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Bientôt la Lune? Pour Thomas Pesquet, "il est temps d'aller plus loin" dans l'exploration spatiale
"Il est temps d'aller plus loin": six mois après son retour sur Terre, l'astronaute français Thomas Pesquet a le regard tourné vers l'avenir de l'exploration spatiale européenne, qui sera marqué par les missions sur la Lune à l'horizon 2025-2030.
"Dans l'orbite basse, autour de la Terre - aux alentours de 500 km - cela fait 20 ans qu'on a une présence humaine continue avec la station spatiale internationale" (ISS), rappelle à l'AFP l'astronaute de 44 ans à Rome, en marge d'une conférence à l'ambassade de France en Italie.
"Aujourd'hui il est temps pour nous, les astronautes institutionnels de l'Europe, nos partenaires internationaux, d'aller plus loin", ajoute-t-il, disant espérer "que s'engouffre derrière nous le secteur privé". "On défriche ce territoire pour qu'il soit utile à la société européenne", dit-il.
Revenu en novembre de sa deuxième mission dans l'espace, lors de laquelle il est devenu le premier Français aux commandes de l'ISS, Thomas Pesquet pourrait participer aux missions lunaires dans le cadre de l'ambitieux programme de la Nasa baptisé Artemis - soeur jumelle d'Apollon en référence à la mission historique de 1969 - associant le Canada, le Japon et l'Europe.
"On a l'air d'être en bonne configuration : on a un lanceur, une capsule, une destination, tout se met en place", relève-t-il. Le premier vol d'essai sans équipage est prévu dès l'été 2022, avant un premier vol habité mi-2024, sans alunissage, afin de "préparer les trajectoires".
"A partir de là, un vol tous les ans, pour l'instant sur le calendrier 2025-2026-2027, avec des vols sur la Lune. Là, les Européens pourraient avoir voix au chapitre", avance l'astronaute qui rappelle la difficulté technique d'aller dans l'espace, "une série de petits miracles".
- "Grande solidarité" -
Conséquence directe de la guerre en Ukraine, la mission russo-européenne ExoMars a, elle, été suspendue en mars par l'agence spatiale européenne (ESA). Elle prévoyait le lancement d'un rover à destination de la planète rouge à l'aide du lanceur russe Soyouz.
Interrogé pendant sa conférence sur les conséquences du conflit, Thomas Pesquet insiste sur "l'intelligence collective" et "la grande solidarité" des astronautes à bord de l'ISS.
"Ca n'a pas changé beaucoup de choses au sein des équipages (...) "On a des amis au delà des frontières, on se connaît, on est à bord du même bateau".
Toutefois, "au niveau politique, entre les agences, c'est plus difficile", nuance-t-il. "Aujourd'hui, on voit qu'on honore les accords pris il y a quelques années mais on ne prend pas de décisions pour le futur."
Signe d'une volonté de plus grande indépendance, les astronautes européens ont appelé en février à la mise en place d'un programme européen de vols habités, "un sujet qui a aujourd'hui beaucoup d'importance", reconnaît Pesquet. "On s'est rendu compte que compter sur les autres pour accéder à l'espace n'était pas toujours facile (...) Aujourd'hui on y réfléchit beaucoup".
Parmi ses nombreuses activités, le spationaute est associé à la sélection de la prochaine promotion d'astronautes européens. Plus de 22.000 candidats ont postulé pour seulement quatre à six places de titulaires dans la prochaine promotion, qui sera dévoilée en novembre.
"Se retrouver de l'autre coté me fait réfléchir à la chance que j'ai eue; quand on voit tout ce qui peut être éliminatoire dans une sélection comme ça, c'est quand même incroyable d'arriver jusqu'à la ligne d'arrivée", fait-il valoir, précisant que les critères "n'ont pas vraiment changé" depuis sa sélection en 2009.
"C'est très enthousiasmant de voir tout ce que l'Europe a de talent, tous ces gens qui arrivent d'Espagne, d'Italie, d'Allemagne, de France, des pays nordiques, de partout avec des parcours très riches", se réjouit-il.
"Ils ont tous cette chose en commun qui est la passion pour l'espace et l'identité européenne, ils parlent tous plusieurs langues de l'Europe, c'est la génération Erasmus, ils ont ça chevillé au corps donc ça me donne confiance pour le futur."
O.Lorenz--BTB