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Von der Leyen défend le "Made in Europe" pour soutenir les industries clés
La Commission européenne a défendu lundi l'instauration d'une "préférence européenne", c'est-à-dire l'obligation pour les entreprises bénéficiant de fonds publics d'acheter des composants "Made in Europe", une mesure qui sera au menu d'un sommet des 27 cette semaine.
"L'Europe doit être capable de défendre ses intérêts stratégiques" et de soutenir activement sa propre base de production, et "la préférence européenne est un outil nécessaire pour contribuer à cet objectif", a expliqué la présidente de l'exécutif européen, Ursula von der Leyen dans un courrier adressé aux dirigeants des 27.
Le soutien à l'économie européenne sera au cœur d'un sommet des dirigeants de l'UE sur la compétitivité jeudi en Belgique. La définition et les contours du "Made in Europe" sont toutefois loin de faire l'unanimité parmi les États membres.
Aiguillonnée par le rapport choc publié en 2024 par l'ancien président de la Banque centrale européenne Mario Draghi, la Commission européenne veut passer à l'action depuis des mois, pour soutenir les industriels concurrencés par la Chine et pénalisés aux États-Unis par les droits de douane de Donald Trump.
Bruxelles a préparé un projet de loi qui vise à instaurer la préférence européenne dans certains secteurs clés dont l'industrie automobile, mais sa présentation, désormais attendue le 25 février, a été repoussée à deux reprises depuis décembre, en raison de dissensions entre les États membres.
- "Pourquoi pas nous ?" -
Cette notion est défendue avec vigueur par la France, notamment pour défendre sa filière nationale des batteries pour voitures électriques, mais elle est combattue à l'inverse par d'autres États comme l'Allemagne, qui redoutent d'alourdir les coûts d'approvisionnement de leurs constructeurs automobiles et autres fabricants industriels et de pénaliser leurs exportations.
"Nous devons établir, une fois pour toutes, une véritable préférence européenne dans nos secteurs les plus stratégiques", a plaidé Stéphane Séjourné, le vice-président de la Commission chargé de ce dossier, dans une tribune cosignée par plus d'un millier de dirigeants d'entreprises et publiée début février.
"Les Chinois ont le +Made in China+, les Américains ont le +Buy american+, et la plupart des autres puissances économiques ont des programmes similaires, qui donnent la préférence à leurs propres atouts stratégiques. Alors, pourquoi pas nous?"
Ces derniers mois, le président français Emmanuel Macron a martelé la nécessité d'avancer sur ce sujet, pour défendre une industrie européenne prise en étau entre la Chine et les États-Unis.
En janvier, l'Allemagne et l'Italie ont adouci leur position en ouvrant la porte à une telle mesure, mais de manière très encadrée.
Dans un document commun, ils ont dit soutenir "des règles de préférence européenne dans des secteurs cruciaux et stratégiques, tout en prenant en compte nos intérêts en matière de politique commerciale et ceux de nos partenaires les plus proches".
En clair, une telle obligation ne doit pas entraver les exportations allemandes ou italiennes, ou risquer de brusquer les relations avec les principaux alliés.
La semaine dernière, six États du nord de l'Europe (l'Estonie, la Finlande, la Lettonie, la Lituanie, les Pays-Bas et la Suède) ont affirmé à leur tour qu'une telle mesure ne pourrait être que "limitée, proportionnée et tenant compte de ses répercussions".
- "Acheter des trucs français" -
Les débats s'annoncent donc animés, lors du sommet qui rassemblera jeudi les dirigeants des 27 dans le château d'Alden Biesen, dans le nord-est de la Belgique.
Si un soutien de principe à l'instauration de la préférence européenne semble désormais acquis, la liste des secteurs concernés, la proportion de composants européens qui sera exigée dans chaque filière et les contraintes administratives que cela entraînera devraient faire l'objet d'intenses discussions.
Des débats similaires ont déjà eu lieu à propos du plan massif de réarmement de l'UE et de son soutien financier à l'Ukraine, la France insistant pour que ces financements soutiennent en priorité l'industrie européenne de défense.
Sous couvert de favoriser la production européenne, "ils pensent que tout le monde va acheter des trucs français", a ironisé le Premier ministre belge Bart De Wever, dans un entretien à la radio publique RTBF. "Il y a encore beaucoup de boulot à faire..."
C.Kovalenko--BTB