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RDC: à Uvira, l'angoisse des habitants piégés dans la ville, sous contrôle du M23
A Uvira, cité de l'est de la République démocratique du Congo (RDC), ceux qui n'ont pas pu fuir attendent désormais avec angoisse de connaitre leur sort entre les mains du groupe armé M23 soutenu par l'armée rwandaise, qui consolide jeudi son contrôle sur la ville.
L'offensive du M23 sur l'agglomération de plusieurs centaines de milliers d'habitants, lancée début décembre peu avant la signature d'un accord "pour la paix" entre le Rwanda et la RDC sous l'égide de Washington, a été qualifiée mercredi par la diplomatie burundaise de "gifle" infligée aux Etats-Unis.
Cette nouvelle percée du groupe armé et de ses alliés rwandais vise notamment à priver Kinshasa du soutien militaire de Bujumbura, selon des experts et des sources sécuritaires.
Des tirs retentissent encore dans la cité lacustre, où les combattants du M23 ratissent les rues à la recherche de miliciens pro-Kinshasa isolés, après s'être emparés la veille des points stratégiques, ont rapporté des sources sécuritaires et locales.
"Ça crépite par moments. On a encore peur car hier, il y a eu des morts", s'inquiète François, un habitant.
Une dizaine de cadavres ont été ramassés dans les rues entre mercredi et jeudi, selon des sources locales et des témoins.
"Hier on a ramassé au moins neuf cadavres et aujourd'hui deux sur l'avenue qui mène vers la cathédrale", a dit à l'AFP un représentant de la société civile, sans autre détail.
"J'ai vu au moins quinze corps du côté du rond-point Kavimvira. Ils commencent à se décomposer", témoigne Nyembo, habitant du quartier Kavimvira.
Quasiment tous les quartiers d'Uvira subissent des coupures d'électricité jeudi et seuls sont encore reliés au monde les habitants les plus chanceux ayant pu charger les batteries de leurs téléphones, décrivent des sources locales.
Les commerces sont fermés depuis plusieurs jours et seulement quelques motos circulent dans les rues. La majorité des centres de santé et des pharmacies ont fermé leurs portes, selon des sources humanitaires.
- Menaces -
La mairie, le siège du gouvernorat provincial et le poste-frontière menant au Burundi sont tombés aux mains du M23 mercredi, après la fuite en désordre de la majorité des forces gouvernementales et des milices alliées, surnommées "wazalendo", les jours précédents.
Plus de 200.000 personnes, en grande majorité des civils, ont été déplacées par les combats, selon l'ONU.
L'arrivée du M23 est attendue avec inquiétude par les habitants qui n'ont pas pu fuir, le plus souvent faute de moyens pour payer le voyage.
"Avant-hier et hier, j'avais très peur, croyant qu'ils allaient considérer tout le monde comme Wazalendo, qu'ils allaient tuer les gens", raconte Fidèle, un habitant du quartier Mulongwe.
"On n'a pas le choix, nous sommes obligés de vivre avec. Ici, c'est chez nous, je n'ai pas l'intention de fuir", ajoute-t-il.
Fonctionnaires, membres de la société civile et défenseurs des droits humains se disent particulièrement menacés. Plusieurs rapportent avoir reçu des messages de menaces sur leur téléphone, comme souvent à l'aune des offensives du M23, premier auteur des violations du droit international et humanitaire en RDC ces derniers mois, selon des experts de l'ONU.
"Le Burundi a fermé sa frontière, il n'y a plus de pirogues motorisées sur le lac Tanganyika. La dernière est partie hier", s'inquiète l'un d'eux, qui cherche à quitter la ville.
Les habitants interrogés par l'AFP témoignent sous couvert de l'anonymat, par crainte de représailles.
- Tirs de mortiers -
Le M23 a préparé cette offensive pendant plusieurs mois, grignotant du terrain dans les plateaux, afin de prendre à revers les forces congolaises et burundaises, ont expliqué à l'AFP des sources sécuritaires. Une stratégie déjà éprouvée lors de la prise de la grande ville de Goma en janvier.
Face à une armée congolaise minée par la corruption, le M23 et l'armée rwandaise, réputée supérieurement entrainée et équipée, ont fait usage de drones, de mortiers à guidage GPS et de systèmes de lance-roquettes multiple, tétanisant leurs adversaires, selon des sources sécuritaires.
Après quelques jours de combats intenses dans la plaine frontalière de Ruzizi, le dispositif de défense autour d'Uvira s'est effondré quand des tirs de mortiers ont retentit depuis les hauteurs entourant la ville, encastrée entre des montagnes et le lac Tanganyika, menaçant de couper la retraite des forces de Kinshasa.
Les soldats congolais et les miliciens wazalendo, dont le nombre sur le terrain n'est jamais communiqué, ont alors pris la fuite vers le Burundi voisin et vers la ville de Kalémie au sud.
"C'était le sauve qui peut, les militaires tiraient en l'air, et il y a eu quelques pillages", relate un responsable religieux à Uvira.
Une partie des 18.000 soldats burundais présents dans la province du Sud-Kivu a déjà passé la frontière vers Bujumbura, mais ils seraient encore 2.500 coincés dans les collines surplombant Uvira et la plaine frontalière de la Ruzizi, selon des sources au sein de l'armée burundaise. Et 5.000 autres seraient en repli vers le sud de la région.
burs-clt/cld/mm
D.Schneider--BTB