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Iran: internet partiellement rétabli, réouverture des écoles
Un accès limité d'internet a été rétabli en Iran, a indiqué dimanche une ONG, après une coupure inédite imposée en pleine vague de contestation pour cacher, selon les défenseurs des droits humains, une répression qui a fait des milliers de morts.
"Les données de trafic indiquent un retour significatif de certains services en ligne, dont Google, ce qui laisse penser qu'un accès fortement filtré a été rétabli, corroborant les témoignages d'utilisateurs faisant état d'un rétablissement partiel", a précisé l'ONG de surveillance de la cybersécurité Netblocks dans un message sur les réseaux sociaux.
Les autorités, qui affirment avoir repris le contrôle de la situation, ont aussi rouvert dimanche les écoles, fermées depuis une semaine, et les universités, a annoncé la télévision d'Etat.
En parallèle, le président Massoud Pezeshkian a affirmé que toute attaque visant le guide suprême Ali Khamenei, 86 ans et détenteur du pouvoir en Iran depuis 1989, serait une déclaration de guerre, réagissant au président américain Donald Trump qui a appelé à trouver un nouveau dirigeant.
"Une attaque contre le guide suprême de notre pays équivaut à une guerre totale contre la nation iranienne", a prévenu le président iranien.
- Messages WhatsApp -
Le mouvement a été déclenché le 28 décembre à Téhéran par des commerçants en colère contre le coût de la vie avant de prendre une ampleur majeure le 8 janvier, défiant ouvertement la République islamique en place depuis 1979.
Dimanche matin à Téhéran, des journalistes de l'AFP ont pu accéder à l'internet mondial, bien que la majorité des fournisseurs d'accès restent bloqués, sans que les raisons de cette connexion limitée ne puissent être éclaircies. Certains Iraniens ont aussi commencé à recevoir et à envoyer des messages WhatsApp.
Bloqués pendant des jours, les appels téléphoniques vers l'étranger ont été rétablis mardi et les échanges par SMS samedi.
Malgré ces restrictions, et celles imposées de longue date aux applications étrangères - dont Instagram et Facebook, pour lesquelles une connexion VPN est nécessaire - des rapports d'exactions de la part des forces de sécurité ont filtré, notamment via Starlink, selon des ONG.
Amnesty International a déclaré avoir vérifié des dizaines de vidéos et de témoignages ces derniers jours, montrant "que les forces de sécurité tiraient sans relâche sur les manifestants dans les rues et depuis des positions en hauteur".
Les hôpitaux ont été "submergés de blessés", selon la chercheuse de l'ONG sur l'Iran, Raha Bahreini, qui a dénoncé un "massacre de manifestants".
- "Tirs sans relâche" -
"Toutes les dix minutes, on entendait une série de coups de feu", a raconté à l'AFP Kaveh (prénom modifié) désormais au Royaume-Uni, relatant une manifestation à laquelle il a participé le 9 janvier à Téhéran.
En l'absence de bilan global officiel, le guide suprême iranien a fait état pour la première fois samedi de "milliers de personnes tuées", imputant ces morts aux "séditieux", selon lui manipulés par les Etats-Unis et Israël.
Les autorités s'étaient jusque-là limitées à recenser des dizaines de membres des forces de sécurité tués.
Au moins 3.428 manifestants ont été tués, selon le dernier bilan de Iran Human Rights (IHR), dont les chiffres sont cités par l'ONU.
D'autres estimations font état de plus de 5.000 morts, voire jusqu'à 20.000, selon cette ONG basée en Norvège.
La chaîne d'opposition Iran International, basée à l'étranger, affirme qu'au moins 12.000 personnes ont été tuées, citant hauts responsables gouvernementaux et sources sécuritaires.
Le pouvoir judiciaire iranien a catégoriquement rejeté ce chiffre.
- "Outil efficace" -
Les médias locaux ont fait état de milliers d'arrestations, les ONG de défense des droits humains estimant que jusqu'à 20.000 personnes ont été détenues.
Dimanche, le porte-parole de la justice iranienne, Asghar Jahangir, a réaffirmé que des procès rapides seraient organisés et averti que certains actes s'apparentaient au crime de "guerre contre Dieu", passible de la peine de mort.
Le président américain Donald Trump avait remercié vendredi le gouvernement iranien d'avoir annulé "toutes les pendaisons prévues" de contestataires.
Une mesure mise en doute par l'analyste Arif Keskin, pour qui "le risque demeure très réel", car "la direction iranienne considère les exécutions (...) comme un outil efficace" contre toute contestation.
"Pour le régime, les exécutions entraîneront des coûts internationaux à court terme mais sont considérées comme un investissement à long terme dans la sécurité intérieure", a déclaré à l'AFP ce spécialiste iranien du Moyen-Orient, basé à Ankara.
burs-sw/yk/hme
M.Furrer--BTB