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Ukraine: Toutes les forces russes lancées sur le Donbass, Duda ovationné à Kiev sur l'UE
Le président polonais Andrzej Duda a apporté dimanche à Kiev un soutien farouche à la candidature de l'Ukraine à l'Union européenne, s'opposant frontalement au scepticisme de Paris et Berlin, au moment où la Russie a lancé toutes ses forces dans la bataille du Donbass dans l'est du pays.
Premier chef d'Etat à parler devant le Parlement ukrainien depuis l'invasion russe le 24 février, le président polonais, dont le discours a été interrompu par plusieurs ovations debout, a promis qu'il ne relâcherait pas ses efforts "tant que l'Ukraine n'est pas membre de l'Union européenne".
"Il faut respecter" les peuples qui "versent leur sang" pour appartenir à l'Europe, a-t-il ajouté, soutenant son homologue ukrainien à la veille d'un discours très attendu de Volodymyr Zelensky aux élites politiques et économiques mondiales réunies à Davos.
- Non au "business as usual" -
"Après Boutcha, Borodianka, Marioupol, il ne peut plus y avoir de +business as usual+ avec la Russie", a-t-il lancé, faisant référence à deux localités proches de Kiev où ont été découverts des centaines de cadavres de civils après leur occupation par les Russes, et à la grande ville portuaire du sud-est écrasée sous les bombardements au prix d'au moins 20.000 morts selon l'Ukraine.
Le président polonais visait son homologue français Emmanuel Macron, qui a proposé début mai d'intégrer Kiev dans une "Communauté politique européenne", et a appelé à éviter "l'humiliation" de la Russie dans la sortie de ce conflit. Ainsi que le chancelier allemand Olaf Scholz qui a dit jeudi son opposition à l'octroi à l'Ukraine d'un "raccourci" dans l'adhésion à l'UE.
Le ministre français délégué aux Affaires européennes, Clément Beaune, a encore défendu ces positions dimanche, soulignant que l'adhésion de l'Ukraine à l'UE prendrait "sans doute 15 ou 20 ans". En revanche, la communauté politique européenne proposée par Paris "peut offrir un projet politique et concret à des pays qui (...) veulent se rapprocher de nous", a assuré le ministre.
Exprimant l'amertume de Kiev à l'égard de ces positions, le président Volodymyr Zelensky a martelé samedi qu'il n'y avait "pas d'alternative" à la candidature de son pays à l'UE, et qu'un "compromis" serait une compromission de l'Europe avec la Russie.
Son chef de la diplomatie, Dmytro Kouleba, avait dénoncé jeudi un "traitement de seconde zone" de la part de "certaines capitales" européennes.
- "Tout est concentré ici" -
Sur le terrain, trois mois après le début de son invasion et après avoir échoué à prendre Kiev et Kharkiv au nord, la Russie a redéployé ses forces, qui concentrent leurs efforts sur l'est de l'Ukraine, déjà en partie aux mains de séparatistes prorusses depuis 2014 et où les combats et bombardements sont intenses.
"Toutes les forces russes sont concentrées dans les région de Lougansk et de Donetsk" dans le Donbass, a écrit dimanche Serguiï Gaïdaï, le gouverneur de la région de Lougansk, sur Telegram.
Ce sont y compris les unités qui se sont retirées de la région de Kharkiv au nord, celles qui assuraient le siège de Marioupol au sud-est, les milices des républiques séparatistes de Donetsk et Lougansk, les redoutées forces tchétchènes, et des troupes mobilisées en renfort depuis la Sibérie et l'Extrême-Orient russe, à des milliers de kilomètres de là, a-t-il énuméré.
En matière d'armements aussi, "tout est concentré ici", a-t-il ajouté y compris les fameux complexes antiaériens et antimissiles S-300 et S-400, équivalent des Patriot américains.
A Severodonetsk, ville de la région de Lougansk encore sous contrôle de Kiev, "ils utilisent la tactique de terre brûlée, ils détruisent délibérément la ville" avec des bombardements aériens, des lance-roquettes multiples, des mortiers ou des chars qui tirent sur les immeubles, a-t-il ajouté.
Selon un point presse de l'armée ukrainienne sur Facebook, au moins sept civils ont été tués et huit blessés dans des bombardements dans la région de Donetsk, où 45 localités ont été touchées.
"Le bilan pour la région de Lougansk est en cours de clarification", selon la même source.
L'état-major ukrainien avait déjà relevé dans son point matinal dimanche que l'armée russe continuait "ses frappes de missiles et aériennes sur tout le territoire", et en avait même "augmenté l'intensité".
Selon la présidence ukrainienne, des bombardements russes avaient visé les villes de Mykolaïv, Kharkiv et Zaporijjia dans la nuit de samedi à dimanche.
Sans surprise, la loi martiale et la mobilisation générale en Ukraine ont été prolongées dimanche de trois mois, jusqu'au 23 août.
- Discours à Davos -
Le président ukrainien prépare par ailleurs son intervention en visioconférence devant le Forum économique de Davos en Suisse, qui commence lundi après deux ans d'interruption à cause du Covid-19.
M. Zelensky sera lundi le premier chef d'Etat à faire un discours. Nombre de responsables politiques ukrainiens feront le voyage en personne. En revanche, les Russes ont été exclus.
Il devrait profiter de cette nouvelle tribune pour exhorter le monde à fournir davantage d'aides, tant financières que militaires. Le président ukrainien pourrait également renouveler la demande de Kiev pour adhérer à l'UE.
A la veille de ce rendez-vous majeur, la Russie a assuré dimanche être prête à reprendre des pourparlers de paix avec l'Ukraine, assurant que leur suspension était due à Kiev.
"Nous sommes prêts à continuer le dialogue", a affirmé Vladimir Medinski, conseiller du Kremlin chargé des négociations avec Kiev, dans un entretien avec la télévision bélarusse.
Des contacts avaient été noués en mars au Bélarus après que les forces russes avaient échoué à prendre rapidement la capitale ukrainienne comme prévu, puis s'étaient poursuivis en Turquie, sans succès, avant que la Russie n'y coupe court en lançant sa nouvelle offensive sur le Donbass.
- Paysage apocalyptique à Marioupol -
Loin des batailles diplomatiques, la ville martyre de Marioupol (sud-est), récemment conquise par les militaires russes et leurs alliés séparatistes, offrait un paysage apocalyptique avec des carcasses d'immeubles calcinés dans de nombreux quartiers.
Trois mois de combats ont mis en fuite des centaines de milliers d'habitants et fait un nombre inconnu, mais sans doute énorme, de morts dans cette cité portuaire qui comptait plus d'un demi-million d'habitants avant la bataille.
Des journalistes de l'AFP ont constaté l'ampleur des dégâts il y a quatre jours lors d'un voyage de presse organisé par le ministère russe de la Défense.
On n'entend plus les incessantes canonnades des semaines précédentes, car sur le site sidérurgique d'Azovstal, les derniers soldats ukrainiens se rendent. L'armée russe n'a cependant pas permis aux médias d'approcher l'immense aciérie, devenue le symbole de la farouche résistance ukrainienne.
Les autorités pro-russes ont promis de faire de Marioupol une station balnéaire.
Un projet difficile à imaginer dans cet enchevêtrement de tôles et de débris, de barres d'immeubles éventrées par les missiles et les obus.
J.Fankhauser--BTB