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Malgré les coupures de courant, le Nigeria s'entiche des voitures électriques
Conduire une voiture électrique au Nigeria, où les coupures électriques sont quotidiennes et peuvent durer des heures, relève de la gageure que certains automobilistes sont toutefois prêts à relever.
Khalifa Abubakar Alhassan, 22 ans, heureux propriétaire d'une élégante berline noire de la marque chinoise Neta Auto, profite de la nuit pour recharger son véhicule, quand l'électricité est en général continue dans son quartier d'Abuja, la capitale politique du pays le plus peuplé d'Afrique.
"L'approvisionnement en électricité dépend de l'emplacement, car certains quartiers sont mieux lotis que d'autres", explique-il.
Pour lui, passer à la voiture électrique constitue une économie non négligeable dans un pays où les prix à la pompe ont bondi de 650% depuis 2023, en raison de la suppression des subventions sur les carburants, de l'inflation galopante et des chocs liés à la guerre en Iran.
Le Nigeria, plus gros producteur de pétrole du continent, a placé l'adoption des véhicules électriques au coeur de sa stratégie de transition énergétique et de décarbonation et ambitionne que son parc automobile soit presque intégralement électrique d'ici 2060.
Abuja veut développer la production locale et a mis en place des exonérations de droits d'importations sur les véhicules électriques à partir du 1er juillet.
Mais le chemin à parcourir est encore long. Faute d'électricité, certains automobilistes rechargent parfois leurs véhicules à l'aide de générateurs de chantier, gros consommateurs d'essence qui crachent une fumée noire.
Selon la Banque mondiale, quelque 90 millions de Nigérians n'ont absolument pas accès à l'électricité, sur les 230 millions d'habitants que compte le pays.
Le PIB du Nigeria est le quatrième plus important d'Afrique, mais après des décennies de mauvaise gestion et de corruption, son réseau électrique est bien plus fragile que celui des pays voisins, pourtant plus pauvres.
- Au Nigeria, "on s'adapte" -
Selon l'Agence internationale de l'énergie, plus d'une nouvelle voiture sur cinq vendue dans le monde en 2024 était électrique, avec des ventes qui se concentrent en Chine, en Europe et aux États-Unis.
Il n'y a pas de données disponibles pour le Nigeria, mais Mosope Olaosebikan, PDG de NEV Electric, un constructeur spécialisé dans les bus et les "kekes" à trois roues, est optimiste quant à la croissance du secteur : la station de recharge qu'il construit sera bientôt capable de recharger 3.000 véhicules par jour — la plus grande du continent, selon lui.
Lorsqu'il a lancé son entreprise il y a quatre ans, une question revenait sans cesse: "Oh, il n'y a pas d'électricité. Alors où pourraient-ils bien recharger leurs véhicules ?", raconte-t-il à l'AFP.
Sa station de rechargement située près du quartier huppé de Maitama utilisera l'énergie solaire et le gaz naturel comprimé pour alimenter ses chargeurs, avec le réseau national comme solution de secours.
"Dans cette partie du monde, nous nous adaptons!", abonde Florence Boboye, de Saglev, un constructeur de véhicules électriques basé à Lagos.
Même lorsqu'un conducteur recharge son véhicule à l'aide d'un générateur diesel, cela reste moins cher, et peut-être plus efficace, que de faire rouler un véhicule à combustion interne classique, assure-t-elle.
- Moins cher -
Devant une station de recharge du centre d'Abuja, des femmes s'abritent du soleil avec des parapluies et vendent des mangues et des cacahuètes sur le trottoir, à quelques pas d'une intimidante Tesla Cybertruck.
Même les modèles chinois bon marché qui, selon les analystes, pourraient bouleverser l'industrie mondiale, sont largement hors de portée des millions de Nigérians travaillant dans l'économie informelle.
Selon la Banque mondiale, plus de 60% de la population vit dans la pauvreté.
Mais les personnes à faibles revenus tirent tout de même profit de l'essor des véhicules électriques, explique Dauda Adamu, 44 ans, chauffeur de bus à Maiduguri, dans le nord-est du pays: le gouvernement de l'État de Borno a mis en service des bus électriques proposant des tarifs très bas (50 nairas soit moins de 4 centimes de dollar) face à la hausse des prix de l'essence.
"Quand ces bus sont arrivés, j'ai pleuré de joie, car je n'ai plus à m'occuper d'huile de moteur ni de quoi que ce soit de stressant", raconte-t-il à l'AFP.
Au niveau fédéral, le Nigeria a approuvé en début d'année des taxes écologiques sur les véhicules à moteur lourd, notamment les SUV et les camions gourmands en carburant. Les véhicules électriques en sont exemptés.
Muhammad Abdulahi, 34 ans, ne s'inquiète pas des coupures de courant : sa maison est totalement hors réseau et fonctionne à l'énergie solaire.
Ce résident d'Abuja conduit une voiture hybride, une solution intermédiaire qui lui permet de rendre visite à sa famille à Kaduna, étant donné qu'il n'y a aucune borne de recharge sur ce trajet de 200 kilomètres.
Il travaille dans le secteur des énergies renouvelables, mais sa principale motivation pour conduire son hybride est économique.
Il a envisagé d'acheter un véhicule entièrement électrique, mais tant que les infrastructures du pays ne seront pas à la hauteur, "je le réserverais à un usage urbain".
Y.Bouchard--BTB