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Un duel Macron - Le Pen au second tour, comme en 2017
Comme en 2017, Emmanuel Macron et Marine Le Pen s'affronteront le 24 avril au second tour de l'élection présidentielle, avec l'avantage au président sortant, sans certitude toutefois sur leurs réserves de voix après l'écroulement de LR et du PS à l'issue du premier tour dimanche.
Alors que les sondages donnaient Emmanuel talonné par Marine , le président sortant réaliserait un meilleur score que prévu, entre 28% et 29% des suffrages selon les estimations, devant la candidate du RN, créditée de 22 à 24%.
Après des mois d'une campagne atypique et peu mobilisatrice, l'abstention a été plus élevée qu'il y a cinq ans, entre 26 et 28% contre 22,23% en 2017, selon les instituts de sondage.
Avec la troisième place de l'Insoumis Jean-Luc Mélenchon (autour de 21%), ce scrutin confirme la relégation des deux partis ayant gouverné la France de la Ve République jusqu'en 2017, qui réalisent le pire score de leur histoire: Valérie Pécresse (LR) autour de 5% des suffrages, seuil de remboursement des frais de campagne, et Anne Hidalgo (PS) avec moins de 2%.
"Les partis traditionnels sont pulvérisés", résume le politologue Jérôme Jaffré.
"Le réflexe du vote utile a joué à plein, c'est une déception personnelle et collective", a commenté la candidate de droite.
"Je souhaite tendre la main à tous ceux qui veulent travailler pour la France", a déclaré Emmanuel Macron, en appelant à fonder, au-delà des "différences", "un grand mouvement politique d'unité et d'action". Le chef de l'Etat partira sur le terrain dès lundi matin avec un déplacement dans le Nord, puis dans le Grand Est mardi.
"Vous verrez que je serai matin, midi et soir à convaincre et au contact", a-t-il insisté.
Marine Le Pen, qui se veut la "présidente de tous les Français", a appelé "tous ceux qui n'ont pas voté" pour Emmanuel Macron à la "rejoindre" pour la "grande alternance dont (la) France a besoin".
- Mélenchon contre Le Pen -
L'issue du second tour réside en partie dans le comportement des électeurs de Jean-Luc Mélenchon, qui a réussi à capitaliser sur le vote utile à gauche au point de croire encore tard dimanche soir pouvoir accrocher le second tour. Respecteront-ils la consigne que le candidat insoumis a répétée à trois reprises: "Il ne faut pas donner une voix à madame Le Pen!"? Il n'a cependant pas appelé explicitement à choisir M. Macron.
Et les sympathisants de droite suivront-ils la décision de Mme Pécresse de voter "en conscience pour Emmanuel Macron pour empêcher l'extrême droite d'arriver au pouvoir"?
"Personnellement, je ne voterai pas Emmanuel Macron au second tour", a prévenu le finaliste de la primaire LR Eric Ciotti.
Dans le même temps, le ressort émoussé du front républicain pour faire barrage au RN fonctionnera-t-il chez les supporters de l'écologiste Yannick Jadot (moins de 5%), du communiste Fabien Roussel (2/3%) ou encore d'Anne Hidalgo, qui ont rapidement appelé à "battre l'extrême droite" en votant Macron ?
Dans un tel contexte, le président sortant "va avoir un problème de dynamique": "Il a déjà pris l'essentiel des électeurs de la droite modérée" et "va devoir aller à la pêche à ceux de gauche, mais ils sont chez Jean-Luc Mélenchon", ce qui complique sa tâche, souligne le politologue Pascal Perrineau.
- Zemmour derrière Le Pen -
Mme Le Pen devrait, elle, compter sur les voix du polémiste d'extrême droite Eric Zemmour qui, après avoir obtenu autour de 7% des suffrages, a appelé "à voter Marine Le Pen" malgré "des désaccords" avec elle.
Il y a cinq ans, un quart de l'électorat n'avait pas voulu départager M. Macron et Mme Le Pen, et quatre millions de Français avaient préféré voter blanc ou nul.
En ce dimanche ensoleillé partout dans le pays, quelque 48,7 millions d'électeurs étaient appelés à départager les 12 candidats à l'Elysée après une campagne percutée par la crise du Covid-19 puis la guerre en Ukraine.
Pour ces raisons, le président-candidat est entré tard dans la campagne en faisant peu de déplacements, ce qui a semé le doute dans son camp.
Il améliore cependant son score précédent (24,01% en 2017), une performance que seul François Mitterrand avait réussi à accomplir sur le chemin de la réélection en 1988.
Aiguillonné par Mme Le Pen sur la thématique du pouvoir d'achat, le chef de l'Etat a haussé nettement le ton ces derniers jours face à la candidate RN, affirmant qu'elle "ment aux gens", et épinglant sa "complaisance" vis-à-vis de la Russie.
- Portion congrue -
Marine Le Pen progresse elle aussi par rapport au premier tour de 2017 (21,3%), après une campagne sans grande prise de risque. La candidate, qui a beaucoup lissé son image sans entamer la radicalité de son projet sur l'immigration et les institutions, a été recentrée par les sorties de M. Zemmour, dont la concurrence l'a au final servie malgré les doutes et défections de l'hiver.
Mais la marche reste haute pour atteindre l'Elysée, alors que sa personnalité suscite toujours l'inquiétude d'une majorité de Français (51%) et que seulement 39% d'entre eux considèrent qu'elle a l'étoffe d'une présidente de la République, loin derrière Emmanuel Macron (65%), selon la Fondation Jean-Jaurès.
Ce nouveau duel Macron - Le Pen installe dans le paysage national un clivage qui s'était atténué lors des élections locales de 2020 et 2021, au cours desquelles LR et PS avaient fait de la résistance, et les Verts une percée.
Réduites désormais à la portion congrue, la droite et la gauche voient leur avenir sérieusement obstrué par cette débâcle historique. Pour ces formations, la survie se jouera désormais aux législatives de juin, avant d'éventuelles initiatives de refondation.
Fabien Roussel, Jean Lassalle (3%), le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan (1/2%), le candidat anticapitaliste Philippe Poutou (moins de 1%) ou encore la cheffe de file de Lutte ouvrière Nathalie Arthaud (moins de 1%), contenus sous la barre des 5%, devront se contenter de modestes remboursements pour leur campagne.
F.Pavlenko--BTB