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Entre des ventes incertaines et un patron distrait, Tesla souffre à Wall Street
Tesla a perdu deux tiers de sa valeur boursière en 2022, victime des craintes sur la demande en véhicules électriques, de l'effarement face aux tribulations d'Elon Musk à la tête de Twitter et de la fin de l'argent facile à Wall Street.
Le constructeur a pourtant augmenté ses livraisons de 45% sur les trois premiers trimestres, malgré les problèmes d'approvisionnement, et dégagé près de 9 milliards de dollars de bénéfices sur cette période en dépit de dépenses en forte hausse.
Mais c'est en dessous de l'objectif de long terme d'une augmentation des livraisons de 50% par an.
Et les observateurs s'inquiètent d'un ralentissement des ventes.
Ces deux dernières années, la demande était supérieure à l'offre sur le marché des voitures électriques mais cette tendance devrait "s'inverser" en 2023, avance Adam Jonas, analyste pour Morgan Stanley, dans une note publiée mercredi soir.
"Entre un environnement macroéconomique qui se détériore, des prix inabordables pour beaucoup et une compétition croissante, il y a des obstacles à surmonter", estime-t-il.
Nombreux sont les constructeurs traditionnels à proposer désormais des versions électriques, qu'il s'agisse de Ford, General Motors, Nissan, Hyundai, Kia ou Volkswagen. Et dans la catégorie des voitures de luxe sont entrés Mercedes-Benz, BMW, Audi, Polestar, Lucid et Rivian.
- Domination écornée -
Tesla domine encore largement aux Etats-Unis avec 65% des parts de marché sur les neuf premiers mois de l'année, mais c'est moins que les 79% de 2020 et ce chiffre devrait tomber à moins de 20% en 2025, prédisent les analystes de S&P Global.
Pour doper les ventes du quatrième trimestre, le groupe a proposé dans le pays des promotions inhabituelles.
La situation en Chine alarme également: selon des informations de presse, la production est actuellement suspendue dans l'usine de Shanghai pour une période plus longue que prévu initialement.
Plusieurs analystes soulignent toutefois que Tesla conserve une avance certaine, en termes technologiques, de gestion des coûts et d'échelle, sur un marché en forte croissance.
Le cabinet Baird estime ainsi dans une note diffusée mercredi que le groupe est le "mieux positionné sur le marché automobile" et recommande encore d'acheter l'action.
L'ombre de Twitter, racheté pour 44 milliards de dollars par Elon Musk fin octobre, plane toutefois.
Tesla a besoin d'un "chef qui puisse le guider à travers la tempête" et pas d'un patron "qui se concentre sur Twitter", estime Dan Ives, de Wedbush, dans une note publiée mardi.
- "Folie du marché boursier " -
Le multimilliardaire a d'une part vendu plusieurs milliards de dollars d'actions Tesla pour financer l'acquisition puis les frais de fonctionnement de son nouveau jouet, en cédant encore pour 3,6 milliards début décembre alors qu'il avait affirmé au printemps n'avoir pas l'intention d'en vendre davantage.
Il a par ailleurs emporté le réseau social dans la tourmente, licenciant la moitié des employés, autorisant le retour d'internautes suspendus comme Donald Trump, ou bannissant des journalistes pour des raisons floues.
"Musk a perdu toute crédibilité auprès de la communauté des investisseurs", avance Dan Ives en évoquant "les promesses non tenues" sur les ventes d'actions, "le fiasco de Twitter" et "les polémiques politiques" sur la plateforme.
Il est devenu "intenable" d'évaluer Tesla sans prendre en compte la gestion erratique de Twitter par Elon Musk, abonde dans une note récente Colin Rusch, d'Oppenheimer, qui craint que certains acheteurs optent pour une marque concurrente en raison des positions fantasques affichées par l'entrepreneur sur la plateforme.
A la décharge de l'entrepreneur, l'action de Tesla a aussi pâti de la baisse généralisée des marchés boursiers cette année.
Dans une conversation sur Twitter mi-décembre, Elon Musk a reconnu que la hausse des taux d'intérêt et la situation économique allaient probablement ralentir la demande en Tesla.
Mais "je continue toujours à prédire qu'à long terme, Tesla sera l'entreprise ayant la valorisation la plus élevée au monde", a-t-il affirmé .
Mercredi, dans un message aux salariés de Tesla consulté par la chaîne CNBC, il les a appelés à ne "pas trop se soucier de la folie du marché boursier".
L'action du groupe avait bondi de plus de 700% en 2020 puis de 50% en 2021.
Elle a repris près de 12% ces deux derniers jours, mais s'affichait encore jeudi soir en baisse de 65% par rapport au début d'année.
N.Fournier--BTB