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Migration: le Parlement européen adopte la réforme prévoyant des "hubs de retour"
Le Parlement européen a approuvé mercredi le règlement sur les retours de migrants déboutés du droit d'asile, une réforme de l'UE incluant la possibilité pour ses pays membres de conclure des accords pour installer des centres de rétention hors des frontières de l'Union.
Le texte a été adopté par 418 voix pour (218 contre, 30 abstentions) lors d'une séance plénière à Strasbourg.
Contesté par la gauche qui y voit une illustration de la convergence droite/extrême droite dans l'hémicycle, ce règlement est destiné principalement à accélérer les expulsions.
Il permet aux Etats membres qui le souhaitent d'installer des centres en dehors de l'Europe pour y renvoyer les exilés déboutés.
Cette perspective est très attendue par exemple par la Grèce, qui espère disposer d'une telle structure - souvent décrite comme un "hub de retour" - dès 2027.
L'Allemagne, l'Autriche, les Pays-Bas ou encore le Danemark étudient aussi la possibilité de nouer des accords avec des pays tiers pour en ériger.
Aujourd'hui dans l'Union européenne, environ 20% des décisions d'expulsion des étrangers en situation irrégulière aboutissent réellement à un retour, une statistique très critiquée par les partisans d'une ligne migratoire plus ferme.
Sous pression pour serrer la vis, la Commission européenne a donc présenté il y a un an un texte visant à augmenter le nombre d'expulsions, au grand dam des élus de gauche et des ONG de défense des droits humains.
Ceux-ci ont fait valoir que la création de tels centres hors de l'UE comportait de graves risques de violation des droits.
- "Erreur impardonnable" -
"Renvoyez-les!" ont scandé des élus d'extrême droite. "Honte à vous!" leur ont répondu des eurodéputés de gauche.
L'élue écologiste française Mélissa Camara a fustigé "l'erreur impardonnable et historique de renoncer aux droits et à la dignité des personnes exilées pour approuver un texte dont la seule boussole est la xénophobie".
"C'est une étape historique pour l'Europe, et la preuve que le changement est possible", a au contraire salué le conservateur François-Xavier Bellamy (PPE).
Au cours des débats cet élu français n'a cessé de décrire une Europe "impuissante face à l'immigration illégale", ce à quoi le texte est censé désormais remédier.
Ce nouveau durcissement de la politique migratoire de l'UE avait fait l'objet il y a deux semaines d'un accord entre les Vingt-Sept et les eurodéputés, mais il restait à le valider par ce dernier vote à Strasbourg.
"Après le conseil (l'instance représentant les 27, NDLR), le vote de ce texte au parlement est une avancée majeure pour renforcer nos instruments de protection de nos frontières et de maîtrise de l'immigration", a commenté le ministre français chargé de l'Europe, Benjamin Haddad.
Au centre de l'échiquier, le groupe Renew était divisé sur la question des hubs. Certains élus souhaitaient exclure les familles avec enfants de la possibilité de renvoi vers des pays tiers lointains, mais n'y sont pas parvenus.
"L'efficacité ne peut pas justifier l'injustifiable", a critiqué l'eurodéputé belge (Renew) Yvan Verougstraete, qui a voté contre.
- "Aiguillon idéologique" -
Il a assuré que son parti, associé à la coalition au pouvoir en Belgique, ferait pression que son pays rejoigne l'Espagne dans le camp des opposants à ce texte au sein du conseil de l'UE.
A l'extrême droite, les Patriotes pour l'Europe se sont félicités de constater à quel point leurs idées pesaient désormais dans le débat. "Notre groupe a été l'aiguillon idéologique de cette négociation", avait déclaré à la veille du vote Jordan Bardella, chef du Rassemblement national en France.
Ce texte visant à augmenter et faciliter les retours avait été réclamé par une majorité de pays membres quelques mois seulement après l'adoption du Pacte sur la migration et l'asile, une grande réforme - entrée en vigueur vendredi dernier - prévoyant déjà des contrôles de sécurité renforcés.
Concernant les "hubs", le Royaume-Uni a dû abandonner un dispositif similaire qui prévoyait d'expulser vers le Rwanda des migrants en situation irrégulière, tandis que les centres gérés par l'Italie en Albanie se sont heurtés à des recours juridiques et à une mise en œuvre lente.
M.Odermatt--BTB