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Jean Castex face à son premier bras de fer social à la SNCF
Une grève unitaire à la SNCF, ce n'était plus arrivé depuis fin 2024. Mercredi, le trafic ferroviaire devrait être ralenti dans tout le pays par l'appel des quatre syndicats représentatifs de l'entreprise publique, premier bras de fer social de l'ère Castex.
La mise en oeuvre de la concurrence sur les rails français "dysfonctionne", dénoncent la CGT Cheminots, Unsa Ferroviaire, Sud Rail et CFDT Cheminots, dans leur appel commun à une grève de 24 heures le 10 juin.
Outre un moratoire sur les réorganisations et filialisations en cours au sein du groupe, génératrices "d'urgences sanitaires et sociales" chez les cheminots, les syndicats demandent de nouvelles hausses de salaires, estimant que celles obtenues pour 2026 sont loin de compenser l'inflation en cours depuis l'éclatement de la guerre au Moyen Orient fin février.
Les prévisions de trafic seront publiées d'ici mercredi par SNCF Voyageurs.
Si les syndicats ne font pas de prévisions sur l'importance de la mobilisation des cheminots, échaudés par l'échec relatif de précédentes initiatives, ils semblent relativement confiants, du fait notamment que le mouvement est unitaire et "carré" (24 heures non renouvelables).
"D'abord, nous demandons que les cheminots du groupe public unifié (GPU) et ceux qui sont affectés dans les filiales nouvellement créées aient les mêmes droits" souligne le secrétaire général de la CGT Cheminots Thierry Nier, premier syndicat de la SNCF, auprès de l'AFP.
"A son arrivée en novembre 2025, Jean Castex a dit devant l'Assemblée et devant le Sénat qu'il serait le président d'un groupe unifié, du coup nous lui disons +chiche+", ajoute-t-il.
- Treize suicides depuis début 2026 -
Alors que l'ancien PDG Jean-Pierre Farandou, devenu depuis ministre du Travail, avait quitté l'entreprise fin 2025 dans un climat social relativement apaisé, les syndicats font valoir que le début 2026 a été marqué par treize suicides de salariés, du jamais vu de mémoire de cheminots.
"Nous savons que ces actes ne sont bien sûr pas dûs à une seule et unique cause, et nous n'avons pas vocation à utiliser la détresse de nos collègues et de leur famille pour porter nos revendications" commente Fabrice Charrière, de l'Unsa Ferroviaire.
"Mais on constate un mal-être en ce qui concerne le sens du travail, un malaise global, notamment dans l'encadrement: les réorganisations broient certains de nos collègues", ajoute-t-il.
Afin de s'adapter aux appels d'offre lancés par les régions pour trouver de nouveaux exploitants sur leurs réseaux de trains régionaux, la SNCF crée en effet une myriade de sociétés locales qui remportent -ou pas- les appels d'offre.
Une partie des agents y sont transférés avec la promesse de conserver leurs avantages sociaux pendant 15 mois, un "sac à dos social" négocié pour l'ensemble de la branche ferroviaire.
Mais ce sac à dos social n'est qu'"un sac à main social" au mieux, souligne Fabien Villedieu de Sud Rail, "les accords tombent au bout de 15 mois". Un salarié de Poitou Charente finira par avoir des conditions très différentes d'un autre dans le sud, selon lui.
Les filiales "sont mises en oeuvre pour comprimer les coûts et donc remporter les appels d'offre". "Les cheminots sont pressés comme des citrons" souffle-t-il, en soulignant que les accidents du travail ont augmenté de 20% l'an passé.
Côté direction, la SNCF fait valoir qu'elle mène un "dialogue social constructif et très nourri depuis plusieurs mois" et qu'elle n'a "jamais signé autant d'accords avec les syndicats".
La SNCF a enregistré un bénéfice net de 1,8 milliard d'euros en 2025, face à Deutsche Bahn qui a enregistré des pertes de plus de 2 milliards l'an passé, alors que Trenitalia et Renfe enregistraient de petits bénéfices.
Face aux revendications de partage de la valeur, la SNCF fait valoir qu'elle a déjà garanti une prime de 1.450 euros pour tous les cheminots de l'entreprise, et qu'aucun des 150.000 salariés du groupe n'est embauché ou payé à moins du Smic +10%.
O.Lorenz--BTB