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Double séisme au Venezuela : la nourriture manque, les épidémies menacent
Entre nourriture qui manque et épidémies qui menacent, le Venezuela pare au plus pressé mercredi, une semaine après son pire séisme depuis plus d'un siècle, qui a fait près de 2.000 morts et des dizaines de milliers de disparus.
Chaque heure qui passe réduit encore les probabilités de retrouver des survivants, comme cet enfant de trois ans sauvé miraculeusement mardi par des secouristes jordaniens.
Dans un pays déjà soumis ces dernières années aux restrictions des communications et de l'information, le gouvernement a restreint après le drame l'accès à l'Etat de La Guaira (nord), le plus durement touché, en imposant aux bénévoles l'obtention d'un laissez-passer.
"Il a été extrêmement difficile d'atteindre le territoire vénézuélien", explique à l'AFP Luis Arteaga Benatuil, membre du groupe espagnol de recherche et de sauvetage USAR 13. "Nous arrivons tard, très tard (...), mais notre objectif demeure de sauver des vies".
Depuis, selon lui, 6.461 personnes ont été secourues, 10.500 ont été blessées et l'ampleur des dégâts matériels a plongé une partie du pays dans le chaos.
Les autorités vénézuéliennes ont installé des centres de distribution d'aide mais les rescapés se sentent davantage soutenus par les étrangers et les bénévoles.
"Au début, tout se passait bien, mais ensuite la mauvaise organisation a commencé : d'abord les soldats eux-mêmes se servaient et puis tu te retrouvais avec ce qui restait", raconte Yohana Alvarez, une vendeuse déplacée.
- Pénuries "généralisées" -
"Ce sont des gens venus de l'extérieur qui nous aident", s'indigne Tibisay Méndez sur le réseau social TikTok, alors que "les policiers et fonctionnaires envoyés sur place se contentent de prendre des photos".
Les zones touchées semblent avoir été rasées au sol, avec d'immenses trouées au coeur d'habitations désormais inutilisables. Sur la base d'images satellitaires, la Nasa estime qu'environ 58.870 bâtiments ont été endommagés ou détruits.
Dans l'État de La Guaira, "les pénuries alimentaires sont généralisées, les services de base se sont effondrés et les communications sont en grande partie coupées", s'est alarmé mardi le Haut-commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR).
"Les tensions au sein de la population s'accroissent, alors que l'accès à l'aide demeure limité".
A La Guaira, Daniela Armas, une vendeuse de 18 ans blessée, décrit une situation apocalyptique: "De l'aide est distribuée ici mais parfois les gens s'entretuent pour de la nourriture (...). Tout le monde se bat, comme dans un combat de coqs".
Le Programme alimentaire mondial (PAM) a lancé un appel à 50 millions de dollars pour nourrir 500.000 personnes pendant trois mois.
- "Je suis démolie" -
"Les séismes ont touché de nombreuses familles, dont certaines luttaient déjà pour se procurer des aliments de base. Maintenant ( ...), de nombreuses sont menacées de sombrer encore plus dans la précarité", craint Stephanie Hochstetter, responsable de l'agence onusienne dans le pays.
L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) redoute en outre des épidémies et s'inquiète de systèmes "inadéquats" de suivi des disparus et d'enregistrement des victimes.
Les perturbations des services de santé, des réseaux d'eau et d'assainissement, combinées aux déplacements de population, pourraient favoriser des flambées "de maladies évitables par la vaccination comme la rougeole, la diphtérie et la coqueluche", a averti un porte-parole de l'OMS, Christian Lindmeier.
Le HCR chiffre lui ses besoins à environ 15 millions de dollars, notamment pour abriter temporairement 30.000 personnes pendant six mois.
"Plus de 80% de l'Etat de La Guaira est en état de crise, il faut que les autorités agissent. Elles devraient au moins se concentrer sur les services de base comme l'électricité, l'eau potable et le nettoyage", s'indigne Pablo Alfonzo, un homme de 64 ans réfugié sous une tente de fortune.
En attendant, les survivants se débrouillent comme ils peuvent, à l'image de Celix Ruiz, à Ciudad Piar (est), qui dort sur le parking d’une pharmacie. "Ici, personne ne veut aller dans un refuge".
D'autres se retroussent les manches, comme Diorjailis Escalona, une médecin de 23 ans, devenue volontaire. "Sur le plan émotionnel, je suis démolie de voir tant de vies perdues (...), mais on essaie d'aider", explique-t-elle.
Les Etats-Unis ont doublé le montant de leur aide bilatérale après la tragédie, pour un total de 300 millions de dollars dirigés vers les ONG et agences onusiennes.
"Il y avait onze personnes chez moi, seuls deux d'entre nous ont survécu parce que nous étions au travail", explique à l'AFP Wilker Molalla dans la file d'attente pour identifier les corps de ses proches.
Selon l'OMS, citant la présidente par intérim, 38 hôpitaux du pays ont été endommagés, dont trois sont dans un état critique.
E.Schubert--BTB