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L'économie du Pakistan au bord de l'effondrement avant une visite du FMI
Son économie au bord de l'asphyxie, avec une roupie qui ne cesse de se déprécier, une inflation en hausse constante et des pénuries d'énergie, le Pakistan espère convaincre le Fonds monétaire international (FMI) de lui apporter d'indispensables liquidités.
Une délégation du FMI est arrivée mardi à Islamabad pour négocier le versement d'une nouvelle tranche d'aide financière, dans le cadre d'un programme suspendu depuis des mois.
Le Premier ministre, Shehbaz Sharif, a tout fait pour éviter l'amère potion du FMI - qui réclamait la fin des subventions au secteur de l'énergie et des interventions sur le marché des changes, ainsi que la hausse des taxes - par peur d'en payer le prix dans les urnes lors des élections législatives en fin année.
Pendant des mois, il a refusé de se plier aux exigences de l'institution, se tournant vers les pays amis du Golfe ou la Chine pour obtenir des prêts à meilleures conditions.
Le gouvernement a finalement accepté de laisser le marché fixer librement le cours de la roupie, la faisant plonger la semaine dernière à un plus bas historique face au dollar. Puis il a augmenté le prix de l'essence, au risque de s'aliéner un peu plus les électeurs.
"On est au bout du chemin. Le gouvernement doit défendre sa politique et expliquer au public pourquoi il accepte ces demandes. S'il ne le fait pas, le pays se retrouvera certainement en défaut de paiement et finira comme le Sri Lanka, ce qui serait encore pire", a déclaré à l'AFP Abid Hasan, un ancien économiste de la Banque mondiale.
Le Sri Lanka a fait défaut sur sa dette extérieure en avril 2022 et a connu de sévères pénuries de nourriture, carburant et médicaments qui ont provoqué des mois de mécontentement populaire et de manifestations.
- Pénurie de dollars -
Au Pakistan, le temps presse, Nasir Iqbal, un analyste auprès de l'Institut pakistanais du développement économique, estimant que son économie s'est déjà "virtuellement effondrée" après des mois de mauvaise gestion et de crise politique.
L'équipe du FMI arrive dans un pays gagné par la panique, qui peine à se remettre des catastrophiques inondations de l'été dernier.
Les discussions avec le FMI portent sur la reprise des versements d'un prêt échelonné de 6 milliards de dollars, accordé en 2019 et porté ultérieurement à 6,5 milliards. Seulement la moitié de cette somme a pour l'instant été versée.
Les réserves de change du pays s'élèvent désormais à 3,7 milliards de dollars, à peine de quoi couvrir trois semaines d'importations.
En raison de cette pénurie de dollars, les banques refusent d'ouvrir de nouvelles lettres de crédit pour les importateurs, hormis pour les denrées alimentaires essentielles et les produits médicaux. Des milliers de conteneurs se retrouvent ainsi bloqués dans le port de Karachi.
L'industrie a lourdement payé ces blocages, en particulier dans le secteur du textile, dont plusieurs usines ont momentanément dû fermer leurs portes.
"Le nombre de mendiants a augmenté et celui des travailleurs manuels a baissé", remarque Zafar Iqbal, un maçon de 55 ans, qui attend avec des dizaines d'autres journaliers, charpentiers ou peintres, sur le pavé d'une rue de la grande mégapole de Karachi, dans le sud du pays.
"L'inflation est tellement élevée qu'on ne gagne pas assez", ajoute-t-il.
- "Facteurs structurels" -
A la pompe d'une station-service, une veuve accompagnée de son fils explique faire attention à chaque roupie dépensée pour leur moto, l'un et l'autre devant se contenter de manger deux fois par jour.
"Les prix sont tellement élevés que nous mangeons notre petit-déjeuner tard et notre second repas le soir vers 19h00, sans rien entre temps", raconte Ulfat, en refusant de donner son nom de famille.
Le Pakistan est confronté à des difficultés récurrentes à rembourser son énorme dette. Le gouverneur de la Banque centrale, Jamil Ahmed, a indiqué le mois dernier que le pays devait rembourser 33 milliards de dollars en prêts et paiements extérieurs d'ici la fin de l'année fiscale en juin.
Son offensive diplomatique a permis au Pakistan de voir des prêts d'un montant de 4 milliards de dollars être prolongés par les pays prêteurs, les négociations se poursuivant pour 8,3 autres milliards de dollars.
Le pays se débat aussi dans d'immenses difficultés d'approvisionnement énergétique, en raison d'infrastructures médiocres et d'une gestion défectueuse.
La semaine dernière, une gigantesque panne d'électricité, causée par des mesures d'économie, a touché la majeure partie du pays pendant près d'une journée entière.
"Même si le Pakistan évite de faire défaut, les facteurs structurels sous-jacents qui ont déclenché la crise actuelle, exacerbée par les mauvaises décisions des dirigeants et les soubresauts externes à l'échelle mondiale, resteront en place", a estimé sur Twitter Michael Kugelman, expert de la région au sein du think tank américain Wilson Center, à Washington.
"Sans des réformes difficiles et sur une large échelle, la prochaine crise n'est qu'au coin de la rue", a-t-il ajouté.
W.Lapointe--BTB