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Des responsables talibans à Bruxelles pour parler immigration
Des responsables talibans se rendent à Bruxelles mardi pour échanger avec la Commission européenne sur le renvoi d'exilés afghans vers leur pays d'origine, une rencontre inédite dénoncée par les ONG.
C'est la première fois que des représentants de l'administration talibane sont reçus par l'UE à Bruxelles.
Cinq responsables afghans devaient atterrir mardi matin en provenance d'Istanbul. La Commission européenne n'a pas confirmé leur présence à Bruxelles.
Mais l'exécutif européen a expliqué que la "réunion envisagée" sera "l'occasion pour les États membres, au niveau technique, d'établir des contacts" avec les autorités talibanes au sujet de l'immigration.
Des pays européens voudraient renvoyer en Afghanistan des "personnes représentant une menace pour la sécurité et des criminels ayant commis des infractions graves", selon un porte-parole de la Commission, Markus Lammert.
La Commission européenne estime qu'elle n'a "pas d'autre option" que de discuter avec les autorités talibanes sur les questions migratoires, pour permettre des renvois en Afghanistan réclamés par une série d'Etats membres.
- Crédibilité "sapée" -
"Nous n'allons pas reconnaître le régime taliban, certainement pas, mais je pense qu'il est malgré tout important de leur parler", avait mis en avant le commissaire européen en charge de l'immigration, Magnus Brunner, il y a une dizaine de jours.Mais Bruxelles essuie une pluie de critiques, dont celles de la lauréate du prix Nobel de la paix Malala Yousafzai.
La militante pakistanaise s'est dite "ébranlée et profondément troublée" par cette visite, en accusant les autorités talibanes "d'arrêter, battre et exécuter les femmes qui osent s'exprimer ou enfreindre leurs règles".
Le gouvernement taliban est revenu au pouvoir en 2021, après 20 ans de guerre et un retrait précipité des forces américaines d'Afghanistan, mais n'a depuis jamais été reconnu par l'Union européenne.
Depuis cette date, les talibans se targuent d'avoir rétabli la sécurité dans un pays qui a connu des décennies de guerre et de nombreuses attentats dans le passé.
La perspective de cette rencontre a indigné à gauche et parmi les ONG de défense des droits humains.
"Les pays de l'UE sapent leur crédibilité en condamnant d'un côté les exactions des talibans, exigeant que leurs auteurs rendent des comptes, tout en coopérant avec les talibans sur les retours forcés d'autre part", a dénoncé Human Rights Watch (HRW).
Pour se défendre la Commission européenne souligne depuis des semaines que cette réunion, coordonnée avec la Suède, se déroule à un "niveau technique", et donc pas directement avec les dirigeants du gouvernement afghan.
- Un million de demandes d'asile -
La rencontre fait suite à deux déplacements de responsables européens en Afghanistan, portant sur le même sujet, a aussi fait valoir l'exécutif européen.
Les pays de l'UE ont reçu environ un million de demandes d'asile déposées par des Afghans entre 2013 et 2024, selon l'agence de statistiques de l'UE. Environ deux fois moins ont été approuvées sur cette période.
Une vingtaine de pays de l'UE cherchent des voies pour renvoyer des migrants vers l'Afghanistan.
Dans une lettre en octobre, ces Etats membres avaient réclamé à Bruxelles "des solutions diplomatiques et pratiques" pour avancer sur ce dossier.
La Belgique est un des pays qui a poussé l'initiative sous l'autorité de la ministre de la Migration Anneleen Van Bossuyt, issue du camp conservateur flamand comme le Premier ministre Bart De Wever.
Le chef de la diplomatie belge, le centriste francophone Maxime Prévot, a toutefois indiqué la semaine dernière "désapprouver personnellement la démarche d'inviter des représentants du régime des talibans à Bruxelles".
Mais, a-t-il ajouté, en tant que pays hôte des institutions européennes, la Belgique doit "faciliter les réunions organisées par celles-ci et ne pas créer d'obstacles". "Cela ne vaut pas invitation par la Belgique".
Cinq responsables talibans ont obtenu l'autorisation d'entrer en Belgique, a indiqué lundi soir une porte-parole du ministère belge des Affaires étrangères.
Les visas ont été octroyés après un examen du profil des cinq responsables par les services de renseignement belges. Cette analyse a montré qu'ils ne constituaient pas une menace.
J.Bergmann--BTB