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Au Royaume-Uni, la sécheresse des terres agricoles menace la sécurité alimentaire
Soulevant d'imposants nuages de poussière, une moisonneuse-batteuse progresse dans un champ de l'Est de l'Angleterre bruni par la sécheresse, alimentant les craintes de John Pawsey pour son avenir d'agriculteur comme pour la sécurité alimentaire du pays.
"Tout s'est soudainement asséché", raconte John Pawsey, dont les champs du Suffolk sont frappés par une absence de pluie qui "paraît interminable".
L'Angleterre a vécu son mois de juillet le plus sec jamais enregistré, selon l'agence météorologique nationale Met Office, avec des conditions extrêmes qui ont fait fondre les rendements d'avoine ou de blé de cet exploitant et de nombreux autres.
De quoi faire naître des craintes pour la sécurité alimentaire du Royaume-Uni, où les vagues de chaleur se succèdent depuis le mois de mai, et où l'agriculture subit des phénomènes météorologiques extrêmes ces cinq dernières années.
"Toutes nos craintes se sont confirmées lorsque nous avons commencé les récoltes et constaté que les rendements étaient en baisse de 25 à 30%", raconte John Pawsey à l'AFP.
Sa famille cultive ces terres du Suffolk depuis la fin du XIXe siècle.
A 62 ans, cet agriculteur confie son inquiétude pour les années à venir. Mais il estime que les agriculteurs doivent s'adapter, et même considérer le réchauffement climatique comme une "occasion" d'évoluer.
- Petits pois menacés -
Sur sa ferme biologique, John Pawsey expérimente avec de nouvelles cultures mieux adaptées à un climat sec et chaud, telles que les fèves ou les pois chiches.
Il tente aussi de renforcer la résilience des sols, en testant la culture de deux variétés différentes sur une même parcelle en simultané pour stimuler leur croissance.
Timothy Benton, expert renommé en sécurité alimentaire, prône une agriculture moins intensive, affirmant qu'un système "plus circulaire et plus diversifié" serait plus sûr.
"Nous n'investissons pas suffisamment dans les innovations technologiques qui permettent de faire face à la crise", indique-t-il également.
Le changement climatique pourrait forcer les Britanniques à modifier leurs habitudes alimentaires, souligne Nicola Cannon, professeure au Royal Agricultural College.
Cette enseignante fait actuellement des tests avec la culture du soja, qu'elle décrit comme rentable et résiliente, dans l'espoir de l'introduire sur davantage d'exploitations britanniques.
Certains aliments prisés des Britanniques ont été particulièrement touchés par la sécheresse, comme les petits pois, dont les récoltes ont reçu "très peu de pluie depuis mars" et qui n'ont atteint cette année que "50% des volumes espérés", dit-elle.
- Pénuries -
Sur l'exploitation de John Pawsey, une récolte entière de quinoa a été perdue. Sans pluie, "les seules plantes qui ont poussé sont l'oseille et le chardon", déplore-t-il.
Si la sécheresse persiste, des pénuries pourraient affecter certains produits alimentaires, selon le président du principal syndicat agricole NFU, Tom Bradshaw.
"Nous avons pris notre approvisionnement alimentaire pour acquis pendant bien trop longtemps", a-t-il affirmé sur la BBC.
D'autant que le Royaume-Uni reste dépendant des importations pour certains produits - notamment fruits frais, légumes ou engrais - ce qui le rend particulièrement vulnérable aux perturbations des chaînes d'approvisionnement.
La baisse des rendements affecte également la rentabilité des exploitations, limitant leur capacité à investir pour adapter leurs exploitations et tester des variétés plus résistantes.
Une solution est d'acheter des produits britanniques de saison, suggère Nicola Cannon, pour "donner aux agriculteurs davantage de visibilité pour financer ces adaptations".
Interrogé sur le sujet, le porte-parole du Premier ministre Andy Burnham a affirmé cette semaine que "la sécurité alimentaire est une question de sécurité nationale".
Le gouvernement de Keir Starmer, son prédécesseur, avait promis l'an dernier de construire neuf nouveaux réservoirs d'ici 2050 pour améliorer l'irrigation des cultures.
Pour Timothy Benton, l'adaptation du système alimentaire nécessitera une intervention accrue de l'État, car les "choses vont se détériorer dans les décennies à venir".
Sans aide gouvernementale pour accompagner les exploitants dans cette "transition", "des agriculteurs vont disparaître", pronostique aussi John Pawsey.
"Cela entraînera soit des hausses de prix, soit le gouvernement devra soutenir financièrement les agriculteurs", dit-il.
L.Janezki--BTB