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Séisme au Venezuela: "Je suis né à nouveau", dit le miraculé ayant passé 8 jours sous les décombres
"Né à nouveau", lance Hernan Gil, 43 ans, de son lit d'hôpital de Caracas. Après le double séisme qui a fait plus de 3.500 morts au Venezuela, ce gardien de parking de Catia La Mar, dans l'Etat de La Guaira (nord), a passé huit jours sous terre avant que les secours n'arrivent à l'extraire.
La première secousse a été brève, dit M. Gil lors d'un entretien avec l'AFP. "La deuxième, en revanche, a été extrêmement forte". Il se souvient d'être resté figé dans sa guérite, paralysé.
Il a entendu un voisin qui se trouvait sur le parking dire que c'était un tremblement de terre, et aussitôt "tout s'est écroulé". Des blocs de pierre lui ont frappé l'arrière de la tête et l'œil. Assommé. "Quand je me suis réveillé, tout était sombre (...) A partir de là, ce n'était plus que de l'incertitude".
Hernan Gil ne voyait rien et n'entendait personne. Il a essayé d'appeler un voisin juste avant que la terre ne se referme sur lui, "mais rien".
"A ce moment-là, j'ai été pris d'un terrible désespoir", confie-t-il, ajoutant s'être mis à hurler pour demander de l'aide. Sans entendre la moindre réponse.
Dans l'obscurité, à moitié à genoux, avec peu d'air et quasiment immobile, il a subi les répliques qui s'enchaînaient.
"J'avais l'impression que le mur m'écrasait complètement".
– "Revoir mes enfants" –
Malgré tout ce qu’il a vécu, M. Gil parle d’un ton enjoué. Assis dans un fauteuil, vêtu de son uniforme bleu de patient, le bras gauche immobilisé dans une écharpe, le vigile du Sol Marina Garden, un immeuble de huit étages dont il ne reste rien, assure que c'est sa foi qui lui a apporté le calme.
"J'ai beaucoup prié. J'ai imploré Dieu, et je lui ai dit: Mon Dieu, pourquoi moi ? Pourquoi comme ça ? S'il te plaît, permets-moi au moins de revoir mes enfants".
Dans cette position inconfortable, Hernan Gil essayait de s'adosser tantôt d'un côté, tantôt de l'autre de son trou, mais il n'arrivait pas à dormir. Les pierres sur lesquelles il était tombé lui blessaient les jambes, il saignait du nez et avait l'œil droit gonflé.
Durant ces heures de solitude, il a pensé à sa femme, Gusbimar Gonzalez, qui, dehors, guettait le moindre signe de vie. Il a aussi pensé à ses enfants et à son père, déjà décédé. "Beaucoup de souvenirs me sont revenus", dit-il, soulignant avoir perdu la notion du temps.
Au troisième jour, il a entendu des pas, "mais très loin". Il s'est mis à crier et à appeler à l’aide, et a fini par entendre une réponse.
M. Gil se souvient, en souriant, qu'à cet instant il a pensé: "Oh mon Dieu, il y a quelqu’un ici. Il y a une espérance de vie".
C'est alors qu'a commencé un sauvetage dramatique, suivi par des dizaines de journalistes.
Pendant que des équipes de sept pays se battaient pour parvenir jusqu'à lui, le maintenir hydraté et lui garder le moral, M. Gil sentait que les parois continuaient de bouger, l'emprisonnant toujours davantage: "un rude combat".
Mais lorsque deux sauveteurs du Chili et des Etats-Unis sont finalement arrivés jusqu'à lui, après plus de trois jours d'opérations complexes, Hernan Gil n’a pas réussi à se réjouir.
"Le plus difficile, ça a été de sortir", se souvient cet homme dont les jambes étaient coincées dans une chaise. Il n'a aucun doute qu'il s’agit d'un miracle: "Je suis né à nouveau !", souffle-t-il.
À l'hôpital, Gil a pu parler avec ses enfants en visioconférence, et il est impatient de rentrer chez lui. Mais les médecins ne lui ont pas encore donné de date de sortie.
Il dort, mais les moments d'angoisse qu'il a vécus sous terre le réveillent parfois. Accompagné jour et nuit par sa femme, l'homme ne sait pas très bien ce qui l'attend désormais, dans cette nouvelle vie.
Il dit toutefois avoir quelques certitudes: il veut fêter l'anniversaire de son fils le 15 juillet, prendre des vacances à la plage, et... ne plus jamais travailler dans un sous-sol.
P.Anderson--BTB