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Syrie: l'armée se déploie dans les zones évacuées par les forces kurdes
L'armée se déploie lundi dans les zones dont les forces kurdes se sont retirées dans le nord et l'est de la Syrie, en vertu d'un accord de cessez-le-feu qui porte un coup aux espoirs d'autonomie des Kurdes.
Le président Ahmad al-Chareh, déterminé à étendre son autorité sur l'ensemble du pays après avoir renversé Bachar al-Assad en décembre 2024, a annoncé dimanche un accord avec les Kurdes syriens, après deux jours de rapide progression des troupes gouvernementales.
Malgré la trêve, trois soldats syriens ont été tués, selon l'armée, dans des affrontements lundi avec les Forces Démocratiques Syriennes (FDS), dominées par les Kurdes, qui ont accusé les forces gouvernementales de les attaquer.
L'accord prévoit l'intégration des forces et institutions kurdes au sein de l'Etat, ainsi que la remise immédiate au gouvernement des provinces majoritairement arabes de Deir Ezzor et Raqa.
Le président Chareh a rencontré lundi le chef des FDS, Mazloum Abdi, mais leur discussion, visant à finaliser les détails de l'accord, n'a pas débouché sur des résultats, a déclaré à l'AFP une source kurde proche des négociations.
- "Libération" -
A Deir Ezzor, le correspondant de l'AFP a vu des dizaines de véhicules militaires se diriger vers l'est de l'Euphrate, fleuve marquant la limite entre les zones tenues par les FDS et les régions sous contrôle du gouvernement.
"Notre joie est indescriptible avec la libération", témoigne Mohammad Khalil, un chauffeur de 50 ans, qui dit attendre son fils, membre des forces de sécurité.
Des combattants issus des tribus locales à Deir Ezzor se sont ralliés aux autorités et ont pris le contrôle du secteur avant l'arrivée des forces de Damas dimanche.
Certaines tribus étaient auparavant alliées aux FDS, dont les rangs comptaient une importante composante arabe.
Si le cessez-le-feu est globalement respecté pour l'heure, les Kurdes ont accusé l'armée de "poursuivre ses attaques", et fait état d'affrontements près d'une prison où se trouvent des détenus du groupe Etat islamique (EI) dans la province de Raqa.
Les deux parties ont également échangé des accusations quant au sort des prisonniers de l'EI détenus par les Kurdes dans le gouvernorat de Hassaké.
L'accord prévoit que l'Etat syrien devienne "responsable" de ces détenus et que l'administration kurde chargée de ce dossier soit intégrée aux institutions étatiques.
Le ministère de l'Intérieur s'est dit prêt à "prendre en charge la gestion et la sécurité" des prisons de l'EI à Hassaké et à assurer une "coordination directe avec la partie américaine" pour empêcher le retour du "terrorisme".
Soutenues par les Etats-Unis, les FDS ont été le fer de lance de la lutte contre l'EI, défait en 2019, et leurs camps et prisons abritent encore des dizaines de milliers de détenus, dont de nombreux étrangers.
- Bombardements à Raqa -
Un correspondant de l'AFP dans la ville de Raqa a vu les forces de sécurité déployées sur la place principale, et un convoi militaire traverser la ville, où des coups de feu sporadiques se faisaient entendre.
Dans la soirée, il a rapporté avoir entendu des bombardements intenses, tandis que l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) a indiqué que les forces gouvernementales avaient bombardé une position militaire des FDS au nord de la ville.
Raqa, dans la province du même nom, était considérée comme la "capitale" de l'EI, et les habitants y ont souffert des pires exactions avant de passer sous contrôle des FDS.
Dans la région de Deir Ezzor, les forces gouvernementales ont repris le contrôle du champ pétrolifère d'al-Omar, le plus important du pays, où des équipes techniques doivent se rendre, selon le ministère du Pétrole.
La Syrie est un petit producteur de brut, et sa production s'est effondrée pendant la guerre civile (2011-2024).
- "L'Amérique laisse tomber ses alliés" -
L'accord annoncé par le président islamiste syrien a provoqué amertume et craintes dans les zones à majorité kurde, où les habitants ont accusé les Etats-Unis de les avoir lâchés.
"Nous avons un grand sentiment de déception", affirme à l'AFP en kurde Aras Mohammad, 34 ans, un employé de l'administration autonome à Qamichli, principale ville à majorité kurde du nord-est.
"Ce n'est pas la première fois que l'Amérique laisse tomber ses alliés", renchérit Rafeh Ismaïl, un bijoutier de 43 ans.
"La confrontation de M. Chareh avec les forces kurdes, après avoir fait pression sur les zones alaouites et druzes, renforce les doutes sur la légitimité du gouvernement intérimaire et sa capacité à représenter la population" syrienne, estime Mutlu Civiroglu, un analyste basé à Washington spécialisé dans le dossier kurde.
Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, allié de Damas et hostile aux FDS, a salué lundi l'offensive "méticuleuse" de l'armée syrienne.
La cheffe de la diplomatie de l'Union européenne, Kaja Kallas, a pour sa part appelé à la fin immédiate de "toutes les activités militaires" en Syrie.
L.Dubois--BTB