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Fonction publique: cinq ans après Fillon, les candidats ont changé de ton
"Quelque chose a changé": cinq ans après une campagne présidentielle marquée par des promesses de suppressions de postes massives dans la fonction publique, les prétendants à l'Elysée ont adouci leur discours envers les agents publics.
"On avait atteint une tension extrême" en 2017, avec la proposition de François Fillon de supprimer 500.000 postes de fonctionnaires, relève le chercheur Gilles Jeannot, soit près de 10% des effectifs de la fonction publique.
Le candidat Les Républicains (LR) prévoyait aussi de faire passer le temps de travail hebdomadaire des agents publics à 39 heures. Une cible ambitieuse alors que le passage aux 35 heures obligatoires dans la fonction publique territoriale -- impliquant la suppression de régimes dérogatoires plus favorables sur le temps de travail et acté en janvier -- suscite déjà des remous dans certaines collectivités.
Son concurrent finalement élu, Emmanuel Macron, promettait de supprimer 120.000 postes de fonctionnaires.
Les rares candidats à vouloir augmenter les effectifs misaient plutôt sur des recrutements ciblés: à l'Education nationale pour Benoît Hamon, au sein des Douanes ou des forces de l'ordre pour Marine Le Pen.
Cinq ans plus tard, "quelque chose a changé" pour l'historien Emilien Ruiz, auteur en 2021 du livre "Trop de fonctionnaires? Histoire d'une obsession française". "Il n’est plus possible aujourd’hui de taper frontalement sur les services publics comme ça a été le cas pendant longtemps".
Après avoir affronté la crise des "gilets jaunes" et la pandémie de Covid-19, Emmanuel Macron a d'ailleurs renoncé à son objectif de 120.000 suppressions.
Et même la candidate LR Valérie Pécresse, qui souhaite faire disparaître 200.000 postes de fonctionnaires dans "l'administration administrante", a une position "nettement plus nuancée" que François Fillon, analyse Gilles Jeannot.
- Un million d'embauches -
Bien qu'édulcoré, ce plan de suppressions de postes reste dégainé "à contre-temps" pour le chercheur Luc Rouban, puisque "la crise sanitaire a montré une grosse demande de services publics" hospitaliers. Et "d'autant plus (...) qu'un problème de recrutement commence à se poser sérieusement" pour les employeurs publics, en particulier dans les collectivités.
En 2022, certains candidats proposent donc des plans d'embauche conséquents. L'Insoumis Jean-Luc Mélenchon en vise un million. L'écologiste Yannick Jadot veut recruter 100.000 infirmiers en trois ans et au moins 65.000 enseignants.
Plusieurs candidats s'engagent en outre à revaloriser le traitement des agents publics, comme le communiste Fabien Roussel qui veut augmenter de 30% les salaires dans la fonction publique.
"Il y a une différence par rapport aux campagnes précédentes", observe le secrétaire général de Force ouvrière (FO) Yves Veyrier.
"On entend les mots +reconnaissance, considération+: les fonctionnaires ont été cités par le pouvoir en place", admettait-il début mars lors d'une conférence de presse.
Mais "quels que soient les engagements formulés pendant la campagne, un évènement chasse vite l’autre", rappelle-t-il.
- Droitisation -
Même prudence du côté de Prune Helfter-Noah, porte-parole du collectif d'agents publics Nos services publics. Pour le service public, "on raisonne toujours en fonction des moyens qu'on s'autorise à dégager: tel budget, tel plafond d'emplois pour telle période", regrette-t-elle. "Mais on n'est pas dans une entreprise. La réflexion devrait être totalement inverse: on devrait partir des besoins de la population en termes de service public (...) et mettre les moyens qu'il faut pour (la) servir".
D'autant que les Français ne sont pas nécessairement demandeurs d'une réduction des effectifs publics, insiste Luc Rouban.
"Globalement, il y a une droitisation des Français sur le terrain culturel - immigration, politique pénale, répression - mais vous avez toujours une défense très forte des services publics dans l’opinion", un marqueur associé aux partis de gauche.
En revanche, les agents publics, eux, ont eu tendance à se droitiser ces dernières années.
Un récent sondage Ifop pour le média spécialisé Acteurs publics révélait que ceux de catégorie C, les moins bien rémunérés, plaçaient au premier tour de la présidentielle Marine Le Pen (23% des intentions de vote) devant Emmanuel Macron (20%).
"La droite a gagné du terrain, y compris chez les fonctionnaires et dans le noyau dur de gauche qu’étaient les enseignants", constate Luc Rouban.
M.Odermatt--BTB