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Tissus "salade de fruits" et autres pistes pour moins nuire à la planète
S'habiller en "salade de fruits" de matières à base d'ananas, banane ou orange ou tannées avec du marc de raisin, en soie dont les vers ne sont pas tués ou en coton recyclé intelligemment: l'offre se diversifie pour moins nuire à la planète.
Exposants et organisateurs du salon Première vision du textile et de la mode qui se tient jusqu'à jeudi à Villepinte (nord de Paris), s'accordent à dire: il n'y a pas de solutions idéales pour l'industrie, deuxième la plus polluante après le pétrole, mais avancent à petits pas pour être le plus propre possible.
"Le message qu'on envoie, c'est celui de la transformation écoresponsable de la mode", déclare à l'AFP Gilles Lasbordes, directeur général de Première vision.
"Produire des vêtements, des sacs, des chaussures a un impact sur la planète" et dans certains domaines dont celui des fibres "on est loin d'une vraie écoresponsabilité", ajoute-t-il.
- "Le moins pire" -
Pauline Guesné, cofondatrice de la start-up française Induo, présente sa marque vêtue d'une longue robe blanche "de mariée", illustration du rendu chic du coton "déperlant" qu'elle élabore.
Gourmand en eau, cultivé à l'autre bout du monde par des travailleurs mal payés, "le coton a en effet une mauvaise réputation. On essaie de mitiger avec des matières certifiées", raconte-t-elle à l'AFP.
Le fait qu'il soit déperlant évite des taches, ce qui permet de moins le laver et "on va gagner à l'usage en terme d'impact écologique".
Le coton, c'est aussi un tissu qui "se recycle le mieux aujourd'hui". "On a pensé le produit dans l'ensemble de la chaîne de vie et on s'est dit que c'est le moins pire", souligne-t-elle.
Elaborée par Induo, une solution de recyclage pour produits multicolores ou multi-composition, comme un mélange coton-polyester, est en phase d'industrialisation.
- Déchets agroalimentaires -
L'entreprise espagnole Pyratex a pour mission de remplacer les textiles synthétiques par des naturels.
L'une des dernières innovations est autour des écorces d'orange de Naples qui sont traitées pour extraire la cellulose qui est ensuite transformée en fil. Elle travaille également à partir de feuilles et troncs de bananiers.
La matière première vient certes de loin, mais "nous soutenons ainsi les fermiers locaux", souligne Camila Reyna de Pyratex.
La marque suisse Bananatex travaille avec la fibre de bananiers qui poussent principalement aux Philippines, filée à Taiwan pour des sacs fabriqués en Asie.
"En Europe, le chanvre serait une bonne solution, nous l'avons testé en 2012, c'était compliqué parce que le savoir-faire a disparu. Le coton fait le tour du monde avant d'être filé, avec des textiles à base de pétrole, c'est complètement non transparent", résume à l'AFP Hannes Schönegger, cofondateur de Bananatex.
"La revalorisation des déchets de l'agroalimentaire, c'est vraiment intéressant parce qu'on ne puise pas dans les ressources fossiles, ni ne produit pas spécifiquement une fibre", souligne Ariane Bigot, adjointe à la direction mode de Première vision.
- Soie "sans violence" -
La maison brésilienne Nova Kaeru a cherché du côté de la pêche pour élaborer ses cuirs exotiques marins particulièrement appréciés par le designer avant-gardiste américain Rick Owens qui défile à Paris.
Ils sont faits à partir d'écailles du pirarucu, le plus grand poisson d’eau douce du monde vivant dans le bassin du fleuve Amazone.
"Nous avons fait quelque chose de beau d'un matériau qui était jeté avant", souligne Rodrigo Lopes, responsable commercial en Europe.
Cette année, Nova Kaeru lance beLEAF, des feuilles de la plante oreille d'éléphant tannées avec des ingrédients naturels, aux caractéristiques similaires au cuir.
Basé en Inde, Cocccon Peace organic Silk produit de la soie sans tuer les vers à soie en découpant le cocon de manière à ce que le papillon puisse éclore.
Cette technique protège la biodiversité mais n'est pas rentable, ne permettant de récupérer que 70% de fils. Les cocons sont réutilisés pour en faire des engrais.
F.Müller--BTB