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Retraites: les dilemmes de Renaissance
Comment enjamber le débat sur la suspension de la réforme des retraites ? Contraint d'avaliser une remise en cause de son bilan, le parti Renaissance entend soumettre "sa" propre réforme, illustration d'une position inconfortable entre la nécessaire "stabilité" de l'exécutif et la volonté de se projeter vers l'après-Macron.
L'heure est à l'introspection chez les macronistes. Voire aux règlements de compte. Dimanche, sur France 5, l'ancien ministre de l'Économie Bruno Le Maire a réaffirmé avoir alerté Emmanuel Macron sur le dérapage des comptes publics, plaidant en vain pour un budget rectificatif au printemps 2024, avant la dissolution de l'Assemblée.
Après cinq ans de règne sans partage, deux ans de majorité relative et deux Premiers ministres éconduits depuis la dissolution, les soutiens du président n'ont guère le choix: si, avec la nomination et la reconduction de Sébastien Lecornu à Matignon, ils ont conservé la plupart des leviers gouvernementaux et évité la censure immédiate, le prix à payer, fixé par le Parti socialiste, est élevé. Et comprend la fameuse suspension jusqu'à la présidentielle de la réforme Borne, examinée par l'Assemblée mercredi.
Un crève-coeur ? Peut-être. Mais "pour les gens, la suspension de la réforme est actée" et "nous, on ne peut pas faire dérailler le truc", estimait récemment un dirigeant de Renaissance.
Le groupe doit arrêter lundi soir sa position, a indiqué son président et patron du parti, Gabriel Attal.
"Certains souhaitent voter contre la suspension tout en soutenant le PLFSS (projet de loi de financement de la sécurité sociale, ndlr). D'autres pensent qu'il faut s'abstenir pour marquer le compromis. Le Premier ministre a semblé favorable à une abstention, qui permettrait de défendre notre projet sans bloquer le compromis", a-t-il expliqué lundi lors d'un échange avec la presse.
"Il y aura de l'abstention en grande majorité, quelques pour et quelques contre", anticipe une source gouvernementale, qui table sur une position similaire au MoDem, tandis que les députés Horizons, le parti d’Édouard Philippe, devraient voter contre.
-Débat du "passé"-
Mais pas question, pour Gabriel Attal, de se laisser happer par un débat qui "appartient au passé".
L'ancien Premier ministre, qui a entamé un large travail d'inventaire du macronisme au pouvoir, y voit "un épisode supplémentaire du débat sans fin infligé aux Français depuis des décennies". Avec "à chaque fois le même discours (sur) la réforme de la dernière chance pour sauver le système", rhétorique à laquelle l'ancien porte-parole du gouvernement a lui-même largement contribué.
Sans nourrir d'illusion sur la possibilité d'une adoption d'ici l'élection présidentielle, Renaissance va déposer une proposition de loi reprenant la réforme conçue par le parti et présentée en juillet, pour "un système universel, clair et compréhensible". S'inspirant en partie --droit d'inventaire toujours-- de la réforme abandonnée en 2020.
"On fera progressivement converger les différents régimes, de telle sorte qu'un euro cotisé ouvre les mêmes droits, que l'on soit salarié, fonctionnaire ou indépendant", a expliqué M. Attal.
Ce "nouveau système" ferait disparaître l'âge légal de départ "devenu un non-sens". "Chacun sera libre de choisir le moment où il part. On ne fixe qu'une condition: il faudra un montant minimal de pension de retraite à atteindre pour pouvoir liquider sa retraite", a-t-il développé.
"L'État doit fixer un cadre, des objectifs, et les paramètres (durée et montant de cotisation, NDLR), eux, doivent être déterminés par les partenaires sociaux en suivant une règle d'or budgétaire. Cette règle d'or sera très fermement inscrite, incontournable, c'est l'équilibre financier du système", a précisé M. Attal.
Ce système devra "inciter" à une part de capitalisation mais sans la rendre obligatoire, a par ailleurs indiqué l'ancien locataire de Matignon. Avec la création d'un "fonds de capitalisation à la naissance" dans le cadre duquel "chaque enfant recevrait 1.000 euros versés par l’État", placés sur un "compte de capitalisation".
Une proposition que les macronistes entendent également verser au débat via un amendement au projet de loi de finances.
"L'objectif premier est d'ouvrir le débat dans la société", explique M. Attal, résolument tourné vers l'Elysée. "Il n'y a aucune vraie dynamique politique qui puisse s'installer d'ici aux municipales. (...) Il faut survivre, jusqu'au moment où les gens rentreront dans le débat de la présidentielle", théorisait-on récemment au sommet du parti.
B.Shevchenko--BTB