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En Chine, la mode des animaux exotiques laisse le bien-être en suspens
"Trop mignons!": les visiteurs du salon animalier de Pékin affluent pour photographier suricates ou serpents. Un engouement pour les espèces insolites en Chine qui surfe sur une réglementation floue mais bute parfois sur une méconnaissance de leurs besoins.
Un raton laveur tourne dans une cage à peine plus grande que lui, dans des allées où les animaux exotiques sont plus populaires encore que chiens et chats.
Le marché des animaux de compagnie atypiques connaît une forte croissance en Chine.
Il pèse 10 milliards de yuans (1,25 milliard d'euros) et 17 millions de personnes (sur une population de 1,4 milliard) en possèdent un, selon l'agence de presse officielle Chine nouvelle.
Des associations de protection animale s'inquiètent toutefois pour les conditions de vie de ces animaux, trop faciles à acquérir et trop peu protégés par la loi.
Sur les réseaux sociaux, les animaux de compagnie atypiques rencontrent un vif succès auprès des jeunes, qui sont nombreux à partager des tutoriels vidéo expliquant comment s'en occuper.
Au salon de Pékin, Xiong, 18 ans, vient d'acquérir un suricate, petit mammifère qui peut se dresser sur ses pattes arrière et qu'a rendu célèbre le dessin animé Le Roi lion (1994).
"Je trouve qu'élever des animaux exotiques, c'est vraiment plus simple" que des chiens et des chats, affirme le jeune homme.
Il possédait dans le passé un phalanger volant (souvent appelé par son nom anglais "sugar glider"), un petit marsupial qui tient dans la paume de la main.
- "Comme une amie" -
Point fort de ce type d'animal selon Xiong: il a moins besoin de présence humaine qu'un chien.
"Quand tu veux interagir, il est content de jouer avec toi. Mais quand tu n'es pas d'humeur, il peut parfaitement s'amuser tout seul", déclare-t-il.
Ailleurs dans le salon, des serpents aux motifs variés et des geckos tachetés s'agitent dans des boîtes en plastique, pendant que des visiteurs recherchent leur prochain compagnon reptile.
Agé de 24 ans, Yang Xurui est venu avec son serpent vert.
"Je la considère comme une amie", dit-il en caressant la créature lovée autour de son cou.
"Chaque jour, quand je rentre à la maison, elle se met bien droite" comme "pour m'accueillir", ajoute-t-il.
"Elle me tient compagnie pendant que je regarde la télé, et le soir elle va se coucher toute seule."
Yang Xurui dit se sentir investi d'une mission, celle de dissiper la peur souvent associée aux serpents.
Le ministère de la Sécurité d'Etat a mis en garde contre cet enthousiasme, qu'il attribue notamment à une "quête d'originalité" jugée excessive.
"Le commerce, l'élevage, les soins médicaux et l'abandon de ces animaux exotiques recèlent des risques latents en matière de sécurité, pour les écosystèmes et en matière de biosécurité", a-t-il souligné l'année dernière.
Le manque de réglementation sur le bien-être animal en Chine ouvre la porte aux abus.
- Menace pour les écosystèmes -
Des entreprises impliquées dans la vente et le transport d'animaux de compagnie atypiques se seraient livrées à des étiquetages frauduleux et à des tromperies délibérées pour les faire circuler, dit à l'AFP Peter Li, spécialiste des politiques chinoises de protection animale à l'université de Houston-Downtown (Etats-Unis).
Il plaide pour soumettre négociants, éleveurs et détaillants à une régulation plus stricte.
Car Peter Li voit deux principaux problèmes.
S'ils sont abandonnés, ces animaux peuvent se reproduire rapidement dans la nature et menacer les écosystèmes locaux. Et les maladies qu'ils peuvent transmettre représentent aussi un risque pour la santé publique.
Côté clients, la sensibilisation à la protection de la faune s'est nettement améliorée, mais beaucoup manquent encore d'informations avant d'acheter, indique à l'AFP l'association de protection de la nature WWF.
"Certains consommateurs n'ont pas pleinement conscience des espèces dont la détention est légale, des éventuels permis requis, du niveau de difficulté d'entretien pour certaines espèces, ou des coûts à long terme", prévient-elle.
Au salon, Zhang Yue, 26 ans, reconnaît que la présence de certains de ces animaux en milieu humain "pourrait avoir des répercussions".
Mais elle envisage tout de même d'acheter un phalanger volant, car ils sont vraiment "trop mignons".
G.Schulte--BTB