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L'ex-dirigeant philippin Rodrigo Duterte sera jugé devant la CPI
Rodrigo Duterte sera jugé devant la CPI a annoncé jeudi la Cour pénale internationale, qui a confirmé les accusations de crimes contre l'humanité à l'encontre de l'ex-dirigeant philippin, présumément commis pendant sa "guerre contre la drogue".
"Les juges de la phase préliminaire ont confirmé à l'unanimité l'ensemble des chefs d'accusation (...) retenus contre Rodrigo Roa Duterte et l'ont renvoyé en jugement", a indiqué la CPI dans un communiqué.
Les procureurs de la CPI ont inculpé l'ancien homme fort de Manille, âgé de 81 ans, de trois chefs d'accusation pour crimes contre l'humanité, lui reprochant d'être impliqué dans au moins 76 meurtres liés à sa "guerre contre la drogue" qui aurait fait plusieurs milliers de victimes.
M. Duterte sera le premier ancien chef d'État asiatique à comparaître devant la CPI, qui juge les individus pour les crimes les plus graves au monde, tels que les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité.
La Cour traverse actuellement la période la plus difficile de ses 24 ans d'existence, les États-Unis ayant imposé des sanctions à des juges et des responsables clés après que la CPI a émis des mandats d'arrêt contre des dirigeants israéliens dans le cadre de la guerre à Gaza.
Il est probable que M. Duterte ne comparaisse pas en personne face aux juges. Sa défense affirme qu'il est trop affaibli mentalement pour suivre la procédure.
Il ne s'est par ailleurs pas présenté lors de la semaine d'audiences de confirmation des charges.
La seule fois où il a été vu depuis son arrestation, était lors d'une première comparution par visioconférence, dans laquelle il paraissait désorienté et affaibli.
"Motifs sérieux"
Les juges de la phase préliminaire ont conclu qu'il existe "des motifs sérieux de croire que Duterte est responsable des crimes contre l'humanité que sont le meurtre et la tentative de meurtre", selon le communiqué de la CPI.
Lors de l'audience de "confirmation des charges" qui s'est tenue en février, les procureurs ont affirmé que M. Duterte avait fait tuer des milliers de trafiquants et de consommateurs présumés de drogue, d'abord en tant que maire de Davao, puis en tant que président des Philippines.
"Des décennies passées à assassiner son propre peuple, à assassiner les enfants des Philippines, et il prétend avoir fait tout cela pour son pays. Il ne le nie pas", avait résumé Julian Nicholls, du bureau du procureur.
Les procureurs accusent M. Duterte d'avoir personnellement dressé des listes de personnes à abattre, incité à commettre des meurtres et de s'en être par la suite vanté.
Ils ont présenté aux juges plusieurs vidéos sur lesquelles on voit l'ancien président menaçant de tuer des consommateurs présumés de drogue et plaisantant sur ses talents en matière d'exécutions extrajudiciaires.
Le premier chef d'accusation à l'encontre de M. Duterte concerne son implication présumée en tant que coauteur dans 19 meurtres commis entre 2013 et 2016, alors qu'il était maire de Davao.
Le deuxième chef d'accusation porte sur 14 meurtres de "cibles de grande importance" commis en 2016 et 2017, alors qu'il était président.
Le troisième chef d'accusation porte sur 43 meurtres commis lors d'opérations de "nettoyage" visant des consommateurs ou des revendeurs de drogue présumés de bas niveau à travers les Philippines entre 2016 et 2018.
M. Kaufman, l'avocat de M. Duterte, a rétorqué que l'accusation avait "trié sur le volet" les discours et ignoré des dizaines d'exemples où M. Duterte soulignait la nécessité d'agir dans le respect de la loi.
Lors de l'audience de confirmation des charges, il a déclaré que son client "clame son innocence sans réserve", affirmant que si les discours de M. Duterte étaient truffés de menaces, il n'existait aucun lien avéré entre la rhétorique de son client et les crimes présumés.
"Il n'y a pas de preuve irréfutable dans cette affaire ", a déclaré l'avocat.
Pour Paolina Massidda, l'avocate des victimes, les proches des personnes tuées "attendaient ce moment depuis des années".
"Les victimes se tiennent devant vous dans l’espoir que la justice qui leur a longtemps été refusée soit enfin à portée de main. Cette Cour est leur dernier refuge" avait elle déclaré face aux juges.
Dans une procédure distincte, la Chambre d'appel de la CPI a confirmé mercredi la compétence de la Cour dans cette affaire, rejetant ainsi un pourvoi de la défense.
O.Bulka--BTB