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A Rétromobile, la nostalgie des voitures d'avant l'électronique
"Le charme de ces voitures, c'est qu'on pouvait les bricoler soi-même": les "youngtimers", modèles populaires des années 1970, 80 ou 90, s'arrachent chez les quelque 500.000 collectionneurs français, une nostalgie à l'honneur au salon Rétromobile qui s'ouvre jeudi à Paris.
"On aime à collectionner les modèles dont on a rêvé plus jeune: les quinquas d'aujourd'hui ont bavé à 14 ans devant les Golf GTI - le modèle révolutionnaire lancé par Volkswagen en 1976 - et peuvent aujourd'hui les acheter", explique Romain Grabowski, directeur de Rétromobile, qui attend cette année 150.000 visiteurs.
Depuis quelques années, les passionnés ne jurent plus que par les modèles grand public assez récents, dits "youngtimers". Ce terme, qui s'appliquait initialement aux voitures de moins de 30 ans, trop jeunes pour le label "voiture de collection", englobe désormais dans le langage courant tous les modèles d'après 1975.
Comme ils ont été fabriqués à des millions d'exemplaires, on peut encore se les offrir pour un prix modique. Avec une cote d'amour particulière pour les modèles "GTI", les versions sportives de l'époque, aux moteurs plus puissants, comme la Golf GTI qui atteignait les.. 182 km/h.
Voitures mais aussi motos, tracteurs ou avions, tous participent à la vogue des youngtimers. Surtout depuis que l'électronique a érigé une barrière avec le monde d'avant, celui où un bricoleur réglait le moteur à l'oreille.
C'est une passion répandue en France, qui compte plus de mille clubs, soit plus de 500.000 collectionneurs, qui possèdent au total un million de véhicules, souligne Patrick Gomez, directeur de la Fédération française des véhicules d'époque (FFVE). Elle organise notamment dimanche une 26e "traversée de Paris" avec 700 véhicules anciens, dont un tiers de youngtimers.
- "Rouler ad vitam aeternam" -
"Avant, la règle d'or des collectionneurs, qu'ils aient 20 ou 95 ans, était qu'ils s'intéressaient aux voitures de leurs parents ou de leurs grand-parents. Mais depuis les années 90, les voitures embarquent beaucoup d'électronique. Tout est fait pour empêcher les gens de les réparer eux-même", explique le journaliste François Allain, ancien présentateur de l'émission culte Vintage Mecanic.
"Les jeunes ne s'intéressent pas aux voitures d'il y a 25 ans mais aux modèles des années 70 et 80, comme la 2CV, la 4L, l'Austin Mini, la Fiat 500, fabriquées par millions. Des sociétés refabriquent même des pièces pour ces voitures, qui bien entretenues peuvent rouler ad vitam aeternam", ajoute-t-il.
"On peut se faire plaisir pour quelques milliers d'euros. Se balader en 2CV ça redonne le sourire aux gens", note le journaliste.
Les constructeurs ont flairé le filon. Comme Renault qui a fait le pari de lancer ses modèles électriques grand public en s'inspirant de ses succès passés. "On a décidé il y a cinq ans de ressusciter la R5, le modèle que tous voulaient revoir. Et le sujet est devenu non pas l'électrique, mais la R5", résume Arnaud Belloni, directeur marketing monde de la marque Renault. Idem pour la Twingo électrique, qui sort cette année, et la R4, référence à la mythique 4L. "C'est un choix gagnant: la R5 est devenue le modèle électrique numéro un en France", se félicite-t-il.
"Trouver un youngtimer en bon état à bon prix, c'est trop tard: leurs prix ont doublé ou triplé en dix ans", relève le garagiste Vincent Côme, ex-mécanicien star de Vintage Mecanic, qui lance une émission baptisée "Chasseur de youngtimers" sur Automoto la chaîne. "Une 205 à refaire, qu'on trouvait à 1.500 euros, vaut maintenant 6.000 à 7.000 euros", explique-t-il.
Principal ennemi des modèles d'avant 1990, la rouille. "Refaire la tôlerie peut revenir cher. Or on trouve de moins en moins de pièces en France. Seule solution, acheter à l'étranger, là où des modèles ont été fabriqués plus tard. On a même vu un club de passionnés de 2CV racheter des moules pour refabriquer la tôlerie", note le garagiste, qui possède une quarantaine de voitures.
On voit beaucoup de ces modèles rouler dans les campagnes, et pas seulement du fait de collectionneurs. Même s'ils polluent davantage que ne requièrent les normes actuelles, ils ont l'autorisation de rouler s'ils respectent les normes de l'année où ils ont été produits.
D.Schneider--BTB