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A Ceuta, les enfants migrants risquent d'être victimes de maltraitance et d'exploitation, avertissent des ONG
Les centaines d'enfants non-accompagnés qui dorment dans les rues de Ceuta risquent d'être victimes d'exploitation, de trafics et de maltraitance, après leur arrivée la semaine dernière du Maroc dans cette enclave espagnole, ont alerté jeudi des associations.
Ils font partie des 72.000 migrants entrés illégalement en quelques jours fin juillet à Ceuta, un chiffre record en si peu de temps; ils sont 70.000 à être rentrés au Maroc, selon le ministère de l'Intérieur à Madrid.
Les autorités espagnoles peinent à prendre en charge les enfants restés sur ce territoire, qui ne peuvent être expulsés.
Certains ont été battus et agressés pendant leur errance dans les rues de Ceuta, raconte Jose Miguel Morales, à la tête de l'association d'aide "Sur Acoge" ("le Sud accueille") qui vient en aide aux migrants et a son siège dans le sud de l'Espagne.
"Chaque jour qui passe sans solution ni hébergement sûr signifie que ces enfants, surtout les filles, sont exposés à toutes sortes de maltraitances", a-t-il déclaré à la télévision publique espagnole.
"On parle vraiment d'enfants, 10 ans, voire moins, pour certains. La plupart n'ont même pas 14 ans", a-t-il souligné.
L'association Save the Children a appelé à des efforts urgents pour localiser et enregistrer tous les mineurs, avertissant que les filles faisaient en particulier l'objet de "risques accrus de violences, de trafics et d'exploitation".
- Dormir dans les rues -
Selon l'administration de Ceuta, sur les 2.000 personnes qui sont restées, plus de 1.000 sont des mineurs non-accompagnés.
Des journalistes de l'AFP ont vu de nombreux enfants souffrir du manque d'accès à la nourriture, à l'eau, à des abris et à des sanitaires, quelques jours après l'arrivée massive de migrants du Maroc voisin.
Des groupes de jeunes migrants, la plupart originaires d'Afrique subsaharienne, ont trouvé refuge sur des plages ou dans des zones boisées de Ceuta.
Un petit nombre d'entre eux jouaient avec un ballon de football près d'un camion de la police, d'autres priaient à même le sable.
Des jeunes dormaient en se protégeant le visage du soleil à l'aide de sacs en plastique ou de tee-shirts, certains un sac à dos en guise d'oreiller.
Des chaussures, des bouteilles d'eau et de petits paquetages d'affaires posés à côté d'eux attestaient d'un manque d'hébergement pérenne, les centres d'accueil de l'enclave étant saturés, notamment le centre d'accueil pour migrants, fermé par les autorités.
- Centres saturés -
Selon les autorités locales, environ 1.100 enfants ont besoin d'une prise en charge dans la ville, qui ne compte que 90 places d'accueil pour les mineurs.
"Nos capacités sont complètement dépassées", a déclaré jeudi Alejandro Ramirez, le vice-président de Ceuta, à la chaîne de télévision privée La Sexta, qualifiant la situation d'"insoutenable".
Les autorités travaillent d'"arrache-pied pour mettre en place des structures d'urgence" dans des écoles et des entrepôts afin d'héberger les enfants, a-t-il ajouté.
Ils ne peuvent compter que sur des associations et des habitants du quartier pour se nourrir.
Luna Blanca, une ONG de Ceuta qui fournit nourriture et aide sociale aux personnes vulnérables, a dit avoir distribué entre 3.500 et 4.000 repas par jour depuis le début de la crise.
"Les trois premiers jours ont été extrêmement difficiles : pas de nourriture, pas d'eau, rien. La situation a commencé à s'améliorer un peu hier", a raconté à l'AFPTV Reda Saed, un Egyptien arrivé dans cette enclave.
- "Réaliser nos rêves" -
Le gouvernement du Premier ministre socialiste Pedro Sánchez a annoncé mardi avoir approuvé le déblocage de 25 millions d'euros pour venir en aide à ces enfants.
Conformément à la législation espagnole, le reste des régions doit contribuer à l'accueil de mineurs en provenance de zones en situation de tension. Mais cette loi se heurte dans les faits aux réticences de plusieurs régions administrées par le PP (Parti populaire, droite) et Vox (extrême droite).
Les responsables de Vox en Andalousie et en Estrémadure (ouest) ont ainsi averti sur X qu'ils s'opposeraient au transfert d'enfants migrants de Ceuta vers ces régions.
A Ceuta, de nombreux migrants ont confié à l'AFP être venus pour échapper à la pauvreté. Des experts expliquent qu'ils ont franchi la frontière après des rumeurs sur les réseaux sociaux selon lesquelles elle était ouverte.
"Nous voulons rejoindre l'Europe et réaliser nos rêves et ceux de nos familles", a raconté à l'AFPTV Ahmad, originaire du Yémen.
Au moins 78 personnes sont mortes, principalement par noyade, selon un dernier bilan de la préfecture de Ceuta. Les autorités à Rabat ont signalé que 11 personnes avaient perdu la vie sur le versant marocain de la frontière.
J.Bergmann--BTB