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La Nasa s'apprête à (re)décrocher la Lune
Cinquante ans après le dernier vol d'Apollo, l'heure est venue pour Artémis de prendre le relais: la fusée la plus puissante du monde s'apprête à faire son baptême de l'air lundi depuis la Floride et à lancer du même coup le programme américain de retour sur la Lune.
Certes, il s'agit d'un , sans équipage à bord. Mais pour la Nasa, qui se prépare à ce décollage depuis plus d'une décennie, l'événement est hautement symbolique. Il doit incarner l'avenir de l'agence spatiale, et prouver qu'elle est toujours capable de rivaliser, notamment face aux ambitions de la Chine ou de SpaceX.
Autour de Cap Canaveral, les hôtels affichent complet, avec entre 100.000 et 200.000 personnes attendues pour assister au spectacle, prévu à 08H33 heure locale lundi.
Du haut de ses 98 mètres, l'engin orange et blanc trône déjà depuis une semaine sur le pas de tir 39B du centre spatial Kennedy.
Depuis qu'il a été sorti, "vous pouvez sentir l'excitation, l'énergie est montée d'un cran, c'est vraiment palpable", a déclaré lors d'une conférence de presse Janet Petro, la directrice du centre.
Le but de cette mission, baptisée Artémis 1, est de tester en conditions réelles la fusée SLS (pour Space Launch System), et la capsule Orion à son sommet, où prendront place les astronautes à l'avenir.
Pour cette fois, seuls des mannequins sont à bord, équipés de capteurs permettant d'enregistrer vibrations et taux de radiations.
Des caméras embarquées permettront de suivre ce voyage de 42 jours au total. Un selfie spectaculaire avec la Terre et la Lune en arrière-plan est au programme.
Une fois en orbite, Orion fera une fois et demie le tour de la Lune (distante de 380.000 km), en s'aventurant jusqu'à 64.000 km derrière elle, soit plus loin que tout autre vaisseau spatial habitable jusqu'ici.
L'objectif principal est de tester son bouclier thermique, qui à son retour dans l'atmosphère terrestre devra supporter une vitesse de près de 40.000 km/h, et une température moitié aussi chaude que la surface du Soleil.
- "Incroyablement difficile" -
Des milliers de personnes ont contribué à cette mission, à travers les 50 Etats américains et plusieurs pays européens.
Tous les férus d'espace sont désormais suspendus à la météo, qui peut s'avérer capricieuse à cette période de l'année. Le décollage ne peut par exemple pas avoir lieu sous la pluie. Lundi, la fenêtre de tir s'étend sur deux heures, et des dates de repli sont prévues le 2 ou 5 septembre.
Mis à part ce facteur incontrôlable, tout est prêt: les responsables de la Nasa ont donné leur feu vert au décollage après une ultime inspection détaillée.
Ce qui ne veut pas dire que tout se déroulera sans imprévus en vol, ont-ils averti. "Nous faisons quelque chose d'incroyablement difficile, et cela comporte des risques inhérents", a souligné Mike Sarafin, en charge de la mission.
Malgré de nombreux tests préalables, les différents éléments de la capsule et de la fusée (qui n'est pas réutilisable) voleront ensemble pour la première fois. Ce qui pourrait réserver des surprises.
La Nasa a promis de pousser le véhicule jusqu'à ses limites. La mission se poursuivra par exemple même si les panneaux solaires d'Orion ne se déploient pas comme prévu - un risque qui ne serait pas pris avec un équipage.
Mais un échec complet resterait dévastateur, pour une fusée au budget faramineux (4,1 milliards par lancement, selon un audit public) et en retard (commandée par le Congrès américain en 2010, avec un décollage initialement attendu pour 2017).
- Objectif Mars -
Alors que le programme Apollo n'avait permis qu'à des hommes blancs de marcher sur la Lune, le programme Artémis compte lui y envoyer la première femme et la première personne de couleur.
Après cette première mission, Artémis 2 emportera des astronautes jusqu'en orbite autour de la Lune, sans y atterrir. Cet honneur sera réservé à l'équipage d'Artémis 3, prévue au plus tôt en 2025.
Mais pourquoi, au juste, refaire ce qui a déjà été fait?
Cette fois, la Lune ne sera en réalité qu'un tremplin vers Mars.
Contrairement aux missions ponctuelles d'Apollo, le but d'Artémis est d'établir une présence humaine durable sur la Lune, avec la construction d'une station spatiale en orbite autour d'elle (Gateway), et une base à la surface.
Toutes les technologies nécessaires pour envoyer des humains sur la planète rouge doivent y être testées. Et Gateway servira de point d'étape et de ravitaillement avant ce long voyage de plusieurs mois minimum.
"Je crois que (le programme Artémis) inspirera encore davantage que ne l'a fait Apollo", a déclaré Bob Cabana, ancien astronaute aujourd'hui administrateur associé à la Nasa. "Cela va être absolument extraordinaire."
E.Schubert--BTB