les lois civiles allemandes. Nous sommes convaincus que cela va être la même chose en appel", a déclaré à l'AFP Guido Steffen, un porte-parole de RWE.
Pour le groupe, "selon la loi, les émetteurs individuels ne sont pas responsables de processus (...) universels, et effectivement mondiaux, comme le changement climatique".
Saul Luciano Lliuya et Germanwatch se sont rencontrés à l'occasion de la Conférence sur le climat (COP20) organisé en 2014 à Lima. Des membres de l'ONG se sont rendus ensuite à Huaraz pour examiner avec l'agriculteur les possibilités d'une action légale.
- Glissement de terrain -
Saul Luciano Lliuya explique que sa plus grande crainte est que la fonte des glaciers provoque un débordement du lac, situé à 4.650 mètres d'altitude, au pied des glaciers Palcaraju et Pucaranra, dans le Parc national Huascaran. Une fonte excessive pourrait inonder Huaraz.
"Comme agriculteur et comme citoyen, je ne veux pas que ces glaciers disparaissent, ils sont importants", souligne M. Lliuya qui dit se sentir "impuissant" car "tu sais que tu te trouves dans une zone à risque et qu'il y a de grandes entreprises industrielles qui provoquent tout cela".
Il possède une modeste ferme de 0,5 hectare, à flanc de montagne, où il vit chichement avec son épouse et leurs deux enfants. Il cultive du maïs et d'autres plantes traditionnelles comme le quinoa.
Le recul des glaciers lui fait craindre également un assèchement des aquifères souterrains qui mettrait en danger l'agriculture et l'approvisionnement en eau de Huaraz.
La procédure a débuté en 2015. L'année suivante RWE a gagné en première instance, mais l'agriculteur a fait appel en 2017. La visite des experts était prévue en 2019, mais elle a été retardée en raison de la pandémie.
L'avocate de Germanwatch, Roda Verheyen, veut que RWE "paie les coûts pour réellement protéger la ville et la ferme de Lliuya" d'une éventuelle inondation en provenance du lac.
RWE réfute toute responsabilité. "Ce dossier fait référence à nos émissions historiques de gaz à effet de serre, et nous avons toujours fait fonctionner nos centrales en respectant les limites gouvernementales, y compris pour nos émissions de dioxyde de carbone".
L'entreprise s'est donnée comme objectif la neutralité carbone en 2040.
Au cours des 50 dernières années, le Pérou a perdu 51% de ses glaciers, selon des données datant de 2020 de l'Autorité nationale de l'eau.
En 1941, à la suite d'une avalanche, le lac Palcacocha avait provoqué des inondations à Huaraz, provoquant la mort de 1.800 personnes, rappelle Noah Walker-Crawford, chercheur sur le changement climatique à l'University College London (UCL) et expert auprès de Germanwatch.
Par la suite, son volume d'eau a perdu près de 96% en trente ans, avant de "grossir très vite en raison du recul accéléré des glaciers dû au réchauffement climatique", selon lui.
J.Fankhauser--BTB