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Financement du terrorisme: les ex-dirigeants de Lafarge demandent à sortir de prison
L'ex-PDG du cimentier Lafarge Bruno Lafont et son bras droit Christian Herrault, incarcérés mi-avril après leur condamnation pour financement du terrorisme, ont demandé mardi à la cour d'appel de Paris leur mise en liberté avant un nouveau procès.
Le parquet général a appuyé la requête de l'ancien patron du CAC 40 de 69 ans et de son ex-directeur général adjoint de 75 ans, respectivement condamnés à six ans et cinq ans de prison ferme avec mandat de dépôt à l'audience. Le ministère public a requis leur sortie de prison sous contrôle judiciaire.
La décision sera rendue le 26 mai.
"Chaque homme est considéré comme innocent dès lors qu'il n'est pas définitivement condamné et la détention provisoire est l'exception par rapport à la liberté", a déclaré l'avocat général Frédéric Bernardo.
Bruno Lafont et Christian Herrault figurent parmi les neuf prévenus reconnus coupables le 13 avril par le tribunal correctionnel de Paris d'avoir versé en 2013 et 2014, via la filiale syrienne Lafarge Cement Syria (LCS), près de 5,6 millions d'euros à des groupes jihadistes armés afin de maintenir l'activité d'une cimenterie à Jalabiya, dans le nord de la Syrie.
Tous les prévenus, dont l'entreprise Lafarge - ancien fleuron de l'industrie française aujourd'hui avalé par son concurrent suisse Holcim -, ont fait appel de leur condamnation et seront rejugés dans les prochains mois.
Du fait de leur appel du jugement, la détention de MM. Lafont et Herrault relève désormais des critères de la détention provisoire, qui diffèrent de ceux du mandat de dépôt.
Comparaissant en visio-conférence depuis la prison de la Santé, pull blanc sous une polaire grise sans manches, Bruno Lafont s'est défendu de tout risque de fuite à l'étranger malgré son important patrimoine financier.
"J'ai mon honneur à défendre et j'y tiens comme quelque chose d'absolument primordial, je respecterai les conditions", a déclaré le grand patron déchu, aujourd'hui à la retraite, le visage marqué.
Son avocate Jacqueline Laffont a dénoncé une "décision (d'incarcération) particulièrement choquante, frappante, violente" à l'encontre de son client parti en prison "sans rien, sans argent, sans brosse à dents".
Alors que l'administration pénitentiaire a placé les deux hommes dans la même cellule, le parquet général a requis que le contrôle judiciaire leur interdise de rentrer en contact. "On lit, on parle, on regarde la télévision", a décrit Bruno Lafont à la cour.
"Quarante-trois jours et nuits à partager la plus grande intimité et il faudrait maintenant leur interdire de se parler", s'est étonnée Solange Doumic, l'avocate de Christian Herrault, demandant une "cohérence" du système judiciaire.
D.Schneider--BTB