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Baptême du feu pour Borne devant le Parlement, la gauche dépose sa motion de censure
En quête de compromis dans un Parlement fragmenté, Élisabeth Borne dévoile mercredi ses priorités lors de sa déclaration de politique générale, sans engager sa responsabilité devant l'Assemblée nationale où la coalition de gauche de la Nupes a déposé une motion de censure.
Contrairement à nombre de ses prédécesseurs, la Première ministre ne se soumettra pas à un vote de confiance après avoir exposé sa méthode de gouvernement, à partir de 15H00 devant les députés puis à 21H00 devant les sénateurs. Les chefs de file des différents groupes interviendront à sa suite dans une ambiance qui s'annonce électrique.
Entourée de plusieurs ministres, elle s'est dite "sereine et concentrée" en rejoignant à pied l'Assemblée nationale depuis l'Hôtel de Matignon.
Disposant seulement d'une majorité relative à l'Assemblée nationale, et minoritaire au Sénat, Mme Borne a voulu éviter un double écueil pour son grand baptême du feu: être renversée si le vote de confiance lui était refusé par les députés ou être maintenue grâce à l'abstention des élus RN.
"Ce serait très mal perçu par l’opinion d’avoir un vote de confiance, même ric-rac, avec l'abstention des RN", note une source gouvernementale.
La Première ministre, dont le gouvernement a été remanié lundi après la claque des législatives, va donc rejoindre ses sept prédécesseurs de gauche comme de droite qui ont renoncé à solliciter la confiance des députés sous la Ve République lors de leur déclaration de politique générale.
Dénonçant ce renoncement, la coalition de gauche de la Nupes a, comme annoncé la veille, déposé une motion de censure en signe de "défiance".
"En l’absence de vote de confiance, nous n’avons d’autre choix que de soumettre cette motion de défiance", justifient les groupes LFI, PS, écologiste et communiste dans leur texte remis à la présidence de l'Assemblée nationale et transmis à la presse.
- "Bâtir ensemble" -
Si ce texte n'a quasiment aucune chance d'être adopté, il reflète le climat électrique dans lequel Élisabeth Borne va dévoiler son programme, au premier rang duquel figure le très attendu projet de loi sur le pouvoir d'achat, présenté jeudi en Conseil des ministres. Elle interviendra également au JT de 20H de TF1 mercredi.
Dans un contexte international marqué par la guerre en Ukraine, une inflation galopante et l'urgence climatique, l'objectif est de "présenter une base de travail avec le Parlement", "une méthode" pour "bâtir ensemble" des compromis, souligne son entourage.
La Première ministre va ainsi "tenir compte" des consultations menées avec les groupes politiques, qui ont toutefois fait connaître leur refus de participer à un accord de coalition.
Selon son entourage Mme Borne rappellera, dans son discours, ses engagements en faveur du plein emploi, de la transition écologique ou de l'égalité et n'esquivera pas le dossier explosif de la réforme des retraites.
Emmanuel Macron a demandé mardi à Mme Borne et à plusieurs de ses ministres de "tout mettre en œuvre pour protéger les Français en matière de prix", évoquant une "quasi économie de guerre", a rapporté l’Élysée.
Pourtant, l'heure ne semble pas encore à la conciliation avec les oppositions.
Justifiant mercredi matin le dépôt d'une motion de censure, la cheffe de file des députés LFI Mathilde Panot affirmé que "cela mettra chacune et chacun face à ses responsabilités".
Le RN et ses 89 députés ne s'y associeront pas. "On attend déjà que Mme Borne nous dise où elle veut emmener le pays" et "on va voir jusqu'où, nous, on peut faire monter nos propositions", explique un des porte-paroles du RN, Sébastien Chenu.
- "Coup politique" -
"On veut profiter de la situation pour obtenir des avancées", abonde le patron des députés LR, Olivier Marleix, qui réclame des mesures "pour maîtriser la dépense publique".
S’affichant en "formation responsable", le groupe LR ne joindra pas ses voix à la motion de censure de la Nupes, car "l'objectif des Républicains n'est pas de réaliser un coup politique", a expliqué mardi la députée et présidente par intérim du parti Annie Genevard.
Selon le constitutionnaliste Jean-Philippe Derosier, cette motion de censure de la gauche pourrait, en réalité, se retourner contre ses initiateurs et "conforter (la) légitimité" de la Première ministre.
A défaut d'avoir pu constituer une coalition, la confiance se construira "patiemment texte après texte", selon le gouvernement.
Ébauche de cette quête de consensus: à la demande de l'opposition, les députés ont, à l'unanimité mercredi, ramené du 31 mars au 31 janvier 2023 les délais pour la collecte de données sanitaires Covid-19 et un possible pass sanitaire aux frontières, lors de l'examen en commission du premier texte de la législature consacré à la veille et la sécurité sanitaire.
La concorde est toutefois loin d'être acquise. Mardi soir, le chef de file des Insoumis Jean-Luc Mélenchon a dit s'attendre à un "blocage" à l'Assemblée avec pour unique issue de nouvelles élections législatives et un seul objectif: "Les virer tous autant qu'ils sont".
E.Schubert--BTB