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Argentine: la dérégulation du travail voulue par Milei avance au Parlement, face à la colère sociale
Le président argentin Javier Milei a avancé mercredi dans son projet-clé de dérégulation du travail avec l'adoption de sa réforme au Sénat, au terme d'une journée marquée par de violents heurts entre manifestants et police.
Le projet de loi dit de "modernisation du travail" -- de précarisation selon les syndicats -- du dirigeant ultralibéral doit encore passer à la Chambre des députés. D'ici mars, escompte l'exécutif.
Depuis l'arrivée au pouvoir de M. Milei en décembre 2023, sa politique d'austérité budgétaire et de dérèglementation a déjà entraîné la perte de près de 300.000 emplois formels, entre privé et public, selon le secrétariat du Travail.
Le dirigeant veut aller plus loin dans sa politique de dérégulation avec sa réforme emblématique du travail, surfant sur un renforcement de son camp au Parlement après les législatives de mi-mandat en octobre.
Le gouvernement soutient que les changements voulus, couplés à une réduction de charges sociales pour l'employeur, vont inciter à régulariser une grande partie des plus de 40% d'emplois informels, un boulet de l'économie argentine, qui montre des signes durables de stagnation même si l'inflation a été contenue.
Alors que les sénateurs débattaient, de brefs mais violents affrontements ont eu lieu aux abords du Parlement entre quelques dizaines d'individus, beaucoup cagoulés ou masqués, et la police, à coups de pierres et cocktails Molotov contre lacrymogènes et balles en caoutchouc.
Une journaliste de l'AFP a constaté au moins deux blessés, un policier et un manifestant, bilan qui n'a pu être confirmé de source officielle dans un premier temps. Au moins une vingtaine de personnes ont été interpellées, selon des estimations de médias, dont l'AFP.
- Violence "préméditée" -
Le gros de la manifestation, à l'appel de syndicats, n'avait même pas atteint les abords du bâtiment au moment des heurts. Après les accrochages, la place du Parlement s'est retrouvée paradoxalement quasiment vide, tandis que dans des rues voisines fumaient plusieurs feux de poubelles.
La réforme du travail contestée comporte diverses mesures visant à rendre le marché plus flexible: elle facilite les licenciements, réduit les plafonds d'indemnités, limite le droit de grève en élargissant les services "essentiels", autorise le fractionnement des congés, entre autres changements jugés "régressifs" par la CGT, la principale centrale syndicale.
En marge de la CGT d'obédience péroniste (centre gauche), dont les manifestations sont généralement ordonnées, plusieurs petits partis et mouvements de gauche radicale s'étaient joints à la mobilisation.
Des chants hostiles à la CGT, jugée timorée par certains syndicats, ont d'ailleurs été entendus, parallèlement aux slogans visant le gouvernement, et appelant à une grève générale.
"Ils commencent à réprimer! On voit bien qu'ils ne supportent pas l'organisation du peuple", a lancé à l'AFP un manifestant, Ernesto Pasarin, en s'écartant des accrochages. "Si on laisse faire cela, on condamne nos droits et ceux de nos enfants."
"Les violents qui ont attaqué nos forces seront identifiés", a promis sur X la ministre de la Sécurité Alejandra Monteoliva. "Il s'agit de dizaines de membres de groupes de gauche qui ont agi de manière organisée, avec violence préméditée et des armes artisanales pour (...) semer le chaos. Ils vont le payer."
Lors du débat à la chambre haute, le sénateur pro-Milei Joaquin Benegas Lynch a défendu une réforme "synonyme de progrès". Il a appelé à rompre avec "un schéma étatiste, corporatiste et de prébendes qui a fait fuir les investissements, détruit des emplois et appauvri des millions d'Argentins" et transformer le pays en "une Argentine moderne, libre et prospère".
Opposition et syndicats contestent l'argument selon lequel la réforme créera de nouveaux emplois.
Avant la manifestation, le président de l'association de PME Industriales Pymes Argentina, estimait que "le véritable problème, c'est la destruction d'entreprises due à l'ouverture sans discernement des importations", et évoquait 18.000 fermetures d'entreprises en deux ans.
O.Krause--BTB