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Omar Garcia Harfuch, le "Batman du Mexique", potentiel présidentiable
Surnommé le "Batman mexicain" depuis l'élimination en février de l'ennemi public numéro 1 "El Mencho", le ministre de l'Intérieur Omar Garcia Harfuch, qui avait réchappé en 2020 à un spectaculaire attentat au cours duquel 400 balles avaient été tirées contre sa voiture, est à présent considéré comme un potentiel successeur de Claudia Sheinbaum à la tête de l'Etat.
Agé de 44 ans, ce policier de terrain ultraprotégé, affilié au parti Morena de la présidente, apparaît peu dans des événements publics. Mais son image d'invincibilité a déjà séduit de nombreux Mexicains.
Fils d'une célèbre actrice de telenovelas, Maria Sorté, et d'un ancien directeur de la police redouté, M. Harfuch conduit une vaste répression contre le crime organisé avec Mme Sheinbaum, dont il pourrait briguer la succession en 2030 en fonction de ses résultats.
Des vendeurs de rue proposent des tee-shirts, serviettes, et autres produits dérivés à son effigie, torse nu, pectoraux et abdominaux saillants.
Ses soutiens le surnomment le "Batman mexicain".
- "Sens du devoir" -
Sa popularité a encore augmenté en février après la mort lors d'une opération militaire spéciale du narcotrafiquant le plus recherché du Mexique: Nemesio Oseguera, dit "El Mencho".
C'était lui, chef du puissant cartel de Jalisco Nouvelle Génération, qui avait ordonné la tentative d'assassinat contre M. Harfuch, alors responsable de la sécurité de la capitale, Mexico.
Trente hommes lourdement armés s'étaient éjectés d'une camionnette, criblant de balles le véhicule blindé dans lequel l'actuel ministre se trouvait. Il a été atteint de deux balles, au bras et à la jambe. Deux garde du corps ont été tués, de même qu'un passant.
Ce genre d'événement "vous marque pour la vie, vous marque dans le sens du devoir", estime auprès de l'AFP Gerardo Rodriguez, expert en sécurité nationale à l'Université des Amériques Puebla.
Le spécialiste raconte avoir rencontré en 2018 Omar Harfuch, à l'époque directeur de l'Agence d'enquêtes criminelles du parquet fédéral mexicain, qu'il voulait réformer "pour s'attaquer à la criminalité".
M. Harfuch est ensuite devenu responsable de la Sécurité de Mexico, lorsque Claudia Sheinbaum était maire. Sous sa direction, les homicides dans la capitale ont diminué de 50%, selon les chiffres officiels, qui montrent également une hausse des plaintes contre des policiers.
Le ministre a créé à Mexico, puis au niveau national, une unité de police d'élite, formée aux Etats-Unis, dotée de pouvoirs d'enquête et d'action élargis, et d'armes de calibre militaire.
A son arrivée à la tête du pays en 2024, Claudia Sheinbaum l'a intégré au gouvernement fédéral. Ensemble, ils ont multiplié les saisies de drogues et les arrestations de chefs de bandes criminelles.
Leur méthode donne des résultats: le niveau des homicides a été ramené à son plus bas niveau depuis 2015 dans le pays.
- "Tu sais " -
Issu d'une famille de politiques et de militaires, Omar Harfuch a commencé sa carrière dans les forces de l'ordre en 2008 au sein de l'ancienne Police fédérale, aujourd'hui dissoute.
Son père, Javier Garcia Paniagua, décédé dix ans avant son entrée dans l'institution, était un dirigeant du parti au pouvoir en son temps, le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), occupant de nombreux postes ministériels.
Il fut également le chef de la Direction fédérale de sécurité, disparue depuis, accusée d'avoir reprimé des opposants de gauche dans les années 70 et 80.
Omar Harfuch, lui, a été mis en cause dans l'affaire des enlèvements d'Iguala en 2014, emblématique des plus de 130.000 disparitions au Mexique, et qui reste un mystère.
En octobre 2023, le député Manuel Vázquez Arellano l'accuse d'avoir couvert des informations sur ces 43 étudiants de l'école d'Ayotzinapa. "Tu sais ce qui s'est passé la nuit du 26 septembre à Iguala", avait-il lancé dans une vidéo.
Un an plus tôt, l'actuel ministre avait nié toute participation à une soi-disant "réunion pour élaborer la vérité historique", largement contestée, qui attribue le crime à des narcotrafiquants et des complices de la police locale.
- "Un flic qui aime la rue" -
Maribel Cervantes a connu Omar Harfuch en 2008, lorsqu'elle était sa supérieure, cheffe du renseignement de la Police fédérale.
Elle se souvient d'un jeune homme nourrissant une vision presque romantique de la police. Elle affirme qu'il s'est également formé auprès FBI américain et rencontre fréquemment des responsables de la sécurité des Etats-Unis pour coordonner les efforts dans la lutte contre le trafic de stupéfiants.
"C'est un flic qui aime la rue. Il n'aime pas le travail de bureau " et préfère "partir en opération", se rappelle Mme Cervantes.
Un haut responsable de la police qui a travaillé avec lui craint néanmoins que la politique ne le corrompe: "Le pire qui pourrait arriver, c'est qu'on perde le Omar" qu'il a connu, prévient ce fonctionnaire.
O.Lorenz--BTB