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Espagne: une officine au coeur du Parti socialiste embarrasse le gouvernement
La multiplication ces derniers jours des révélations sur une cellule chargée au sein du Parti socialiste espagnol (PSOE) de tenter d'interférer dans les enquêtes visant la formation politique ou les proches de Pedro Sánchez accentue encore la pression sur le Premier ministre et son gouvernement.
L'"affaire Leire Díez", du nom de l'ex-militante socialiste au coeur du dossier, a pris une nouvelle ampleur depuis la perquisition du siège du parti du Premier ministre Pedro Sánchez le 27 mai et la révélation des premiers éléments de l'enquête ouverte depuis plusieurs mois, consultés par l'AFP.
Dernière victime collatérale en date des révélations qui font la une de la presse espagnole depuis plusieurs jours, plus encore que la visite du pape Léon XIV, attendu samedi pour un voyage d'une semaine : Mercedes González, la directrice générale de la Garde civile, dont l'unité d'élite mène les enquêtes les plus complexes et notamment celles visant plusieurs proches du chef du gouvernement.
Selon les enquêteurs, plusieurs rencontres ont eu lieu en 2024 et 2025 entre Mercedes González, ex-militante et élue socialiste nommée à ce poste en 2024 sur proposition du gouvernement, et Leire Díez, surnommée "La Plombière", une référence classique en Espagne aux faux plombiers de l'affaire du Watergate qui avait entraîné la chute du président américain Richard Nixon dans les années 1970.
- "Déstabiliser de manière systématique" -
Dans un rare communiqué, la Garde civile a assuré jeudi soir que sa directrice générale "n'avait jamais pris part à aucune opération contre aucune unité de la Garde civile (...), ni jamais interféré dans aucune enquête menée par des agents de ce corps", tout en reconnaissant que les deux femmes s'étaient bien rencontrées.
"Ce qu'elle m'a dit, et pour moi c'est ce qui est important, c'est qu'elle n'a eu aucun contact avec Leire (Díez) relatif à la cellule" évoquée par les enquêteurs, a aussi assuré vendredi matin le ministre de l'Intérieur, Fernando Grande-Marlaska.
Pour les enquêteurs et le juge Santiago Pedraz, c'est toute une organisation structurée qui avait été mise en place autour de Leire Díez et de Santos Cerdán, ex-N.3 du PSOE mis en cause dans d'autres dossiers, notamment pour corruption, qui a nié vendredi son implication, fustigeant une "campagne médiatique".
Le but de cette cellule selon le magistrat: "Déstabiliser de manière systématique et continue toute procédure judiciaire ou intervention policière susceptible d'avoir un impact, direct ou indirect, sur les intérêts du PSOE ou du gouvernement".
Les enquêteurs situent la montée en régime de ce système au printemps 2024, juste après l'inculpation pour trafic d'influence de Begoña Gómez, l'épouse de Pedro Sánchez.
Quelques mois plus tard, dans une conversation enregistrée entre Leire Díez et d'autres protagonistes du dossier, ces derniers évoquent même alors un mot d'ordre émanant, assurent-ils, du chef du gouvernement lui-même: "Que tout soit nettoyé !".
- "El one" -
Autre point sensible pour le Premier ministre socialiste, certaines conversations rapportées évoquent "El One" ("le Numéro un"), un surnom derrière lequel les enquêteurs voient Pedro Sánchez: "Les références faites à +S+ sont considérées comme évoquant Santos (Cerdán) et, d'autre part, celles faites à +el one+ renverraient au chef du gouvernement", écrivent-ils.
Après ces révélations, le Parti populaire (PP, droite) a de nouveau appelé à des élections anticipées et à la démission de Pedro Sánchez, arrivé au pouvoir en 2018 à la faveur d'une motion de censure qui avait fait chuter le gouvernement de droite de Mariano Rajoy... à cause d'un vaste scandale de corruption au sein du PP.
Malgré la multiplications des affaires judiciaires touchant d'anciens très proches au sein du PSOE - un ancien ministre, sa femme, son frère et même son prédécesseur socialiste José Luis Rodriguez Zapatero, figure très respectée de la gauche espagnole - le chef du gouvernement a pour le moment échappé à cette procédure et a toujours refusé d'avancer les élections, prévues l'an prochain.
Il devrait s'expliquer avant la fin du mois de juin lors d'une déclaration très attendue devant les députés.
D'autres révélations pourraient surgir d'ici là: les investigations se poursuivent et le juge Pedraz vient de demander l'accès à six comptes bancaires du PSOE et d'entreprises avec lesquelles il avait des relations commerciales.
N.Fournier--BTB