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Qui sont les prostituées, les clients et les proxénètes en France en 2026?
De plus en plus de prostituées mineures, des clients "monsieur tout le monde", des proxénètes aux multiples casquettes et des espaces de plus en plus fermés : état des lieux de la prostitution en France à l'occasion des dix ans de la loi de 2016.
- De plus en plus de mineures -
Selon les estimations officielles, plus de 40.000 personnes, dont une écrasante majorité de femmes, seraient en situation de prostitution en France.
Parmi elles, de plus en plus de mineures (+43% entre 2021 et 2025) selon les chiffres de la Mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences et la lutte contre la traite des êtres humains (Miprof).
Ces jeunes "viennent de tous les milieux sociaux", relève une source au fait du dossier. "La majorité d'entre elles ont subi antérieurement des violences sexuelles ou physiques et le traumatisme qui en découle les rend particulièrement vulnérables".
D'autres tombent sous la coupe de "lover boys", des garçons qui s'inscrivent d'abord dans des relations amoureuses avant d'exploiter sexuellement la victime. A quoi s'ajoutent les réseaux sociaux, qui "facilitent la mise sous emprise" et font miroiter de "l'argent facile".
- Des profils de clients variés -
Les clients sont à une écrasante majorité des hommes. Les derniers chiffres officiels font état de 99% d'hommes parmi les mis en cause pour recours à la prostitution.
Mais difficile d'aller plus loin et de brosser un profil type. "On peut dire que le client, c'est un monsieur tout le monde", souligne-t-on à l'Office centrale de lutte contre la traite d'êtres humains (OCRETH). "Les clients ont un peu tous les âges et sont originaires de tous les milieux sociaux".
Dans une des rares études consacrées à ce sujet, menée en 2004, le sociologue Saïd Bouamama a répertorié cinq profils, parmi lesquels les "isolés affectifs et sexuels", les "compulsifs de la sexualité" ou encore les "acheteurs de marchandises", qui parlent de l'acte sexuel comme d'un achat au supermarché leur donnant le sentiment de ne pas tromper leur femme.
- Des lieux fermés -
Longtemps très visible dans l'espace public, la prostitution s'est déplacée en l'espace de dix ans vers des lieux fermés - appartements loués en ligne pour des courtes durées - ou sur des plateformes en ligne.
Les personnes victimes d'exploitation "sont déplacées d'une semaine sur l'autre, d'une ville à une autre, d'un appartement à un autre, pour échapper à la vigilance des autorités, du voisinage, des associations...", selon l'Ocreth.
A cela s'ajoute la montée en puissance de plateformes de partage de contenus comme Onlyfans ou Mym, qui permettent aux utilisateurs d'acheter photos, vidéos ou scènes personnalisées, dont certaines à caractère sexuel ou pornographique.
- Des proxénètes multi-cartes -
Le tableau brossé dans un rapport d'experts remis au gouvernement en 2021, qui décrivait des proxénètes relevant de plus en plus de jeunes délinquants investissant la prostitution, reste toujours d'actualité.
"Cela ne leur demande pratiquement aucune mise de fonds au départ et l'activité s'avère très vite lucrative, avec des gains journaliers de 300 euros à 1.500 euros et des possibilités assez faciles de blanchiment", pouvait-on lire.
Autre phénomène observé, bien qu'encore marginal: les femmes en situation de prostitution qui passent de l'autre côté de la barrière et deviennent recruteuses, "parfois presque inconsciemment pour +aider+, parfois pour trouver une remplaçante à leur calvaire et contenter leur exploiteur", note Roxana Maracineanu, secrétaire générale de la Miprof.
- De nouvelles filières -
Les réseaux internationaux présents en France, jusqu'à présent majoritairement africains, et notamment nigérians, sont aujourd'hui davantage d'origine latino-américaine.
"La filière nigériane ne s'est pas complètement tarie mais a fortement diminué", sous l'effet de la répression et du changement du mode opératoire qui lui est moins favorable, les filières africaines étant davantage sur "de la prostitution de voie publique", souligne la source au fait du dossier.
N.Fournier--BTB