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Après l'hécatombe hivernale, les macareux rescapés regagnent l'Atlantique
Des mains de la soigneuse à la pleine mer, quelques battements de ses pattes palmées lui suffisent pour gagner le large. Ce macareux moine est l'un des rares survivants des tempêtes hivernales qui ont provoqué l'échouage de dizaines de milliers d'oiseaux sur les plages de l'Atlantique.
En ce matin ensoleillé de mars, sur le bassin d'Arcachon, ils sont sept oiseaux à retrouver leur milieu naturel après un mois de soins dans le centre de la Ligue de protection des oiseaux (LPO) d'Audenge, en Gironde.
Un moment émouvant pour Justine Roques, la responsable des soins du centre. "Cette année, on en a presque 900 qui sont arrivés chez nous, que ce soit morts ou vivants", parfois jusqu'à 150 à 200 par jour. "Ca a été très compliqué. Et puis assez démoralisant parce qu'il y avait quand même beaucoup de mortalité", raconte la jeune femme, en regardant s'éloigner ses petits protégés au plumage noir et blanc en direction du Banc d'Arguin.
Sur le millier d'oiseaux ramenés au centre par les équipes ou de simples promeneurs, seuls un peu plus de 200 ne sont pas morts dans les 48h et, parmi eux, à peine 10% seront finalement relâchés.
- Une "année terrible" -
"Quand ils arrivaient, la plupart faisaient déjà la moitié de leur poids - un macareux en bonne santé peut peser 400 à 500 grammes - et ils étaient quasiment tous en hypothermie: on en avait qui ne dépassaient pas les 36°C", alors que leur température corporelle atteint normalement les 41-42°C, ce qui les rendait impossibles à sauver, explique Mme Roques.
"Ca a été une année terrible" pour les macareux, petits oiseaux marins aussi surnommés "perroquets des mers" en raison de leur bec coloré rouge orangé, déplore Allain Bougrain-Dubourg, le président de la LPO, qui a fait de cet oiseau son emblème.
Cet hiver, "on a compté près de 48.000" macareux échoués sur les plages de l'Atlantique "depuis le Portugal jusqu'à la Bretagne", dont environ 38.000 rien que sur les côtes françaises. Sachant que pour un oiseau échoué, 10 autres sont probablement morts en mer, ces chiffres sont d'autant plus alarmants pour une espèce déjà classée vulnérable au niveau mondial et en danger critique d'extinction en France, rappelle-t-il.
- Soins intensifs -
Les raisons d'une telle surmortalité cette année ? La succession de tempêtes hivernales - Goretti en janvier puis Nils et Pedro en février, avec leurs vents à plus de 100 km/h, qui "empêchent les oiseaux pélagiques (marins, ndlr), et plus particulièrement les macareux moines, de s'alimenter correctement au large" et les "affaiblissent par des efforts constants pour lutter contre les éléments", alors qu'ils passent l'hiver en mer pour venir nidifier, explique le parc naturel marin de l'estuaire de la Gironde.
Ce n'est pas la première fois que des oiseaux s'échouent en masse sur les plages - en 2014, autre année de tempêtes à répétition, environ 50.000 oiseaux avaient péri - mais "un échouage aussi massif - surtout pour les macareux - c'est assez rare", souligne Justine Roques.
La soigneuse et ses collègues ont dû faire venir de La Rochelle une unité mobile de soins intensifs et renforcer les équipes face à l'afflux massif et quasi quotidien depuis le 11 février.
A leur arrivée, les oiseaux qui avaient des chances d'être sauvés "devaient parfois être intubés car ils ne mangeaient plus seuls et devaient être réhydratés", explique Annabelle Roca, responsable Aquitaine de la LPO.
"Les échouages comme ça, de macareux mais aussi de guillemots ou de fous de Bassan, ça a tendance à s'accentuer avec le réchauffement climatique" qui rend les tempêtes plus violentes et réchauffe les mers, privant certains oiseaux de leurs proies, explique Mme Roques. "Donc on s'attend à ce que malheureusement ce soit de plus en plus fréquent".
A.Gasser--BTB