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Pyrénées-Orientales: "C'était comme entrer dans un tunnel de fumée"
Derrière une rangée d'arbres calcinés, des débris noircis jonchent le sol d'une maison désormais dépourvue de toit. L'incendie qui ravage depuis samedi les Pyrénées-Orientales s'est attaqué à des communes, poussant des milliers de personnes à évacuer.
A Ille-sur-Têt, derrière le pont qui enjambe la rivière, des pompiers luttent à la lance contre les fumées qui s'échappent encore des terrains et jardins carbonisés.
L'incendie, qui ralentit lundi mais a déjà parcouru plus de 4.600 hectares, a touché plusieurs maisons du bourg: ses 5.000 habitants ont été invités à évacuer dimanche.
Au bout d'une allée bordée de troncs noirs comme du charbon, une dizaine de carcasses de véhicules grisâtres sont alignées sur un parking.
A quelques mètres de là, un homme mouille au jet d'eau la façade de sa maison, pendant que sa compagne charge tant bien que mal leurs bagages dans le coffre de la voiture. "A bout", parti puis revenu, le couple quitte la commune à regret.
"A certains endroits, on dirait qu'on a reçu une bombe atomique, c'est catastrophique", décrit-il. Lundi après-midi, les routes bordées de végétation carbonisée menant au village sont coupées. Des canadairs survolent le secteur, larguant leur chargement sur les flammes qui consument le flanc d'une colline.
- "L'enfer" -
A Ille-sur-Têt, un habitant des environs raconte avoir quitté dimanche une maison "presque encerclée par les flammes". Il soupire: "Je ne sais pas si elle est tout à fait intacte."
En short et t-shirt blanc, Franck Chevrel, 63 ans, montre sur son téléphone les images filmées dimanche d'un garage en feu situé à quelques mètres de chez lui.
"C'était l'enfer, c'était comme entrer dans un tunnel de fumée. On entendait des bonbonnes de gaz exploser. Les gendarmes sont arrivés (dimanche soir) et m'ont dit d'évacuer", raconte une habitante qui a souhaité rester anonyme.
Le supermarché et le bureau de tabac qui avaient ouvert lundi matin ont finalement baissé le rideau.
Dans les rues, des voitures de gendarmes freinent à hauteur des quelques piétons qui traversent la commune pour les inviter à partir.
Quelque 10.000 personnes au total ont été appelées à quitter leur logement.
- Soutien psychologique -
Les évacués sont accueillis dans plusieurs communes alentour, où l'on arrive en voiture ou en bus, sac de voyage à la main et animaux de compagnie sur les talons.
Assise sur un lit de camp au centre d'accueil de Thuir, Vanessa Alted, habitante d'Ille-sur-Têt de 43 ans, a été évacuée dimanche en bus avec ses trois enfants.
"C'était très enfumé, des gens partaient à droite à gauche, un début d'apocalypse", raconte-elle.
Au Soler aussi, matelas et couvertures de survie ont été installés dans la salle des fêtes pour accueillir une centaine de personnes. Des agents du Samu et de la Croix Blanche passent parmi les tables pour proposer un soutien psychologique aux évacués, parfois en pleurs.
Installé aux côtés de sa femme, Rodolphe Dufour, habitant de Corbère-les-Cabanes de 55 ans, explique avoir vu "un panache de fumée noire" s'approcher de sa maison. "Je le voyais de près, je me suis dit que ce n'était pas bon."
Installant sur les tables boissons et nourriture, Véronique Olier, adjointe au maire soupire: "Il y a des personnes ici qui ont perdu leur maison, c'est très violent."
J.Bergmann--BTB