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Argentine: grève générale contre la réforme du travail de Milei, nouveaux incidents
Transports paralysés, heurts entre police et manifestants: le gouvernement argentin de Javier Milei a fait face jeudi à sa quatrième grève générale contre son projet de dérégulation du travail, qui pourtant progresse au Parlement.
Comme la semaine dernière, une manifestation, largement pacifique, a rassemblé plusieurs milliers de personnes aux abords du Parlement, avant de dégénerer en accrochages répétés entre quelques dizaines de personnes et la police, a constaté l'AFP.
Bouteilles et pierres ont volé en direction des forces de l'ordre, qui de leur côté ont fait usage de lacrymogènes, canons à eau et balles en caoutchouc, avant finalement d'avancer en force pour dégager la place.
Une dizaine de personnes ont été interpellés, selon divers médias dont l'AFP, à l'issue de heurts pourtant moins violents qu'il y ahuit jours, lorsque des manifestants avaient usé de cocktails Molotov.
- Suivi "très important" -
La grève a eu un suivi "très important", a affirmé Jorge Sola, codirigeant de la CGT (pro-péroniste, centre-gauche), principale centrale, revendiquant une activité arrêtée "à 90%". "Des niveaux de suivi comme il n'y en a jamais eu sous ce gouvernement", a-t-il insisté. Même si "beaucoup ne seront pas d'accord" avec cette évaluation, concédait-il.
Plus que tout, ce sont les transports, aériens, ferroviaires, paralysés à l'image d'aéroports et gares vides, et les bus -malgré quelques lignes circulant-, qui ont le mieux traduit l'impact de la grève de 24 heures depuis jeudi 00H00 locales, a constaté l'AFP à Buenos Aires.
Aerolineas Argentinas avait annoncé plus de 250 vols annulés.
La capitale a offert un visage contrasté: trafic de voitures plus dense qu'a l'accoutumée, mais des arrêts de bus, d'habitude bondés, vidés. Et une grande majorité de commerces ouverts, bien que certains privés d'employés retenus faute de transport.
"Je vais travailler parce que j'ai peur de perdre mon emploi, mais je n'arrive pas à me déplacer, je vais devoir y aller à pied", se résignait jeudi matin Nora Benitez, infirmière de 46 ans, à cinq kilomètres de son lieu de travail.
Dans l'air flottaient des relents d'ordures amoncelées dans la chaleur de l'été austral, faute de ramassage depuis 24h.
Le chef de cabinet des ministres (sorte de Premier ministre) Manuel Adorni a fustigé une grève "perverse", une "extorsion", car "pour autant que les gens aient envie de travailler, si on leur coupe le transport, ils ne peuvent pas".
La grève illustre un regain de tension sociale, quatre mois après le succès électoral de l'ultralibéral Javier Milei, sorti renforcé des législatives de mi-mandat. Elle vise la réforme du travail, projet-clef de sa deuxième moitié de mandat, dont débattait jeudi la Chambre des députés, a priori jusque tard dans la nuit.
La réforme, entre autres, facilite les licenciements, réduit le barème d'indemnités, rend possible l'extension de la journée de travail (8 à 12 heures), étend les services dits "essentiels" en cas de grève, et autorise le fractionnement des congés.
- Milei confiant et au loin -
Pour l'exécutif, cette "modernisation du travail", selon le nom du projet de loi, va permettre de doper l'embauche dans une économie qui compte plus de 40% d'emploi informel. Notamment en freinant ce que le gouvernement dénonce comme "l'industrie des procès", une judiciarisation à outrance du monde du travail.
"Pas une modernisation, une précarisation", rétorque la CGT.
Pour autant, le projet de loi avance: il a été approuvé la semaine dernière au Sénat, moyennant quelques compromis de l'exécutif - notamment sur les cotisations patronales à la couverture santé.
Et le gouvernement était confiant en un feu vert des députés tard dans la nuit de jeudi, après une nouvelle concession, l'abandon d'indemnités dégressives pour longs arrêts maladie.
S'il est approuvé, le texte devra repasser une dernière fois au Sénat pour avaliser ces changements, sans doute jeudi prochain.
Javier Milei escompte avoir bouclé sa réforme totem d'ici le 1er mars, pour son discours annuel au Parlement. En attendant, loin de la grève et des tensions, il assistait jeudi à Washingon au "Conseil de paix" de son allié Donald Trump.
Au pouvoir depuis décembre 2023, il a enregistré un succès macro-économique majeur face à l'inflation, ramenée de plus de 150% à 32%, en interannuel. Mais aux prix d'une austérité budgétaire et de coupes dans l'emploi public qui ont anémié consommation et activité. En deux ans, près de 300.000 emplois ont été perdus, public et privé confondus.
H.Seidel--BTB