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"C'est une prison": la longue attente des Gazaouis bloqués en Cisjordanie
Sous les gradins d'un stade de Cisjordanie, ils sont une dizaine à vivre dans les vestiaires : coincés depuis le début de la dernière guerre avec Israël, ces Palestiniens originaires de Gaza n'ont aucune perspective de rentrer chez eux.
Avant de s'installer à Naplouse, dans le nord de la Cisjordanie occupée, Samir Abou Salah, 54 ans, cumulait les petits boulots à Tel-Aviv, où les salaires sont bien plus élevés qu'à Khan Younès, sa ville natale dans la bande de Gaza.
"Je suis entré en Israël quatre jours seulement avant la guerre. J'étais quelqu'un de respecté. Et puis la guerre a éclaté", le 7 octobre 2023, raconte-t-il, installé dans le petit espace qu'il s'est aménagé sous le béton.
"Regardez-moi maintenant : je vis dans une tente. Avant, nous avions la dignité".
Il gagne désormais sa vie en collectant et en revendant des déchets recyclables. Il envoie ainsi un peu d'argent à sa famille. Deux de ses fils sont morts dans des frappes israéliennes.
Dans le dénuement, il fait au mieux avec ce qu'il a : il a fabriqué une commode avec des cartons, décoré ses murs de drapeaux palestiniens et accroché un portrait de Yasser Arafat, leader palestinien décédé en 2004.
Recenser les Gazaouis se trouvant comme lui dans une situation précaire s'avère impossible. Mais le ministère palestinien du Travail a indiqué en mars 2026 avoir apporté une aide financière en liquide à 4.605 personnes bloquées en Cisjordanie, territoire occupé par Israël depuis 1967.
Samir Abou Salah et ses compagnons d'infortune ont peur de quitter la ville : certains de leurs amis ont été arrêtés aux barrages de l'armée israélienne, et renvoyés dans la bande de Gaza, territoire sous blocus israélien qui a été ravagé par deux ans de guerre.
- "Plus rien" -
"C'est une prison ici", se lamente Sameh, un père de famille qui préfère taire son nom, arrivé dix jours avant le début de la guerre, déclenchée par l'attaque en Israël du mouvement islamiste Hamas, pour trouver un traitement médical introuvable à Gaza.
Si son fils est rentré, lui a préféré rester sur place pour trouver un moyen d'aider financièrement sa famille. Dans le vestiaire, il a accroché un drap sur une corde pour préserver un peu d'intimité. Il vit "un peu comme (sa) famille", coincée dans un camp à Gaza.
Comme les autres hommes installés là, il a perdu sa maison, ciblée lors de frappes israéliennes et dont il montre les gravats sur une photo.
Entrepreneur de 43 ans, Nahed al-Hilou s'est lui installé à Ramallah, dans le centre de la Cisjordanie.
Il avait quitté la bande de Gaza l'avant-veille du 7-Octobre pour rejoindre Tel-Aviv : grâce à son permis de travail, il venait chercher des marchandises à ramener dans l'enclave, où il disposait d'un restaurant dans le quartier de Rimal, à Gaza.
A Ramallah, il a ouvert un restaurant pour pouvoir envoyer de l'argent à sa famille, restée à Gaza. "J'ai fait ce que je savais faire", explique-t-il.
Il emploie désormais neuf personnes, originaires de Gaza, et cuisine à la gazaouie : très épicé. Mais il s'inquiète pour sa famille. "Pendant 20 jours, on n'a pas eu de nouvelles d'eux", dit-il.
Mais il écarte tout retour chez lui. "Bien sûr que je suis attaché à Gaza. Mais là-bas, il ne reste plus aucune maison, plus rien."
- 80% de chômage -
Selon l'ONU, 81% des infrastructures ont été détruites à Gaza pendant la guerre, et l'activité économique a été anéantie.
Le chômage atteint 80%, et les prix des marchandises ont explosé, notamment à cause des restrictions israéliennes à l'entrée de camions dans l'enclave.
Israël contrôle toujours environ la moitié de la bande de Gaza. 846 personnes ont été tuées par des tirs israéliens depuis le début du cessez-le-feu, en octobre 2025.
Agé de 45 ans, Shahdeh Zaarb a un peu plus de chance que les autres : il possède un permis de séjour en Cisjordanie, où il travaille depuis vingt ans.
Il est originaire de Beit Lahia, une ville dans le nord de la bande de Gaza, réputée pour ses champs de fraises avant la guerre. En Cisjordanie, il a ouvert une ferme à Qalqilya, mais malgré sa relative liberté, il n'a pas vu ses proches depuis 2021.
"Mes enfants sont d'un côté, je suis de l'autre. Je ne peux pas les faire venir à cause des points de passage", regrette-t-il.
I.Meyer--BTB