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Premiers pourparlers russo-ukrainiens, au cinquième jour de l'invasion russe
Des délégations russe et ukrainienne ont entamé lundi au Bélarus de premiers pourparlers au cinquième jour de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, qui a poussé plus d'un demi-million d'Ukrainiens à fuir leur pays.
Ces premières négociations, qui ont débuté vers 11H00 GMT, interviennent alors que les forces de Vladimir Poutine rencontrent une vive résistance de l'armée ukrainienne, et que les sanctions d'une ampleur inédite adoptées par les Occidentaux font vaciller l'économie russe.
Selon la présidence ukrainienne, Kiev comptait demander lors des discussions --organisées dans une résidence du président bélarusse Alexandre Loukachenko, à la frontière ukraino-bélarusse-- "un cessez-le-feu immédiat et le retrait des troupes (russes) du territoire ukrainien".
Il a également demandé à l'Union européenne (UE) une intégration "sans délai" de l'Ukraine. "Je suis sûr que c'est juste. Je suis sûr que c'est possible", a-t-il lancé.
Le président du Conseil européen Charles Michel a cependant souligné qu'il y avait "différentes opinions" sur l'adhésion de l'Ukraine parmi les Vingt-Sept, semblant écarter toute décision rapide.
Le chef de la délégation russe, le conseiller du Kremlin Vladimir Medinski, a de son côté indiqué vouloir "trouver un accord" avec Kiev qui soit "dans l'intérêt des deux parties".
Le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a refusé d'énoncer les exigences russes, soulignant que les négociations devaient se faire "dans le silence".
L'agence de presse d'Etat bélarusse Belta a diffusé des images de la salle des négociations, avec une longue table couverte d'une nappe blanche, une dizaine de chaises de chaque côté, et les drapeaux des trois pays dans le fond.
"Vous pouvez vous sentir en sécurité totale, c'est notre responsabilité sacrée", a déclaré aux délégations en les accueillant le chef de la diplomatie bélarusse, Vladimir Makeï.
Le gouvernement du Bélarus, où sont stationnés d'importantes forces russes, a fait ratifier dimanche par référendum des amendements à sa Constitution ouvrant la porte à une nucléarisation du pays.
Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a jugé cette évolution "très dangereuse", car "cela signifie que la Russie va mettre des armes nucléaires au Bélarus".
- Pas de victoire majeure -
Sur le terrain en Ukraine, Kiev a indiqué lundi que l'armée russe avait tenté dans la nuit de prendre d'assaut la capitale mais que les attaques avaient été repoussées.
La ville était hérissée de barricades de fortune, tandis que des panneaux électroniques publics prévenaient les Russes qu'ils seraient accueillis "par des balles".
"Les Russes savent très bien que notre terre leur brûle sous les pieds", a affirmé à l'AFP Pavlo Krasnopruov, prêt au combat, acteur dans la vie civile.
L'armée russe a fait savoir que les civils pouvaient quitter "librement" Kiev et accusé le pouvoir ukrainien de les utiliser comme "boucliers humains", laissant planer le spectre d'un assaut de grande envergure.
Les Ukrainiens affirment eux que les forces russes ont subi de lourdes pertes au nord-ouest de l'Ukraine, et ont été arrêtées au sud-est de Kiev, mais poursuivent leur offensive sur d'autres localités, notamment Marioupol, important port du sud-est.
En l'absence jusqu'ici de victoire majeure de l'armée russe, Vladimir Poutine a franchi un nouveau cap dans la menace d'élargir le conflit, déjà le plus grave en Europe depuis 1945: il a déclaré dimanche avoir mis ses forces nucléaires en "état spécial d'alerte" face aux "déclarations belliqueuses de l'Otan" et aux sanctions "illégitimes" imposées à la Russie.
- Sanctions économiques -
Durant le weekend, les Européens ont durci leurs sanctions économiques contre la Russie. Ils ont exclu plusieurs banques russes du système interbancaire international Swift, et interdit toute transaction avec la Banque centrale de Russie, mesure également annoncée par les Etats-Unis lundi.
La Banque centrale devrait ainsi voir tous ses actifs gelés dans l'UE et aux Etats-Unis.
Les sanctions commencent à peser: la Banque centrale européenne a constaté la "faillite ou faillite probable" de la filiale européenne de la première banque russe, la Sberbank.
Pour défendre l'économie et le rouble, qui atteignait des plus bas historiques face à l'euro et au dollar lundi, la Banque centrale russe a annoncé relever de 10,5 points, à 20%, son taux directeur.
M. Poutine se concentrait lundi matin sur ces problèmes économiques, selon son porte-parole. "Les sanctions sont lourdes, elles posent problème (...) mais la Russie a toutes les capacités nécessaires pour compenser les dégâts," a affirmé Dmitri Peskov.
Mais plusieurs Moscovites interrogés par l'AFP s'inquiètent pour leurs économies.
Natalia Prochina, 75 ans, a dit s'apprêter à retirer toute son épargne de la grande banque VTB "pour ne pas perdre de nouveau toute sa fortune", comme cela lui était déjà arrivé pendant la crise financière russe de 1998.
Et l'oligarque Oleg Deripaska, fondateur du géant de l'aluminium Rusal, a appelé à "changer de politique économique et mettre fin à tout ce capitalisme d'Etat," dans une rare critique du Kremlin.
Les Européens ont aussi fermé leur espace aérien aux compagnies russes. La Russie a répliqué en fermant ses portes aux compagnies aériennes de 36 pays.
L'ensemble des marchés mondiaux ont replongé lundi, craignant que le conflit n'alimente la flambée des prix de l'énergie et la reprise de l'inflation.
- Soutien militaire européen -
Si les pays européens sont pour la plupart membres de l'Alliance atlantique --qui a annoncé qu'elle n'enverrait pas de troupes en Ukraine-- ils ont annoncé dimanche des mesures inédites de soutien militaire à Kiev: déblocage de 450 millions d'euros pour financer des livraisons d'armes et envoi d'avions de combat.
Le président américain Joe Biden s'entretiendra à nouveau avec ses alliés à 16H15 GMT, pour "coordonner" une "réponse unie" face à l'attaque russe, a annoncé la Maison Blanche.
Le président français Emmanuel Macron, président en exercice de l'UE, participera à cette visioconférence puis aura un dîner avec le chancelier allemand Olaf Scholz et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.
- 500.000 réfugiés -
Le flot de réfugiés fuyant l'Ukraine ne cesse de grossir.
Depuis jeudi, plus de 500.000 réfugiés ont fui vers les pays voisins, a indiqué lundi le Haut-Commissaire de l'ONU pour les réfugiés. L'UE a dit s'attendre à plus de sept millions de personnes déplacées.
Une majorité se rend en Pologne. Mais la Roumanie, la Slovaquie, et la Hongrie --pays tous membres de l'Otan-- sont aussi concernés.
Connu pour ses positions anti-migrants, le Premier ministre hongrois Viktor Orban a assoupli les restrictions aux demandes d'asile, et les Hongrois ont accouru à la frontière ukrainienne pour proposer bols de goulash, offres d'hébergement et réconfort.
De longues files de voiture patientent aux points de passage frontaliers avec la Pologne.
Depuis Moscou également, les départs d'Occidentaux devraient s'accélérer. Les Etats-Unis ont autorisé lundi le départ volontaire du personnel non essentiel de son ambassade, et l'Italie et la Belgique recommandaient à leurs ressortissants en Russie de quitter le pays.
Le bilan de cinq jours de conflit reste incertain. L'Ukraine a fait état lundi de 352 civils tués et 2.040 blessés depuis jeudi. Elle affirme que plusieurs milliers de soldats russes ont péri.
Les Russes, eux, n'ont donné aucun chiffre.
L'ONU a indiqué lundi avoir enregistré 102 civils tués et 304 blessés, mais a averti que les chiffres réels étaient "considérablement" plus élevés.
Les 193 membres de l'Assemblée générale des Nations unies devaient se réunir lundi en "session extraordinaire d'urgence" pour débattre du conflit.
La France devait soumettre une résolution sur l'aide humanitaire à l'Ukraine au Conseil de sécurité. La Russie y détient un droit de veto qui exclut toute condamnation formelle de l'offensive.
burx-cat/all/at
W.Lapointe--BTB