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Sécheresse ou abondance de pluies, le Canal du Midi face au défi du dérèglement climatique
Classé il y a trente ans au patrimoine mondial de l'Unesco, le Canal du Midi est confronté tout au long de l'année aux aléas climatiques: une sécheresse estivale qui menace la navigation ou des intempéries qui abîment cet ouvrage construit sous Louis XIV.
Conçu pour transporter des marchandises sans passer par le détroit de Gibraltar et ses pirates, le Canal allant de Toulouse à la Méditerranée est une source d'approvisionnement en eau pour près de 200.000 habitants et un vecteur pour l'économie touristique et agricole.
Sur le barrage du lac de Saint Ferréol, un des lacs qui alimentent en eau le canal, Christophe Beltran, responsable territorial à Voies navigables de France (VNF), qui gère cet ouvrage, admet que l'accélération du dérèglement climatique accentue les tensions autour des différents usages de l'eau.
"Nous sentons qu'il y a vraiment moins d'eau depuis les trois dernières années", ce qui avait poussé VNF à fermer la navigation sur le Canal en fin d'année 2025 "parce que nos réserves étaient épuisées", raconte celui qui est arrivé à VNF il y a 14 ans et dirige 85 personnes sur le Canal en période creuse et 160 en pleine saison.
- Eau plus rare -
VNF indique que, selon les projections, le volume des cours d'eau du département de l'Aude va baisser de 30% sur les vingt prochaines années.
Désormais, 50% de l'eau du réseau hydraulique du Canal sert à irriguer des parcelles agricoles.
"Nous sommes en lien constamment avec les agriculteurs pour gérer au mieux cette ressource," explique M. Beltran. Par souci de "transparence", VNF publie un bilan hydrologique tous les quinze jours.
Pour le directeur Sud-Ouest pour VNF, Domitien Détrie, "le Canal du Midi, c’est un stress-test de la capacité à faire société autour de l’eau, comment on gère la contrainte, collectivement, entre des usages agricoles, touristiques, des contraintes patrimoniales".
Le lac de Saint Ferréol, créé en 1672 par l'ingénieur Pierre-Paul Riquet, aussi le créateur du Canal du Midi, peut contenir sept millions de mètres cubes et est relié au Canal par 70 kilomètres de canalisations.
"Ces réserves représentent seulement 20% de l'approvisionnement du Canal. Mais c'est un enjeu primordial car c'est la seule source d'approvisionnement entre Toulouse et Carcassonne", détaille Christophe Beltran.
Le fleuve Aude fournit 80% des besoins en eau, pompée en aval de Carcassonne. Selon Domitien Détrie, la situation est complexe car "l’Aude est très soumise aux aléas climatiques, aux neiges pyrénéennes. Quand l’Aude ne va pas bien, le Canal ne va pas bien".
- Trop d'eau -
VNF gère aussi les violentes intempéries qui font tomber dans la région une grande quantité d'eau en quelques heures, dans une voie qui ne dispose pas d'écoulement naturel.
"Ces crises du +trop d’eau+, sont très rapides et très violentes mais elles ne durent pas. Donc, souligne M. Beltran, il faut réagir vite", pour éviter "l'effondrement des berges à cause de l'érosion".
Quand de fortes pluies sont annoncées par Météo-France, dans un premier temps, "on va couper les alimentations sur certaines parties du réseau" puis "on a des portes de garde, qui isolent le canal des fleuves côtiers", détaille-t-il.
"Le risque, en cas de débordement, c’est d’impacter des établissements sensibles comme à Trèbes en 2019 où une maison de retraite avait dû être évacuée", se souvient-il.
Le Canal est devenu un réel poumon économique pour les communes qu'il traverse, comme celle de Castelnaudary, capitale du cassoulet, qui réalise 900.000 nuitées par an. Les visiteurs viennent spécialement voir le Canal et emprunter le chemin de halage à vélo.
Thomas Badon, directeur de l'office du tourisme de la commune, posté devant le grand bassin sous le cagnard, le concède: "Quand il fait 40°C, tout s’arrête. Vous le voyez aujourd'hui, il fait 37 et on n'a vu passer aucun vélo".
Il préconise un arrêt de la navigation au coeur de l'été. "Nous devons désaisonnaliser notre tourisme pour que les gens viennent en avril et en octobre", poursuit-il.
Le dérèglement climatique crée aussi de nouvelles variations sur la faune et la flore.
"Par endroits, là où il y a moins de circulation de bateaux, nous sommes colonisés par les plantes aquatiques", explique Christophe Beltran, "donc nous mettons en place des opérations de faucardage".
O.Lorenz--BTB