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Une flambée de criminalité frappe la jeunesse arabe d'Israël
Quatre ans après que son père a été mortellement poignardé près de l'entrée de leur domicile dans le nord d'Israël, Chirine, 10 ans, continue de pleurer celui qui la faisait se sentir "en sécurité".
Cette aînée d'une fratrie de quatre est l'une des dizaines de jeunes dont la vie a été bouleversée par la flambée de la criminalité au sein de la minorité arabe en Israël, principalement nourrie par des systèmes mafieux, la facilité d'accès aux armes, et, selon cette communauté, le manque d'intervention de la police.
"Quand j'ai appris que je l'avais perdu, j'étais très triste parce que c'était comme perdre une partie de moi-même", dit cette enfant, dont le prénom a été modifié à sa demande par l'AFP, dans sa bourgade côtière de Jisr al-Zarka.
Depuis début 2026, au moins 140 citoyens israéliens d'origine palestinienne ont été tués dans des épisodes de violences, selon l'organisation de coexistence The Abraham Initiatives. Soit une hausse de 12% par rapport à la même période l'an dernier.
Au rythme actuel, le bilan pourrait dépasser les 252 homicides recensés en 2025, le plus élevé jamais enregistré.
- Arrestations et décrochage -
Les Israéliens d'origine palestinienne, désignés par l'expression "Arabes israéliens" dans le pays, représentent environ 21% de la population et s'identifient pour une grande majorité comme des Palestiniens.
Descendants de la population arabe de Palestine s'étant retrouvée en territoire israélien après la création d'Israël en 1948, ils se disent fréquemment victimes de discrimination.
L'auteur de l'agression, apparemment gratuite, au cours de laquelle le père de Chirine a été tué, était un mineur jusque-là inconnu de la famille. Il a été condamné à une peine de prison.
"Malheureusement, plus de 232 enfants ont perdu un parent rien que l'an dernier dans la société arabe, en raison de la criminalité et de la violence", note Hadar Kess, fondatrice et directrice générale de Sunflowers, une structure israélienne qui accompagne ces jeunes.
Selon elle, dans la société juive israélienne, les enfants ayant perdu un parent sont quatre fois plus exposés à être arrêtés et 13 fois plus susceptibles d'abandonner leur scolarité.
Mais dans la société arabe israélienne, le risque de basculer dans la criminalité est, selon elle, encore plus élevé, en raison notamment de la précarité socio-économique de ce groupe et d'un taux d'homicides particulièrement élevé, qui pousse certains jeunes à vouloir venger la mort de leur parent.
- Trois meurtres en trois jours -
Beaucoup d'Israéliens d'origine palestinienne accusent les autorités de ne pas enquêter de manière suffisamment efficace sur les violences qui les touchent.
Sollicitée par l'AFP, la police a dit "traiter chacun de ces faits avec le plus grand sérieux", en mettant notamment en place "des groupes de travail" et en rencontrant des responsables locaux.
"Il est essentiel de comprendre que les enquêtes criminelles complexes prennent du temps", a-t-elle ajouté, appelant à "un effort national coordonné" pour s'attaquer au problème.
Seules 16 mises en accusation ont été prononcées pour les homicides commis entre le 1er janvier et le 26 juin, soit à peine 12,3% des affaires, d'après The Abraham Initiatives.
En une seule journée, la semaine dernière, la police a fait état de cinq Arabes israéliens tués dans des explosions de voitures piégées et des fusillades.
Quelques jours plus tôt, un jeune de 17 ans, Ahmed Jabari, avait été tué par balles, alors qu'il travaillait dans un supermarché de Jaffa, près de Tel-Aviv.
Lors d'un rassemblement à la mémoire du lycéen, Abed Abou Chihadeh, président du Conseil musulman de Jaffa, a recensé trois meurtres commis dans la ville en trois jours.
"Ces événements ne sont pas le fruit du hasard", a-t-il dénoncé au milieu d'une foule émue, "ils s'inscrivent dans le cadre des politiques menées par Israël à l'égard de notre communauté".
- "Ca suffit" -
Pour l'association judéo-arabe AJEEC-NISPED, qui encourage les jeunes à s'investir dans leur communauté et à poursuivre des études supérieures, le manque d'opportunités et de perspectives sociales et économiques contribue au développement des gangs et trafics.
"Le contexte dans lequel nous évoluons fait de la violence et de la criminalité une réalité quotidienne, mais cela ne nous définit pas", commente Bayan, 19 ans, qui participe à un programme de l'association
Un proche de 30 ans de cette Israélienne d'origine palestinienne a été tué il y a quelques mois. "Ca m'a amenée à me demander si cela valait la peine de vivre dans ce pays, d'y faire des études, pour finalement y mourir".
Pour elle, la violence qui frappe son segment de population prend racine dans un sentiment d'exclusion, mais aussi dans la hausse du coût de la vie et le chômage.
"L'Etat doit enfin dire: +ça suffit+, la violence doit cesser", abonde Najeb Abou Bnaeh, un responsable d'AJEEC-NISPED dans les villages bédouins du Néguev (sud d'Israël).
Il s'inquiète d'une bascule dans la criminalité de plus en plus tôt."Autrefois, nous parlions de jeunes de 16 ans, aujourd'hui, nous parlons de 14, voire de 13 ans!"
L.Janezki--BTB