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Népal: l'ex-Premier ministre arrêté pour la répression meurtrière de l'insurrection de 2025
L'ancien Premier ministre du Népal KP Sharma Oli a été interpellé samedi pour son implication supposée dans la répression meurtrière de l'insurrection meurtrière qui l'a chassé du pouvoir il y a six mois.
M. Oli, 74 ans, a été arrêté en même temps que son ancien ministre de l'Intérieur, Ramesh Lekhak, "pour être entendus dans le cadre de l'enquête sur les manifestations de septembre dernier", a indiqué à l'AFP un porte-parole de la police de la capitale, Pawan Kumar Bhattarai.
Ces interpellations interviennent au lendemain de l'entrée en fonction du gouvernement conduit par le rappeur de 35 ans devenu maire de Katmandou Balendra Shah, dont le Parti national indépendant (RSP, centriste) est sorti grand vainqueur des législatives du 5 mars.
Peu après son arrestation, KP Sharma Oli, tout de blanc vêtu, a été conduit sous forte escorte policière dans un hôpital, ont constaté des journalistes de l'AFP.
"Il y a été admis sur recommandation d'un médecin", a expliqué le porte-parole de la police, ajoutant que le septuagénaire "souffre de problèmes cardiaques et rénaux".
Dans un épais rapport de 900 pages publié en intégralité dans la presse jeudi, une commission d'enquête a recommandé des poursuites pénales contre M. Oli, son ministre de l'Intérieur et le chef de la police.
Au moins 76 personnes ont été tuées et plus de 2.400 blessées lors de deux jours d'émeutes les 8 et 9 septembre 2025, selon le bilan retenu par la commission.
Le 8 septembre, des milliers de jeunes réunis sous la bannière de la Génération Z étaient descendus dans les rues de Katmandou et de villes du pays pour dénoncer le blocage des réseaux sociaux et la corruption des élites.
Au moins 19 manifestants ont été tués par balles dans la capitale, et des dizaines d'autres blessés.
Le 9 septembre, la foule en colère avait détruit, incendié ou pillé de nombreux bâtiments publics, dont le parlement et le domicile de M. Oli. Le calme n'était revenu que le soir avec le déploiement de l'armée.
- "Vengeance" -
La commission d'enquête n'a pas "pu établir s'il y avait eu un ordre formel d'ouvrir le feu", mais elle a considéré "qu'aucun effort n'a été fait pour arrêter ou maîtriser les tirs".
Chef du Parti communiste népalais (CPN-UML), KP Sharma Oli a nié à plusieurs reprises avoir ordonné à la police d'ouvrir le feu sur les manifestants.
Pendant la bataille électorale où il a perdu son siège de député face à Balendra Shah, il avait blâmé, auprès de l'AFP, des "infiltrés" et des "forces anarchistes" pour ces violences.
"Cette arrestation est une vengeance, je vais mener une bataille judiciaire, préparez-vous", a dit samedi à ses avocats M. Oli, cité par le site d'informations népalais Onlinekhabar.com.
Réuni en urgence, son parti a appelé ses partisans à organiser des "rassemblements de protestation dans tout le pays".
L'arrivée au pouvoir de Balendra Shah, érigé en porte-parole de la contestation des jeunes, et de son parti marque l'avènement d'une nouvelle génération de dirigeants au Népal.
Lors de sa première réunion vendredi, le cabinet de M. Shah a décidé de suivre les recommandations de la commission d'enquête rendues la veille.
"Personne n'est au-dessus de la loi (...) Ce n'est pas une vengeance contre qui que ce soit, juste le début de la justice", a commenté sur Instagram le nouveau ministre de l'Intérieur Sudan Gurung, figure majeure des manifestations de septembre dernier.
Quatre fois Premier ministre depuis 2015, KP Sharma Oli a connu une carrière politique de presque six décennies.
Il est devenu la cible principale des manifestations de septembre, les plus meurtrières depuis la fin de la guerre civile au Népal en 2006.
Dans sa lettre de démission le 9 septembre 2025, il avait affirmé espérer que son départ aiderait "à avancer vers une solution politique et la résolution des problèmes".
T.Bondarenko--BTB