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L'inflation au plus haut depuis 40 ans aux Etats-Unis
Les prix à la consommation ont repris leur escalade en mai aux États-Unis, battant un nouveau record en 40 ans, alors que le président Joe Biden a promis de la faire ralentir.
Les prix à la consommation ont bondi de 8,6% sur un an, contre 8,3% le mois dernier, selon l'indice des prix à la consommation (CPI) publié vendredi par le département du Travail. La hausse atteint 1,0% sur un mois après +0,3% en avril.
Logement, essence, billets d'avion, alimentation, voitures neuves et d'occasion, mais aussi soins médicaux, vêtements, l'augmentation a été générale. Et ce rebond vient doucher les espoirs d'un ralentissement durable de l'inflation, timidement entamé en avril.
"Les chiffres d'inflation plus élevés reflètent une confluence continue de facteurs", souligne Kathy Bostjancic, cheffe économiste pour Oxford Economics.
Les difficultés d'approvisionnement, débutées avec la pandémie de Covid-19, ont fait grimper les prix partout dans le monde, un mouvement accentué aux États-Unis par une pénurie de main-d'œuvre, alors que de généreuses aides financières du gouvernement ont stimulé la demande.
La guerre en Ukraine a exacerbé le phénomène, faisant flamber les prix de l'essence et de l'alimentation.
L'inflation par rapport à mai 2021 est ainsi de 34,6% pour l'énergie - plus forte hausse depuis septembre 2005- et 10,1% pour l'alimentaire - plus importante progression depuis mars 1981.
- Pannes d'essence -
Alors que les Américains sont très dépendants de leur voiture, et plébiscitent souvent des modèles gourmands en carburant, les prix de l'essence battent chaque jour de nouveaux records, atteignant vendredi en moyenne 4,986 dollars le gallon (soit 4,55 litres), contre 3,073 dollars il y a un an (+62%).
Cela a même fait bondir d'un tiers les demandes d'assistance pour panne sèche en avril, selon les données de l'association d'automobilistes AAA, citées par le Washington Post.
Cette inflation désespérément élevée est mauvaise pour Joe Biden, à quelques mois d'une échéance électorale cruciale, qui verra le renouvellement d'une large partie des élus du Congrès, le Parlement américain.
L'opposition républicaine accuse le président démocrate d'avoir une politique inflationniste: "dans l'Amérique de Joe Biden, les produits de première nécessité ont des prix d'articles de luxe", a déploré dans un communiqué la présidente du Comité national républicain (RNC), Ronna McDaniel.
Joe Biden s'exprimera à 13H45 (17H45 GMT) depuis le port de Los Angeles, où arrivent les porte-conteneurs remplis de biens fabriqués en Asie.
Il plaide désormais pour que la Chambre des représentants vote en faveur d'un texte déjà adopté en mars par le Sénat, visant à empêcher les transporteurs maritimes de gonfler leurs prix, car cela se répercute ensuite sur le consommateur.
Le prix d'un conteneur de 40 pieds est passé d'environ 1.300 dollars avant la pandémie à 11.000 dollars en septembre 2021, selon le texte.
"Nous avons parlé à un certain nombre de PDG (...) qui ont dit que cela changerait la donne car ils n'auraient pas à répercuter ces prix sur les consommateurs", a commenté le principal conseiller économique de la Maison Blanche, Brian Deese, sur la chaîne CNBC.
- Risque de stagflation -
En excluant l'énergie et l'alimentation, l'inflation dite sous-jacente, cependant, est stable sur un mois, à +0,6%, et ralentit même sur un an, à +6,0%.
Ces chiffres plus élevés qu'anticipé ont plombé Wall Street, qui a ouvert en forte baisse vendredi, tandis que le dollar, lui, bondissait face à l'euro.
"L'inflation CPI sera probablement encore supérieure à 6% en décembre", avertit Gregory Daco, économiste en chef d'EY-Parthenon.
Cette situation devrait convaincre la Banque centrale américaine (Fed) de donner un tour de vis supplémentaire à ses taux directeurs la semaine prochaine lors de la réunion de son comité monétaire.
L'institution est à la manœuvre, son principal levier étant de freiner la demande des consommateurs et entreprises, via les hausses de taux directeurs.
Elle les a déjà relevés à deux reprises, d'un quart de point puis d'un demi-point de pourcentage, jusqu'à la fourchette de 0,75 à 1,00%.
La lutte contre l'inflation risque de peser sur l'économie américaine, faisant même craindre une récession. Le chômage, lui, pourrait repartir à la hausse.
"Faut-il craindre la stagflation?", c'est-à-dire une période prolongée de croissance faible et d'inflation élevée, s'interroge Gregory Daco: "non, pas en 2022, mais les risques seront bien plus grands en 2023", affirme-t-il.
R.Adler--BTB